Vincent Cuvellier, et tout le baratin

01 mai 2018

un peu de calme...

un peu de calme, c'est vrai quoi, j'ai eu une année agitée l'an dernier, mes 30 ans d'écriture, ma boutique à bruxelles, une tournée en france et à l'étranger (hongrie, canada, italie, sardaigne, maroc...), pleind e sorties (la cire moderne, mon fils , je ne

suis pas auteur jeunesse, deux émile, les jours pairs) plus tout le reste, tout ce qui fait que ma vie est ma vie, donc oui, histoire de pas souler les autres et moi même, un peu de calme...

mais il n'empêche que le calme ça permet de travailler, et du coup, je vais avoir des livres qui vont sortir, après quasi une année sans publication (à part Emile, petit gars régulier comme une horloge)

Alors voilà mes projets...

*"Les enfants qui volent" un album chez gallimard giboulées, en septembre, illustré par la talentueuse aurore callias... c'est la première fois qu'on bosse ensemble, j'ai écrit d'après ses dessins que j'adore... (ci dessous, un des dessins d'aurore qui m'ont donné envie d'écrire pour elle...

post_file_3632

 

*"Je suis Bellaque" au rouergue, un roman illustré par aurélie grand... bon, j'en dit pas encore trop, mais en gros voilà, ça parle de ce qui s'est passé en france et en belgique ces 3 dernières années, les attentats, tout ça, vu par les yeux d'un gamin de 10 ans... plus de détails un peu avant la sortie, pour pas déflorer le truc... septembre aussi...

"C'est moi le chef!" chez Clochette... un documentaire historique qui tente de définir plusieurs types de chefs, à travers une douzaine de portraits... j'ai enfin pu réaliser mon fantasme d'écrire le protrait d'hitler... mais il y aura aussi georges guingouin, bocuse, von karajan, elisabeth 1ere, christine de suède, chef joseph... 

"l'enfant qui changeait de nom tous les jours" (2018) 18 petites histoires qui se passent à la préhistoire, pour un support particulier, les boites à histoires de Lunii... 

*"Emile a la patate" chez gallimard giboulées avec ronan badel... septembre

*"Les enfants de travers" chez gallimard giboulées... des nouvelles courtes sur des enfants bizarres... 2019...

*"Mémé", une série vive, chez nathan, illustrée par marion pifaretti... courant 2019...

"La traversée"... une longue histoire onirique, sur fond de russie, d'animaux, de plaines enneigées... 2019...

je parlerais de tout ça en temps voulu, j'espère que ça vous plaira... et ça, ce sont les projets signés, terminés ou en cours de finition... il y a les autres sur lesquels je suis en train de bosser ou de réfléchir... c'est le truc d'avoir quasiment arrété de faire des salons du livre depuis deux trois ans, ça me laisse le temps de faire mon métier!!! et d'avoir un peu de calme... 

 

Posté par vincentcuvellier à 21:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


05 décembre 2017

"Les années 80"

Coucou, 

dimanche dernier, j'avais droit à une carte blanche donnée par le salon du livre de montreuil, à l'occasion de l'anniversaire de mes 30 ans de publication... j'ai écrit un texte à l'occasion, "les années 80", inspirés de souvenirs de mes 10-12 ans, et j'étais accompagné par delphine perret, thomas baas, ronan badel et robin... 

Juste pour le plaisir, voici le texte intégral et sans corrections des "années 80"... comme il n'est pas destiné à être publié, c'est cadeau... vous pouvez le partager ou le lire, à condition bien sur que ça ne soit pas commercial, et à la condition d'en citer son auteur... 

24879151_1977478019189594_74694971_o

 

Les années 80

 

(jacno)

 

Cette histoire se passe dans les années 80, dans une ville. Une ville normale, avec des immeubles, des bagnoles, de la fumée noire, des gens qui courent,

une ville, quoi.

Les années 80, pour ceux qui n'ont pas connu, c'était une période horrible, mais vraiment horrible. La plus moche période de toute l'histoire de l'humanité !

Les chanteurs avaient des cheveux courts devant et longs derrière ! On appelait ça des mulets. Les footballeurs portaient la moustache !

Les filles portaient des pantalons à pinces et des vestes à épaulettes. Les garçons mettaient des boucles d'oreille. Et la musique !

Mon dieu, la musique ! Avant, c'était mieux, après c'était mieux. Les années 80, c'était comme une parenthèse de beurk.

Mais surtout les années 80, ce sont celles de mon enfance.

 

J'ai grandi dans un petit immeuble de 4 étages et demi tout au bout d'une ville. Après mon immeuble, il n'y avait plus rien.

Ou presque plus rien. Un vieux terrain vague pourri avec des chats pourris, et des rats, et des bêtes.

Même les herbes y étaient méchantes, des ronces, des orties, des trucs rouges à poison, des machins qui piquent, bref, l'horreur.

 Pourtant, il y avait des gens qui habitaient là. Dans un vieux bunker qui datait de la guerre.

Vous savez, un truc que les allemands construisaient , avec des canons, des mitrailleuses, pour tirer sur les bateaux, les avions, et les gens dedans.

 Parce que juste après le terrain vague, il y a du sable, et juste après le sable, la mer.

 

Ceux qui vivent là dedans sont deux. Un homme, une femme. L'homme est le plus méchant des deux. La femme aussi. L'homme est le plus moche des deux.

La femme aussi. L'homme est le plus sale des deux, la femme aussi.

