jeudi 24 septembre 2009
Hippie hop!
En exclusivité mondiale, le début d'un roman que je suis en train d'écrire. Y a pas encore de titre, pour l'instant, c'est "hippie hop!", c'est dire... il est bien entendu que ce texte est protégé et que si quelqu'un l'utilise, je le fusille.
La première fois que j’ai vu Mario, je lui ai balancé des cailloux. Des grosses caillasses. C’est le gros Thierry qui nous avait dit « allez, on va voir les hippies ! »
On était 5 en tout, on a attendu qu’il y en ait un qui descende la chemin des Chappieux, c’était obligé, nous a dit Thierry, « le jeudi, c’est le jour du pinard, je l’sais, c’est mon père qui me l’a dit, le jeudi, ils descendent chercher du pinard au village… »
On en a vu un débouler, on a laissé tomber, il était trop costaud même pour le gros Thierry. De toute façon, il est pas costaud, Thierry, il est gros, sinon on l’aurait appelé le costaud Thierry. Dix minutes plus tard, y en a un autre qui est arrivé, un de notre âge, torse nu, bronzé, avec les cheveux longs.
Thierry s’est levé et a gueulé :
-Dégages de là, sale hippie, on veut pas de toi chez nous ! Et il a balancé plein de cailloux.
Nous autres, Laurent Auvergnat, Jean-Luc le Tic, Olivier, et un autre dont je me rappelle jamais le nom, on s’est levé et on a crié des trucs du même genre, je crois même qu’il y en a un qui a crié sale arabe et ça m’a surpris parce que je ne savais pas que les hippies c’étaient des arabes…
Mario, mais pour moi il n’avait pas encore de nom, s’est protégé le visage si bien que je ne l’ai pas vu. En plus, des cheveux tombaient sur ses yeux. Quand je l’ai vu, quand il s’est approché un bâton à la main, prêt à nous taper dessus, et que j’ai vu sa tête, j’ai pas pu m’empêcher de penser :
-Punaise, qu’est ce qu’il est beau.
mardi 23 juin 2009
Il existe une fois par siècle.
Voici un petit inédit, si ça vous dit: "il existe une fois par siècle". C'est à l'origine le début d'un éventuel roman qui est en cours, mais qui peut aussi être lu comme une nouvelle indépendante: le voici donc. Il est bien entendu qui si quelqu'un l'utilise de quelque manière que ce soit, je lance des tueurs à ses trousses, qui auront ordre de lui crever les yeux, de le découper en morceaux et de disperser ses restes aux quatre coins du pays. Et encore, je suis cool.
Il est évident que si ce texte vous inspire, vous pouvez envoyer un dessin... j'en serais très heureux.
"Il existe une fois par siècle, une journée où chacun fait ce qu’il veut. L’oiseau nage, le serpent vole, et l’homme de peu achète tout ce qu’il veut, et même ce qu’il ne veut pas.
Au XX°, cela s’est passé au début des années 1940. La journée avait débuté curieusement: la lune croisait obstinément ses bras d’or au dessus des nuages, frôlant le soleil en un tango céleste. La pluie arrosait à moitié les champs, une goutte sur deux, et les arbres battaient des feuilles comme d’autres battent des ailes. Il faisait beau, pourtant, malgré la pluie et la guerre.
Le premier homme sur terre à faire ce qu’il voulait fut un paysan du sud de l’Italie. Aux premières lueurs de l’aube, il quitta son lit et sa femme, belle comme une paysanne du sud de l’Italie. Remontant le chemin creux qu’il remontait tous les matins depuis qu’il était en age de marcher, il ouvrit avec son pied la barrière en bois, et s’allongea au milieu de son champ. Il croisa ses bras derrière la nuque, ferma les yeux et attendit en souriant que la journée finisse.
Au même instant, en Inde, un intouchable se fit toucher par une princesse de contes de fées.
Partout sur terre, des hommes et des femmes, sans crainte, ni du bien ni du mal, ouvraient leur cœur à ce qu’ils désiraient de plus cher. On vit ainsi une petite fille s’habiller en grande dame, et une grande dame se vêtir en petite fille. Un généralissime redevint soldat et un soldat redevint pêcheur. Un président de la république pleura enfin comme il n’avait jamais pu pleurer, et un enfant gourmand reprit trois fois du chocolat.
Ce jour-là, à Paris, car les histoires d’amour commencent toujours à Paris, un jeune allemand aima une jeune juive. Un jour comme les autres, Dieu sait ce que le jeune allemand aurait fait à la jeune juive. Un jour comme les autres, la jeune juive aurait baissé les yeux et tenté de devenir invisible. Mais ce n’était pas un jour comme les autres.
