La vie est bizarrement faite... sans être un intime, Mario Ramos était quelqu'un que j'aimais beaucoup, voire qui m'intimidait un peu... il faisait du bien aux gens, parce qu'il ne prenait pas de gants avec... il n'y avait pas de filtre entre son cerveau et sa bouche, et avec lui, il n'y avait plus qu'à ranger son orgueil dans sa poche... une fois fait, c'était du petit lait...

lundi, en apprenant la nouvelle de sa mort, une histoire s'est lentement déroulée dans ma tête... c'est bizarre, mais c'est comme ça...

du coup, je vous la fais lire... c'est un hommage, quoi... et comme c'est un hommage, j'écris juste au début: "pour Mario"...

 

C'est moi le plus triste...

Le loup, ce matin là, pleurait, pleurait, pleurait. Il semblait ne plus vouloir s'arréter.

-C'est moi le plus triste, dit il.

Il décida d'aller se promener dans la fôret, pour voir si il existait quelqu'un d'aussi triste que lui.

Il croisa en chemin une petite fille, tout de rouge vétue, qui plaurait elle aussi à chaudes larmes.

-Que t'arrive t-il, petite fille, tu ne vois pas que tu déranges mon chagrin?

-C'est que, monsieur le loup, la grand mère est morte ce matin, et je suis bien triste.

-C'est triste, dit le loup. Très triste, même, je connaissais bien ta grand-mère. Mais moi, je suis bien plus triste que toi. C'est moi le plus triste.

Et le loup vola le mouchoir de la petite fille qui dut sécher ses larmes dans son chaperon. Rouge, le chaperon.

Le loup reprit sa route en pleurant bruyamment. Il croisa bientot un hérisson chauve. Il avait l'air triste, mais triste!

-Pourquoi as tu l'air si triste? demanda le loup d'un air sévère.

-Oh, c'est parce que je suis très malade, répondit le hérisson. J'ai perdu toutes mes épines. Et un hérisson sans épines, ce n'est plus un hérisson.

-C'est triste, dit le loup. Mais ce n'est pas une raison! tu n'as qu'à te coller des épines de sapin sur la tête! Je suis bien plus triste que toi!

Et le loup reprit sa route en soupirant:

-Bouhouhou! je suis le plus triste des animaux de la foret.

C'est à cet instant que surgit un superbe cerf. Il pleurait, calmement, sans bruit. Deux lourdes larmes coulaient doucement en tintant sur le sol, comme une chaude pluie d'automne.

-Et bien, cerf, pourquoi pleures tu? ce ne sont pas des manières, pour un cerf!

-Loup, je pleure parce ma biche a été tuée par un chasseur ce matin. Et mon coeur est inconsolable.

Le loup se tut.

C'était vraiment triste.

Mais il se reprit bientot:

-Cerf. C'est triste. C'est même très triste. Mais ta tristesse n'est rien comparée à la mienne.  Alors sèches tes larmes, et laisses moi passer.

Le loup était vraiment très satisfait de sa promenade. Sa tristesse était bien la plus belle tristesse de toute la foret. Il était tellement triste que ça le faisait sourire...

Mais bientot, il croisa un dragon. Un tout petit dragon de rien du tout. Il pleurait, comme pleurent les petits dragons, en faisant des étincelles.

-Et bien petit dragon, pourquoi pleures tu?

-Oh le loup! bonzour! euh, ze pleure passsque zai mes dents qui sont tombées cette nuit. Et un dragon sans dents, c'est nul.

-Ah ah, dit le loup! tu pleures comme un bébé! ce n'est rien de perdre ses dents. Regardes, moi, j'ai beaucoup plus de raisons que toi d'être triste. D'ailleurs je suis bien plus triste que toi!

A cet instant, le petit chaperon rouge, le hérisson, le cerf et le petit dragon, avaient entouré le loup, et le regardaient d'un air intrigué.

-Mais, au fait, demanda le cerf. Tu nous dit que tu es triste, bien plus triste que nous. Mais pourquoi es tu aussi triste?

Alors le loup regarda autour de lui dans la foret. Il vit tous les animaux ensemble, le cerf avec ses petits, le hérisson avec sa chérie, le dragon avec sa maman. Il sentit sa boule dans le ventre revenir, les larmes monter à nouveau, gonfler sa gorge, noyer ses yeux et déchirer son coeur.

Il commença à pleurer, pleurer, pleurer, et effectivement, tous les animaux virent que de tous les habitants de la foret, c'était bien lui le plus triste.

Le dragon lui préta un mouchoir vert.

Le loup essuya ses larmes, et dans un sanglot dit:

-C'est moi le plus triste parce que... c'est moi le plus seul...

Et il recommença à pleurer de plus belle.

Alors, le petit dragon s'approcha du loup et lui dit:

-Si tu veux, tu peux venir manger avec nous ce soir... ma maman est d'accord. Il y aura du miel et du chocolat. Et du feu dans la cheminée.

-Du miel et du chocolat?

le loup ravala ses larmes et tout penaud mais tout heureux, s'en alla chez ses nouveaux amis...