Ils s'étaient installés dans ce bunker, il y a longtemps, longtemps, longtemps, peut être même avant sa construction, avant la guerre, avant la création de la ville,

avant même l'apparition de l'homme sur terre.

On disait que c'étaient des espèces de sorciers, qu'ils jetaient des sorts, qu'ils enlevaient les enfants pour vendre

leurs yeux, tu parles, même pas!

c'étaient juste deux vieux cons, méchants comme des teignes, qui faisaient peur aux gosses du quartier, même pas capables

d'enlever des enfants, ni de vendre leurs yeux, ça aurait été trop de boulot...

grosses feignasses, avinées du matin au soir et du soir au matin, cornichons qui ne s'étaient jamais baigné ni dans du vinaigre, ni dans de l'eau, pas même dans

ce sublime océan atlantique qui baignait vigoureusement à leurs pieds.

On disait, mais on dit tellement de choses, qu'ils avaient conservé dans le vieux blockaus humide,

le squelette d'un soldat allemand, mort depuis belle lurette, une mitrailette dans les pognes et une balle dans le front.

Le débarquement de Bretagne, ça n'a pas existé, mais bon, Hitler s'est dit, je vais mettre des bunkers partout au bord de la mer,

on s'en fout de la mer, c'est moche et ça pue, et comme ça, pas un anglais, pas un amerloque, pas un être humain n'abordera sur terre par la mer.

 

Mes parents me répétaient tout le temps, surtout ne va pas jouer vers le bunker, sur la plage aux crevés... la plage aux crevés, c'était pas une vraie plage,

c'était comme un terrain vague mais au bord de l'eau. Y avait moitié de coquillages, moitié de vieux trucs dégoutants qui trainaient et la moitié des vieux trucs dégoutants

qui trainaient, c'étaient les deux vieux dégoutants qui les avaient balancé là. La pollution, c'était pas leur problème, ils étaient la pollution.

 

Ah, on disait un autre truc, aussi, ça me revient que maintenant, ils avaient dressé des mouettes à attaquer les gens...j’explique : sitôt qu'un bateau s'approchait

de la rive, au son de "oh la ravissante petite crique que voilà, avec ce vieux bunker et cette vieille cabane en tôle

(Oui il y a aussi une cabane, je la décrirais tout à l'heure),

si nous accostions pour pique-niquer, c'est tellement typique!", paf, ils lâchaient leurs mouettes. Celles-ci commençaient à hurler méchamment,

puis à faire des drôles de cercles concentriques au-dessus de la tête du bateau... et si ses occupants n'avaient pas compris, Bam,

elles descendaient en piqué, visant les yeux, les bras, les oreilles...

 

Moi, j'ai mis dix ans avant de traverser le mur de ronces et d'aller voir ce qui s'y cachait. Et puis, un jour, un mercredi,

Anaïs m'avait invité à une boum, c'était cool,

c'était ma première boum, et du coup, sa maman avait téléphoné à ma maman, et proposé de venir me chercher en voiture,

maman avait dit oui mais moi après j'avais dit à Anaïs que

c'était bon, qu'il y avait pas besoin de venir me chercher, que j'allais venir à pied, mais ma mère elle croyait toujours que j'y allais en voiture.

Bref, j'avais une idée derrière la tête.

Ah oui, j'ai oublié de me présenter, je m'appelle Barquette, je suis une fille et j'ai douze ans pile. Et je suis née en 1970.

Barquette, c'est parce que mes parents ils ont une petite barque,

ils trouvaient ça mignon, moi je trouve ça plutot crétin, mais bon, pas plus que Kevina ou Marinette...

je suis cool, enfin, je crois, mon seul problème, enfin pour moi c'est pas un problème,je suis un peu grosse.

Mais moi, j'aime bien, comme ça, je me laisse pas embêter par les garçons. Sinon, je suis pas mal, j'ai une frange qui tombe sur les yeux,

ça fait classe, je peux faire celle qui est en colère même quand je le suis pas...j'ai des tresses, enfin quand ma mère a pas la flemme de la faire,

je suis châtain claire,

et j'ai un peu des taches de rousseur. J'ai pas trop de copines, Anaïs des fois, mais pas tout le temps, et j'ai quelques copains aussi. J'aime le foot, la limonade,

les animaux, la mer, le vélo, les mathématiques et rien faire dans ma chambre. Et j'aime bien faire des aventures, aussi. Des trucs qu'il y a pas le droit de faire.

Et traverser le mur de ronces pour aller voir ce qui s'y cache.

 

-Ben, t'y vas comme ça, à ta boum ?

-Ben ouais !

-Et ben dis donc, c'est n'importe quoi, t'aurais pu mettre une jolie robe, quand même...

-J'aime pas les robes !

-A quoi ça sert que je t'en achète !

-Ben je te dis toujours que je les mettrais pas, tu m'en achètes quand même !

-Pfaff...

Quand elle dit Pfaff, je sais que ça veut dire "c'est pas habillée avec ta vieille salopette verte que tu vas trouver un amoureux..."

Mais moi je m'en fiche de trouver un amoureux, je préfère trouver un trésor... en plus, les garçons, dans ma classe, ils sont bêtes.

Au foot, y a Erwan, lui ça va, il est bête aussi, mais au moins il est beau. Les autres, ils sont bêtes et ils sont moches. Bref.