Ce jour là, Rachel décida, pour une fois, de sortir de son appartement sombre. Elle mit sa plus jolie robe, celle à fleurs et à étoile, et descendit les escaliers quatre à quatre. La concierge, perchée sur un escabeau au milieu des moineaux, ne la remarqua même pas.
Rachel fronça les sourcils dés qu’elle fut à l’orée de la rue: que voulait-elle faire, vraiment faire? Sans hésiter plus longtemps, elle marcha d’un pas décidé vers le parc, le grand, celui qui a un lac et des bassins, pour les bateaux des enfants. En chemin, elle voulut acheter une livre d’abricot à une marchande des quatre saisons. Elle glissa un œil puis deux à l’intérieur de l’échoppe. L’épicière était occupée, l’épicier aussi, des concombres plein les mains.
C’est bon, les abricots. Elle en mangea douze sur le chemin et sema autant de noyaux dans son sillage.
Elle reconnut aux rires des enfants qu’elle n’était plus loin. La grille du parc était ouverte. Le gardien bronzait tout nu sur le socle d’une statue, et une grosse dame s’étalait telle une baleine échouée sur la pelouse interdite aux baleines.
Un vieux monsieur en queue de pie distribuait des miettes de brioche à des enfants qui sifflaient et voletaient autour de son banc.
C’était bien le grand parc, celui des lacs et des bassins. Comme c’était la guerre, tout de même, des sacs de sable protégeaient des volières à colombes, des serres à plantes rares et carnivores et un kiosque à musique.
Au centre de celui-ci, Heinz, jeune nazi mélomane fermait les yeux et ouvrait la bouche. Du Mahler en sortait, comme s’il eut été naturel qu’un juif sorte du corps d’un boche. Quand il ouvrit les yeux, il vit une étoile voler dans le ciel étrangement bleu et une jeune femme entrer doucement dans l’eau du lac, étrangement bleue. Sa robe nageant en méduse autour d’elle, Rachel se laissait dériver au milieu des voiliers miniatures, des pédalos fantômes et des milliers de têtards rescapés des épuisettes d’enfants. L’eau la prenait dans ses bras comme pour la consoler de vivre dans un monde en guerre. Demain, après demain et tous les jours qui allaient suivre, elle allait souffrir, mais aujourd’hui, c’était une pause. Elle pouvait se laver de tout le mal qu’on lui avait fait, de tout le mal qu’on allait lui faire, elle pouvait pleurer son père, sa mère et ses trois sœurs, toutes les larmes de son cœur. Alors, elle pleura. Longtemps. Longtemps. Longtemps. Pour Sarah, pour Esther et pour Anna. Pour Jacob et pour Istzak. Elle pleura tant et tant que l’eau du lac commença à déborder, que le gardien descendit de son piédestal et que la grosse baleine échouée eut des souvenirs de mer méditerranée.
Pour le coup, Heinz cessa de chanter son Mahler. Comme il était sensible, il ne supporta pas d’entendre pleurer la jeune femme et, puisqu’aujourd’hui tout était permis, il entra dans le lac, et de l’eau jusqu’à l’aine, il glissa doucement son bras sous la nuque de Rachel. Matemoizelle, demanda-t-il, che fous en brie… il la souleva hors des larmes et dans un fracas de gouttelettes la porta jusqu’à la pelouse étrangement verte. Ce fut leur écrin.
Personne ne sait qui aima l’autre le premier, quelles lèvres embrassèrent les premières les lèvres amies. Le petit nazi et la jeune juive ne firent plus qu’un et tout dans le parc et dans la ville retint son souffle.
Il parait, mais peut être est-ce une légende, qu’au même instant, à Berlin, un sale petit bonhomme moustachu troquait son uniforme pour une blouse bleue trop grande pour lui. Il quitta discrètement le grand bâtiment gris et arrivé au bord du fleuve, planta son chevalet. Il attendit quelques instants en mordillant un pinceau, et quand la lumière lui parait satisfaisante, il peignit en sifflant un joli coucher de soleil.
Plus loin, dans le sud de l’Italie, un paysan ouvrit à nouveau les yeux. La nuit venait de tomber. Il se leva et sans refermer la barrière derrière lui, remonta le chemin creux qu’il remontait depuis qu’il avait appris à marcher.
Quand sa femme lui demanda si sa journée avait été bonne, il ne répondit rien. Il lui fit simplement un sourire étrangement bleu.
Ça se passe une fois par siècle, depuis que le monde est monde. Demain, ils auront tout oublié. "
mercredi 19 décembre 2007
images des yeux de la tête: l'intégrale!
Sébastien Mourrain

Christelle Thiry

jean-Christophe Mazurie:













