je résume:

christophe honoré, écrivain, président du cplj, cinéaste, prix du meilleur album à montreuil,  démolit deux fois de suite des livres pour enfants dans le journal "le monde"

http://www.lemonde.fr/livres/article/2015/10/01/jeunesse-oblige-menu-enfant_4779324_3260.html

 

alice brière haquet lui répond:

http://le-wonderblog.blogspot.fr/2015/10/petite-reponse-au-grand-monde.html

levée de boucliers, de nombreux blogs soutiennent alice brière haquet... dont une réponse chantée de clémentine beauvais, glissant une accusation de sexisme au passage...

sur facebook aussi, le consensus est plutot général contre christophe honoré... je tente un peu isolé de faire entendre ma petite voix discordante, rejoint pas sophie vanderlinden, par exemple...

et je lis aujourd'hui l'avis , qui va dans mon sens, de cécile boulaire.

http://magasindesenfants.hypotheses.org/5051/comment-page-1#comment-58520

Alors, pour être clair, et résumer ce que je pense de tout ça, voici ma contribution au débat:

 

 

 

On ne peut pas à la fois demander une égalité de traitement avec les autres disciplines artistiques "adultes" et se plaindre quand on y est soumis. D'accord, cette critique est méchante, d'accord, elle s'en prend injustement à quelqu'un, mettons que c'est tombé sur la mauvaise personne, mais voilà, la critique est libre.

Non, on ne va pas se passer de donner son avis sous prétexte que dora c'est pire... et dora, au moins, c'est clair, ce n'est pas masqué. Il y a plein de livres (je ne parle absolument pas de ceux critiqués par c honoré que je n'ai pas lus), qui peuvent être décortiqués critiqués, éreintés, et cela est bien légitime.

D'autre part, beaucoup demandent des critiques positives, de découverte, (généralement, dans ce cas là, on emploie le mot "pépite"),  et s'appuient sur le fait qu'il y a tellement peu de critiques en littérature jeunesse, que si en plus elles sont mauvaises... Et ça confirme le fait qu'en littérature jeunesse, on est encore un peu dans le monde des bisounours. Oui, c'est dur, oui, ça fait mal, mais c'est le jeu: le livre est un objet qu'on lance au public, il est logique que de temps en temps, il nous revienne à travers la gueule!

le prétexte qu'on a du mal à en vivre, et qu'on ne doit donc pas être attaqué, n'est à mes yeux pas recevable non plus... on est tout de même dans une économie, on est tout de même plusieurs dizaines à réussir tant bien que mal à en faire notre métier, quand c'était quasiment impossible il y a 30 ans... et puis, si il fallait regarder la fiche d'imposition avant de critiquer un livre, on ne s'en sortirait pas...

de plus, ch honoré pointe un fait double: la surproduction et la commande d'éditeurs... par contre, il oublie un peu que notre économie est bancale et que nombre d'entre nous sont obligés de produire plus qu'ils ne devraient. Ce n'est pas seulement l'éditeur qui est responsable de la qualité de nos livres, comme je le lisais dans une réponse à ch honoré dans "la vie", mais bien évidemment en premier lieu l'auteur du dit livre... à nous de produire moins et mieux. mais pour ça, deux conditions: que l'écrivain ne publie pas tout à tout prix. Que l'éditeur paie mieux les textes qu'il accepte.

Dans sa réponse (que j'ai trouvé très bien), alice brière haquet avoue, pas très à l'aise, qu'amoureuse de la littérature, elle a un peu du mal à se considérer comme écrivain, qu'elle se définit plus souvent comme auteur, ou auteur jeunesse. (elle n'est pas la seule, c'est ce qui revient très souvent des discussions que j'ai avec mes collègues). C'est exactement ce qu'a pointé, méchamment je vous l'accorde, christophe honoré. Il reproche justement à de nombreuses personnes qui écrivent pour la jeunesse d'avoir renoncé à être écrivain, et d'être tombé trop facilement dans des "trucs" d'auteurs, d'auteur jeunesse, même...

Enfin, des accusations de sexisme ont tout de suite été portées à l'encontre de ch honoré, et elles me semblent être un procès d'intention.

Bien sur, si j'avais du éreinter un livre, je n'aurais pas choisi ceux d'Alice Brière haquet, mais j'aurais eu l'embarras du choix...

je dirais en conclusion que si la littérature jeunesse veut rentrer dans l'âge adulte, comme le milieu le réclame souvent, il faut qu'elle obtienne ses avantages (meilleur à valoir, non infantilisation de la part  des éditeurs, meilleure visibilité dans la presse), mais aussi qu'elle accepte ses dégâts collatéraux: une vraie critique de son actualité et de ses parutions.

vincent cuvellier