Je fais semblant d'aller vers le rendez-vous qu'on a donné avec la maman d'Anaïs, et hop, dès que j'ai tourné le coin de la rue,

je prends pas tout droit vers l'arrêt de bus, je prends la rue Amiral Ronarc’h,

je m'enfile sous le porche des immeubles du numéro 6, je longe l'immeuble,

je vais au fond de la cour où y a du linge qui sèche, je passe sous le grillage et j'arrive dans le chemin de ronces. Ça pique les bras, y a des orties,

j'avance quand même, c'est un peu dégoutant, y a un vieux

bout de papier toilette, je veux même pas savoir ce qu'il fait là. Je passe devant un frigo et des boites de conserve vides. J'arrive au bout du chemin.

J'entends de moins en moins les bruits de la ville. Et de plus en plus ceux de la mer. Le vent. Les vagues. Les mouettes.

Les mouettes ! faut que je fasse gaffe à mes yeux !

J'arrive dans du sable gris, avec des algues arrivées là on se demande comment. Il y a une petite dune et après ça descend. Je grimpe la petite dune et

après je descends.

Ça y est, je vois le bunker. Et la petite cabane. Je savais pas qu'il y avait une petite cabane. A mon avis, ils ont du la faire avec tout ce qu'ils ont

trouvé n'importe où...

Si ça se trouve, c'est tous les bateaux qu'ils ont attaqué, ils ont piqué les bouts de coque, tout ça... non, c'est pas logique, c'est pas possible...

 ils ont plutot piqué ça sur des chantiers à droite à gauche.

-Qu'est ce qu'elle fout là, la petite grosse ?

La vieille!

-Tu t'es pas vu? je réponds.

-Petite saleté, elle crie, et elle essaie de m'en coller une, mais moi, zou, je bondis sur le côté et fiche le camp en courant, direction le bunker.

Le temps qu'elle me rattrape, je suis déjà devant, entre la porte du blockaus et la cabane, zou, je jette un œil, on dirait une décharge,

y a des matelas crevé dehors, dedans, ça pue, y a même un rat.

Y a de la musique qui sort.

 

 

Lio : Amoureux solitaire

 

 

 

Zan ! je sens une main sur mon bras ! c'est le vieux!

-Lâches-moi, je crie, et j'arrive à me dégager.

--Qu'est ce tu fous là, merdeuse ! il crie.

-Toi-même, je crie, et je cours vers la plage, mais manque de bol, je me casse la gueule, moitié dans le sable, moitié dans je ne sais pas quoi,

une flaque ou un truc du genre. J'ai glissé.

Le vieux m'attrape, la vieille hurle :

-Attaches là !

Et, les cons, ils m'attachent à un vieil arbre pourri ! Ben mince, alors ! je suis prisonnière...

Ils me regardent de haut. Je fais ma maline.

-Qui tu viens ?

-Hein ?

-Qui tu viens ?

Mince alors, ils ne parlent pas comme moi...

-Fais pas ta gueuze... qui tu viens ? Qui c'est qui t’envoie ?

-Ah ! j'ai compris... euh, personne...

-C'est faux, c'est faux, hurle la vieille, c'est qui t’envoie ? c'est t’Angelo ? sur qu’Angelo ! sur!

-Michel Volane, fais ta parler ! fais ta !

Michel Volane, apparemment, c'est le vieux, il me regarde comme le boucher regarde le jambon qu'il va découper en tranches.

-Je peux zy faire parler, ma ! j'peux zy.

-On va torturer tout, réplique la vieille. Tout !

J'avoue qu'ils commencent à me faire peur, ces cons. Le vieux arrache un truc de sa barbe, et dit:

-Ja vis chercher du matos.

IL rentre dans le bunker dégueulasse, disparait, fait tomber trois trucs et ressort avec un sourire et un tournevis.

Je ne sais pas lequel des deux m'inquiète le plus.

Eh, je pense, il va quand même pas me tournevisser la gueule !

-Je vais te tournevisser la gueule, il me dit, et ça fait rigoler sa grosse dame.

-T'as pas le droit, je crie, mon père il va te tuer si tu me touches !

Tu parles, mon père, il bosse à la sécu, il pèse 35 kilos, encore moins que ma mère...

Le vieux s'arrête et fronce les sourcils.

-Et c'est qui ton père, merdeuse.

-Toi-même, je réponds. Mon père, c'est Yvan, je réponds au pif.

Je sais pas pourquoi j'ai dit ce nom là... Yvan ça fait russe, et les russes y font peur.

Le vieux devient gris-blanc, et la vieille rouge-blanc. Patacas!

-Qui t'as dit? demande le vieux.

-C'est la fille d'Yvan? elle demande au vieux.

Le vieux me regarde en tordant la bouche. Il sort avec sa langue un vieux mégot qu'il gardait en réserve.

-D'Yvan? D'Yvan le Bosniaque?

-Ouais, c'est mon père, ça te dérange, tête d'orange.

Le vieux réfléchit et pour réfléchir refait tourner 15 fois son vieux mégot dégueulasse entre ses lèvres et l'intérieur de sa bouche.

-Tu crois qu'elle embobine? demande la vieille.

-Ben, pourquoi elle aurait dit Yvan si c'était pas la fille d'Yvan? Elle a pas pu l'inviter, quand même!

Ah ah, je commence à comprendre, inviter, ça veut dire inventer... en fait, ils disent n'importe quoi, c'est marrant.

-Bon, si tu me délivres, je lui dis de pas vous tuer!

Ils sursautent!

-Nous tuer? mais il est pas mort?

-Hein? euh, si, mais je dis à mon oncle!Mon oncle, c'est comme mon père!

-Hein? A Jacky? mais il est toujours en Belgique, çu là?

