Pour rigoler, un copain (matthieu maudet) a lancé une idée saugrenue: qu'on s'écrive à soi même une lettre de refus d'un texte en projet.

Vincent, mon grand,

Je viens de recevoir le manuscrit de ton nouveau livre que tu viens de t'envoyer à toi même ou de m'envoyer à moi même, c'est au choix. Je l'ai lu. C'est très bon, mais ça, tu le savais déjà.

Par contre, je ne vais pas le publier, et tu le sais bien. Pourquoi me l'avoir envoyé? c'est génant. Je vais t'expliquer les raisons de mon refus. Ton texte est bien. Il est même parfait. Tu es devenu ce que tu voulais être: un habile professionnel. Un faiseur. Qui sait écrire n'importe quoi sur n'importe quoi. Un écrivain de 43 ans, en pleine possession de ses moyens. Chiant, quoi. Je vais te dire, j'ai du mal à retrouver ces tremblements qui formaient ton écriture, à la fois forte et fragile. Cette urgence. Cette tension mal maitrisée. Tu es devenu un écrivain propre. Tu vas bientot pouvoir écrire pour les adultes, si tu continues, forme de déchéance et de consécration à la fois.

Et puis, tu le dis toi même si souvent, il y a trop de livres qui sortent, alors pourquoi le tien plutot qu'un autre? ou alors, on fait un deal, on ne sort pas ce livre là, et on ne sort pas 80 % des livres qui devaient sortir cette année. Quant à toi, je publierai un de tes livres, mais pas tous. Je publierai celui que tu écriras sans penser à le publier. Tu sais, ce genre de textes que tu fais parfois, pour le simple plaisir d'écrire, sans penser à gagner ta croute ou publier avec... ces textes écrits un sourire au bord des lèvres, que tu écris en te disant "pfff, ça fait du bien..."

ok? on fait comme ça?

Et pour gagner ta croute?

Souviens toi, Vincent, quand tu, enfin, quand je, enfin, quand nous étions petits, tu avais deux rêves. Le premier était d'écrire des livres.

Et le deuxième, tu t'en souviens, Vincent?

Oui, oui, je m'en souviens, Vincent.