-Non, il est rentré, je dis...

Pffff, j'ai hâte que cette conversation se termine, ça commence à être compliqué...

Il me libère. Je pars même pas en courant, je reste là, je les regarde comme si j'avais pas peur d'eux. En vrai, j'ai pas peur d'eux.

Je sais pas pourquoi, je me dis ils sont tellement bêtes qu'ils peuvent pas être vraiment méchants. Pourtant y a des gens méchants

qui sont vraiment bêtes, mais bon.

Le vieux vient vers moi, embêté...

-Bon, ton oncle, pour ce que tu sais, bon, tu sais, c'est pas vraiment nous qu'on voulait... c'est la Poire qu'a dit qu'a fait...

-Ouais, c'est la Poire, crie la vieille.

C'est marrant, j'arrive pas à savoir qui est le plus méchant, elle ou lui... lui, il a l'air dingue, avec toujours une moue

de quelqu'un qui veut te cracher à la gueule. Elle, c'est pas mieux, elle crache à la gueule ! Elle parle pas, elle hurle,

elle postillonne pas, elle pleut, elle pleut un jour d'orage, c'est pas une femme, c'est le crachin.

Bon, j'en ai un peu marre de leur salade... en fait, j'ai envie de visiter leur bazar...

Je me lève, et je fais trois pas sur le sable en direction de leur cabane et du blockhaus.

-Où tu vas ?

-Je vais où je veux, je dis.

-Vas pas par-là, crie la vieille, et je sens qu'elle a vraiment peur que j'aille par-là, alors je me dis, tiens, si elle a si peur,

C’est qu'il y a un truc qu'elle veut pas que je voie. Alors, je continue, et là, ils m'attrapent par le bras, chacun un !

-Ton père, c'est pas nous, ils hurlent ! on y est pour rien! dis à ton oncle Jacky que pas nous on a jamais fait ce truc!

J'ai un éclair de génie : je continue au pif, je raconte n'importe quoi comme ça m'a porté chance jusqu'à maintenant.

-Mon oncle Jacky il veut tu lui rende ce que vous savez !

Les deux vieux deviennent blanc-blanc et blanc-blanc.

-C'est pour ça que t'es là?

-Ben ouais, hein, je suis pas là pour les vacances ! je raconte.

Pendant que je parle, je me dis quand même, c'est pas possible, ils vont comprendre.

Le vieux regarde la vieille qui regarde le vieux. Ils me regardent comme si je faisais deux mètres et que j'allais les tuer à mains nues.

Ou comme si j'étais un fantôme. Et moi, je sais pas pourquoi, à ce moment-là, je me dis "merde, si ça se trouve, à la boum, y a le père de Yannick Boulmard

qui sera là." Qu'est-ce qu'il est beau ! Un jour, j'ai été chez Yannick Boulmard, on a fait nos devoirs et comme il faisait nuit,

il m'a raccompagné chez moi et comme

y avait des travaux sur la rue Commandant Mouchotte, on a fait le grand détour parce que du coup, le grand pont était fermé,

et quand le pont est fermé faut faire tout le tour pour passer par le petit, et bref, c'était trop bien.

Il avait mis la radio, on a chanté comme des fous, au début j'osais pas mais après j'ai osé et il a dû me prendre pour une folle.

 

Taxi girl : cherchez le garçon

 

Le vieux dit "bon, je vais chercher mais toi tu pas ta gueule" il dit.

-Hein ?

-Toi, tu pas ta gueule ou je te ferme ta gueule !

Punaise, je comprends rien.

-Bon, ok, je dis, et je me mets à gueuler comme un putois !

Et là, la vieille me colle une tarte comme jamais personne m'a donné de tarte, comme mon père m'a jamais donné (de toute façon,

mon père il bosse à la sécurité sociale il donne jamais de tartes et ma mère elle en donne pas non plus elle dit que c'est pas bien de frapper les enfants).

En attendant, je me prends une grosse claque et je suis tellement surprise que je sais pas quoi dire. Ah si, quand même :

-mais ça va pas, ta tête, c'est lui qui m’a dit de gueuler :

-Nan, dit la vieille, il a dit pas ta gueule, pas ta gueule c'est pas ta gueule !

-Ah ouais, mais vous parlez bizarre, aussi...

et je marmonne:

-M'en fous, je vais dire à Marco de vous pêter la gueule.

-On connait pas de Marco ! T'invente du nom on connait pas Marco !

Ah mince, ça peut pas marcher à tous les coups !

Le vieux rentre dans le bunker. Ce coup-ci, j'attends, à coté de la vieille qui me regarde avec un sale air...

de toutes façons, elle a que ça comme air, un sale air...

Vieille bique, je l'aime pas!

Le vieux mets du temps à ressortir, j'ai le temps de regarder le paysage... c'est marrant, d'habitude, une plage c'est beau et là c'est moche.

Ca sent le pipi, y a des trucs dégueu par terre, même les mouettes sont moches.

La vieille se gratte les fesses et j'aimerais pas être sa main...

Je sais pas ce que va chercher le vieux. La vieille regarde ne l'air.

Elle a dû voir un oiseau qu'elle aime pas. Cette vieille-là, c'est du genre à être fâchée avec un oiseau. Gagné.

Elle fait des grands gestes pour faire partir un vieux goëlands, un goéland chef des goëlands, un goéland vieux pirate du bord de mer...

J'en profite. Ca m’intrigue, cette histoire de bunker, je sais pas pourquoi, j'ai l'impression qu'ls me cachent un truc,

qu'ils ont tellement peur que j'y rentre que ça parait louche.

Je suis conne quand mêle, si ça se trouve, c'est les slows. C'est bien les slows. Y a Erwan qui essaie d'embrasser les filles avec la langue.

Il est vraiment dégueulasse.

En plus, il a des taches de rousseur. Moi, j'ai pas trop envie que le premier garçon que j'embrasse, il ait des taches de rousseur. Je sais pas trop pourquoi.

Ah si, peut être parce que mon cousin Patrick il en a plein et sur lui, c'est moche. Moi, j'en ai et sur moi c'est joli.

J'en ai sur les joues et sur le nez et sur je peux pas dire où désolée.

Moi, j'aurais bien invité Jean-Michel Billoud, pas parce que je suis amoureuse de lui, mais parce qu'il est super sympa

et qu'avec lui je sais qu'il va pas avoir honte genre han l'autre il danse avec la grosse.

De toute façon, celui qui dit ça, je lui dit d'abord d'arrêter de dire et si il arrête pas, je lui tape le nez.

De toutes façons, je suis pas si grosse. Un peu mais pas si.

 

Etienne daho : Duel au soleil.

 

 

La vieille approche ses dents de ma tête. Enfin, ses dents, celles qui restent, ça fait pas lourd...

-Tu vas dire au Jacky qu'on l'a plus, son truc... de toute façon, qu'est-ce qu'i va nous faire, hein, qu'est ce qui va nous faire ?

Elle commence à me souler...

-Ben, j'en sais rien, moi, je réponds, débrouillez-vous avec lui...

Ils réfléchissent. Y a un bruit dans le bunker. Le vieux part en courant pour fermer la porte.

C'est un peu bizarre comme truc, peut-être qu'ils ont un chien ou un truc du genre. Je me dis, tiens c'est marrant, en fait, si ça se trouve,

 je suis en train de faire un

Mystère comme dans le club des 5, si ça se trouve, je vais tomber sur un trésor ou une histoire de fantôme ou un truc du genre, je sais pas... le seul problème,

C’est que j'ai pas de bande... la dernière fois que j'ai voulu faire une bande, c'était avec Olivier Sabran, et il voulait pas que le chef ça soit moi,

il m'a dit genre je veux pas avoir une fille comme chef, il est bien con parce du coup, il a ni de bande ni de chef.

 Moi, je suis sûre que je ferais un bon chef pour une enquête, parce qu’en fait, j’ai pas peur.

 Je nous appellerais les « intrépides ». Ou les intrépideuses comme je serais une bande de filles.

Bon, je veux bien qu’il y ait un gars mais faut pas qui soit con.

Oh punaise, le vieux ressort du bunker avec un fusil, il le tend vers moi et crie un truc que je comprend pas, la vieille recule loin de moi genre

 elle veut aps se prendre une balle, je mets les mains devant ma tête, genre ça sert à rien mais bon, et là, y a un autre vieux type qui sort,

genre grand et gros avec des cheveux blonds très longs, torse nu et els yeux bleus, qui donne un grand coup de pelle à travers la tronche au vieux.

Ouk ! C’est le bruit qui fait, l’autre, genre il est surpris qu’il a même aps mal. I

l tombe comme un gars trop fatigué pour faire son lit avant de dormir, genre il s’écroule sur le matelas tout de suite,

sauf que là, y a pas de matelas, y a que du sable, il tombe la tête la première et la bouche ouverte pour bien que du sable il rentre dedans.

 

 La vieille elle court en hurlant mais elle tombe parce qu’à part ouvrir une bière, à mon avis, elle fait pas de sport… le type torse nu court vers elle

en trois enjambées, la rattrape, la relève et quand elle est debout, Bam, un grand coup de pelle aussi, mais moins fort que pour le vieux…

c’est marrant, je sais pas pourquoi il l’a relevée avant de lui taper la gueule, peut être que ça se fait pas de frapper une dame à terre.

Maintenant, les deux atroces dorment tranquille pépère, et moi, je me retrouve avec un nouveau problème sur les bras…

 

Il vient vers moi avec sa pelle, je mets encore les mains devant ma tête, mais il me tape pas, je savais de toute façon qu’il allait pas me taper,

je sais pas pourquoi il a l’air gentil, et il pose sa main dans mes cheveux, et là, il me dit un truc un peu con et un peu dingue à la fois :

-Quand che guerre finie moi aussi redrouver ma fille cholie gomme toi ! ach la guerre Gross malheur !

Y avait une nouvelle chanson qui sortait de la cabane et je sais pas pourquoi j’ai tout de suite trouvé que ça lui allait bien, cette chanson,

et j‘ai tout de suite trouvé aussi qu’elle était géniale, cette chanson…

 

 

Alain Chamfort : Manureva.

 

Dans les films ou dans les livres, y a toujours un moment où on a pas trop pigé ce qui se passe, alors les deux héros

s'asseyent, et causent, comme ça on comprend tout ce qui se passe...

Et ben ce moment là, dans mon histoire, c'est maintenant... Le type avec un drôle d'accent s'assied

sur une caisse et me fais signe de m'asseoir à coté de lui.

Je sais pas pourquoi mais il me fait pas peur. Je m'assied dans le sable et je joue à glisser du sable entre mes doigts.

Il montre du menton les deux vieux affalés sur la plage:

-Kaput !

-Ah ouais, bien bien kaputt, je réponds en rigolant.

-Eux pas morts, hein! juste kaputt.

-Tu les connais ? je demande.

-Jah jah! Eux cacher moi quand russes attaquer allemands!

-Hein?

-Eux cacher moi quand russes attaquer allemands...

-Quand russes attaquer allemands quand ?

-Quand ? Du ne gonnais bas don hisdoire de don pays bedite?

-si si, mais ça j'ai pas appris à l'école...

à moins que ma maitresse m'ait raconté n'importe quoi.

Je tente un truc:

-Mais ça fait longtemps que t'es là?

Il soupire et fait que oui, vraiment longtemps, mais vraiment très longtemps...

-Ach... la guerre gross malheur...

-Mais y a pus le guerre, je dis en rigolant. Finito la guerra, terminado!

-Ah ah, Du vaire marcher moi!

-Ben non, même qu'on dit la guerre 39-45, alors, ça veut dire qu'elle s'est arrétée en 1945! je suis en Cm2, hein!

Il éclate de rire!

-Ach ach ach! mais za che zais! z'est la guerre allemagne france! mais après, les russes,

ils ont attaqué le france avec les chinois ils ont lancé bombe atomique zur Berlin

et ont tué dous les allemands pardout dans le monde!

-Ah merde, j'ai du rater le cours. C'est peut être le jour où j'ai raté parce que mon père

on devait rentrer d'ardèche et on est tombés en panne de joint de culasse et résultat on est arrivés

le lundi matin au lieu du dimanche soir et j'ai raté toute une journée. Si ça se trouve, c'est ça.

En même temps, ça me dit vraiment rien cette histoire de bombe atomique sur Berlin et de russes qui tuent tout le monde.

J'aurais été au courant, quand même. Déjà, juste quand georges brassens il a cassé sa pipe,

ils en ont aprlé pendant des jours, alors tous les allemands, j'imagine que j'en aurais entendu parler, quand même.

C'est la télé qui a dit qu'il a cassé sa pipe, c'est pas moi, c'est une expression marrante, je crois, comme il fumais la pipe, enfin,je crois...

bref, j'ai l'impression que mon noueau copain, il a un petit problème...

-Mais qui c'est qui t'as raconté ça? je demande.

Il me montre du menton les deux vieux la bouche dans le sable.

-Et ben, m'est avis qu'ils se sont bien foutu de ta gueule!

L'allemand n'en revient pas ses oreilles...il répète en boucle:

-Ah ben za alors!

On aurait pu rester là des heures à l'écouter dire "ah ben za alors", mais le vieux a bougé et la vieille a fait 'hiiiin"...

-Bon ben j'y vais, moi! j'ai dit.

-Addends, il a crié... che viens avec doi...

-Ah?

j'ai réfléchi 1 seconde et j'ai dit.

-D'accord, mais je te préviens, je vais à une boum.

-A une poum?

-A une boum.

-Che fiens à poum afec doi... mais tu es zure? bas guerre?

-Mais non, je te dis, c'est eux qui se sont foutu de ta gueule.

Il fait genre je reprends la pelle pour les finir, mais je dis:

-Allez, viens, on y va!

 

On a repris le chemin qui pue.

Y avait toujours les ronces, les orties et le papaier toilette que je voulais passavoir ce qu'l faisait là...

on a marché un peu longtemps et quand

on est arrivés sur la route, j'ai cligné des yeux comme si j'étais aveuglée par le soleil alors que c'est la nuit.

Je marchais avec ce gros vieux type... oh la tête qu'ils faire à la boum!

-Pet pet! une voiture klaxonne:

-Barquette, qu'est ce que tu fais toute seule? tu vas pas à la boum?

Oh la vache, le père à Yannick boulard!

-Euh sisi, mais y a mon correspondant allemand qui est arrivé, je lui fais visiter Brest!

-Ah!

Il a l'air un peu surpris que mon correspondant allemand il a 60 ans et meme moi je suis surpris qu'il a 60 ans.

-Bon, je vous pose, ça sera plus sur.

-D'accord, je dis.

Helmut se met à l'arrière et il prend toute la place.

Moi je monte à l'avant.

Le père à Yannick Boulard regarde Helmut d'un drôle d'air.

Il nous pose devant la maison de la boum.

Quand on rentre, y a ma chanson.

Je vais danser, direct!

 

 

Bangles

Walk like an egyptian.

 

-Comment tu danses trop bien!

Ah, c'est machin, le copain de Pierrick, comment il s'appelle, déjà?

-Ah ouais, tu trouves, je réponds.

-Ah ouais, tu danses trop bien!

-Ouais, mais c'est parce que c'est ma chanson, je réponds, c'est pour ça... t'es le copain à Pierrick?

-Oui, je suis à Jean Macé.

-Ah moi je suis à Jean Jaurés.

-Ah on est tous les deux à un Jean mais pas le même, il me dit.

Il a de l'humour, c'est important, ça de l'humour, pour un garçon. Ya un slow. Il me regarde bizarre.

-Euh, tu danses.

-Euh oui oui, je réponds.

Il me donne la main et on va au milieu des autres, y a presque personne qui danse, ils sont tous en train de manger des trucs.

Il mets sa main sur ma taille. Y a jamais un garçon qui a mis sa main sur ma taille. Si, mon père, mais mon père il travaille à la sécurité sociale.

Je sais pas quoi faire, alors je bouge mes pieds, et je me rapproche un peu de lui.

Il pose sa deuxième main sur ma taille, alors moi je mets les miennes sur mes épaules.

Je suis tout prêt de lui. Il a des tâches de rousseur.

Et je sais pas comment on s'embrasse et je coule un peu. Je sais mêmepas comment il s'appelle.

Je sais juste que c'est la première fois qu'un garçon et moi on s'embrasse.

On continue à danser mais tout serré ce coup ci, je sais même pas ce que c'est comme chanson.

Je vois Helmut qui dépasse tout le monde d'une tête en regardant partout comme si il sortait d'une grotte.

Il sort d'une grotte.

Je ferme. J'ouvre les yeux.

Y a ma mère qui fait des yeux noirs et des grands gestes. Au loin, y a mon père avec le père de Yannick Boulard et deux policiers autour d'Helmut.

Ma mère me prend par le bras en gueulant. Je passe devant mon père qui explique aux policiers qu'il travaille à la sécurité sociale, alors...

 

Je laisse Helmut expliquer aux policiers comment il est arrivé là, en 1940, dans un side car, et je laisse le garçon super mignon que je connais pas son nom.

 Je lui demanderais demain, si je le vois.

Ma mère ne dit pas un mot dans la voiture. Elle est super en colère.

On rentre dans la maison. Elle dit toujours rien.

La télé est allumée. Y a ça:

 

Michel Sardou... 

 

Voilà mon histoire qui s'est passé dans les années 80. J'espère qu'elle vous a plu. Elle est vraie.

24825901_1977478025856260_1883527330_o

 

 

Posté par vincentcuvellier à 22:41 - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 septembre 2017

Les jours pairs!

28a1e22653ffa8f7ef3a87f8b4cb06a7Demain, un jour pair, sort mon nouveau livre, "les jours pairs" chez hélium, illustré par thomas baas. 

C'est un livre avec 179 histoires, que les parents peuvent raconter à leur mome, ou que le mome peut lire tout seul... Normalement, une histoire par soir, ça en ferait 365, mais là, je me suis dit avec tous les gamins qui vivent un coup chez papa un coup chez maman, ça fait un jour sur deux, 179 histoires, voilà... 

Cette idée, c'est grace à ma flemme que je l'ai eue. J'explique. Mon éditrice d'hélium, sophie giraud, voyant que j'écris beaucoup et vite me propose de faire un bouquin avec une histoire par soir. Moi, titillé par l'idée, mais effayé par la somme de boulot, je lui dis, si tu veux, je te fais la moitié. OUi, mais, ça ne correspond à rien, elle me dit. Si, je lui dit, y a qu'çà faire des histoires que pour les jours pairs. Et voilà le travail! 

Et du travail, ça en fait! 200 histoires (oui y a forcément eu un peu de déchet) à écrire... avec un coté hyper agréable: je 'lai pris ciomme un exercice d'écriture pure. Ecrire pour écrire. Changer de style selon ce que j'ai à raconter. Trouver des narrations inédites. Bref, m'amuser à bosser. 

Avec aussi une pointe d'orgueil. Une idée qu'on pourrait développer et enf aire un album, moi, je la grille en deux pages, et dés que je la conclue, paf, j'enchaine sur une autre... un peu ciomme bruler ses vaisseaux. Eh oui, l'orgueil peut être un bon moteur... en plus, ça fait des années que je gueule contre la surproduction... donc, là, je te mets une centaine d'histoires dans un seul livre au lieu de te pondre 100 livres qui vont encombrer les rayons... 

Comme je suis meilleur sur la forme courte (au tour de france, je serais une sorte de sprinteur), je ne peux pas comme mes collégues timotée de fombelle ou mourlevat, me lancer dans des fresques de longue haleine, ce qui pêrmet de cultiver un style sur le long terme... alors, ce volume des "jours pairs", c'est un peu ma trilogie à moi, on cycle que je n'écrirais jamais. 

Voilà, ce travail a duré de longs mois, c'était très excitant à faire, comme un pari, comme un "t'es pas cap?" et de répondre "si je suis cap!" à chaque histoire... 

pour les illustrations, j'ai proposé à sophie giraud thomas baas, parce que je l'avais vu travailler au trait et qu'on avait envie d'avoir ce rendu à la fois classique et moderne... c'est ce qu'on voulait faire avec ce livre, un contenant très classique, genre un livre d'histoires pour s'endormir, un livre qu'on offre à noël ou aux annivs, et au contenu très contemporain: des histoires souvent un peu qui titillent, qui taquinent un peu tout le monde, qui jouent sur la complicité entre celui qui lit et celui qui écoute... d'autres qui prennent franchement leur temps, des cassures de rythme... 

le fil conducteur est tout con, c'est un papa séparé qui raconte des histoires à son fils, en gros, hein, mais bien sur, on s'en fout du divorce, dans le livre, c'est pas un sujet... Y a aussi des trucs récurrents, des réglements intérieurs, des recettes, des modes d'emploi de trucs...

Voilà, quoi, ça s'appelle "les jours pairs", on est tous supers fiers d'avoir bossé là dessus, on a eu des aides du CNL, d'ailleurs, et j'espère que vous allez aimer!

Posté par vincentcuvellier à 11:06 - Commentaires [3] - Permalien [#]

08 février 2017

Les gros mots

Vendredi 10 février prochain, à partir de 18 heures, c'est l'inauguration de mon magasin de livres d'occasion, "les gros mots"... bah oui, je monte un magasin, quoi, je sais, ça peut surprendre, je vais essayer de vous raconter le pourquoi du comment...

voilà, et d'une, moi, les bouquinistes, c'est vraiment un truc de mon enfance, depuis que je suis tout petit... avec mes parents, on les faisait tous à Brest, à Kerinou, St Pierre, Recouvrance, Lambézellec, et dés que j'ai pu faire du vélo ou marcher à pied tout seul, ça a été mes premières destinations, bien plus que les plages toutes proches...

Jeune adulte, quand je galérais, j'ai souvent eu cette idée dans la tête, mais bon, on ne peut pas mettre son énergie dans 14 projets à la fois, et mon vrai truc, mon gros truc, c'était quand même de devenir écrivain... pourtant, à plusieurs moments dans ma vie, j'avais commencé ce projet: avec cédric, une grande boutique, le "sans télé, avec Thierry, un magasin à Besançon, avec mon père, faire les marchés pour vendre des livres...

et puis bon, à chaque fois, je prenais une autre direction, celle qui m'a mené à mon métier d'écrivain... et puis voilà, il y a quelques mois, j'ai pris la décision d'enfin monter ma boutique de livres d'occasion. Déjà, parce que je gagne ma vie comme écrivain, et ce depuis de longues années, maintenant... et puis cette année, je fête mes 30 ans de publication, c'est le bon moment pour lancer un projet comme ça... il y a aussi la question des salons du livre, que je ne voulais plus faire à grande échelle, comme j'ai pu le faire pendant 15 ans: je cherchais une manière de gagner un complément de revenus qui ne soit pas de participer à des rencontres scolaires et des salons du livre... (je continue à en faire, mais de manière exceptionnelle)... et puis, je dois être cohérent, aussi, j'arrête pas de dire qu'on ne doit pas dépendre trop de l'argent public, il est donc logique que je monte une entreprise privée, pour faire un complèment d'activité...

donc, j'ai pris la décision à la fin de l'été... fin aout, j'ai terminé d'écrire un essai sur la littérature jeunesse "Je ne suis pas auteur jeunesse". Début septembre, j'ai quitté le groupe facebook que j'avais fondé, "actualité de la littérature jeunesse", et j'ai entamé les démarches légales pour monter ma petite entreprise... j'ai d'abord trouvé un local, fait un petit crédit, je me suis constitué mon stock (sur la base d'une partie de ma collection personnelle), j'ai passé un examen de gestion de base, j'ai fait toutes les démarches administratives, j'ai consulté quelques amis...

et voilà, 3 ou 4 mois plus tard, pendant lesquels j'ai bien entendu continué mon métier d'écrivain, j'ai ouvert ma boutique. C'est au 67 rue Lesbroussart, à Bruxelles, entre la place flagey et l'avenue Louise, c'est un petit magasin de 16 m carrés, mais remplie à ras la gueule... et accessoirement, c'est aussi mon bureau, là où j'écris en partie, où je donne mes rendez vous, etc... (j'en avais un peu marre de travailler à deux mètres de mon plumard)

l'axe central du magasin, ce sont les livres pour enfants, vintage ou récents, beaucoup d'albums. (notemment un gros rayon de livres des pays de l'est, mais aussi anglo saxons) Il y a aussi un bon rayon consacrée à l'enfance, l'histoire de l'enfance ou les récits d'enfance, un gros rayon Nouvelles, des romans, l'ethno, l'histoire, et également un gros rayon de livres consacrés au dessin d'humour et de presse... il y a également des jouets, marionnettes, jeux de société, des affiches, des dessins originaux, et plein de petites choses: tracts, plans, cartes postales, marque page, etc... le truc de la boutique étant tout de même l'illustration, le graphisme, le vintage...

voilà l'inauguration, c'est vendredi à 18 heures, au 67, rue lesbroussart

le magasin est ouvert du mercredi au vendredi, de 14 à 18h30, et le samedi, de Midi à 18h30...

le logo est de Max de Radigués... merci à Bernard Herczfeld, Vincent Rif, Max de radigués, Sylvia Menvielle et Vincent Sterpin, Sophie Boury, frédo sterh et tous les gens qui ont été super gentils avec moi ces derniers mois, en me disant "ah oui, c'est cool, vas y!"

DSCI0680

 

Posté par vincentcuvellier à 11:26 - Commentaires [9] - Permalien [#]

29 août 2016

Petit résumé de mes trucs à sortir :

Mon année 2016 a été super calme au niveau des nouveautés... bon, en gros, j'ai bien travaillé sur des gros projets et ils vont tous sortir début 2017 où là par contre, ça va être du lourd... j'ai essayé de faire des projets très diférents, d'aller voir dans des directions où je n'avais pas encore été... j'ai écrit beaucoup de nouvelles, genre où je commence à me détendre, et je commence aussi à publeir directement à l'étranger, sans forcément passer par la france... je vais donc publier des nouvelles, un essai autobiographique, une bd tous public, un gros recueil, un livre de témoignages, un livret musical, et plein d'autres choses... j'en parlerai au fur et à mesure des sorties... et en 2017, je fêterais mes 30 ans de publication (j'ai commencé jeune, hein...)

Septembre 2016:

"Emile fait l'aventure" chez gallimard, avec ronan badel

"Le jour de ma mort" dans la revue Pandora, (casterman) avec René Follet. C'est une nouvelle que j'ai écrite pour le dessinateur rené follet...

"Zauberkrafte" dans le recueil de nouvelles "was ist los vor meiner tur?", éditions jacoby et stuart, illustré par aljosha blau. C'est une nouvelle qui sortira directement en allemagne.

Octobre:

"La zuppa del Orco" aux éditions biancoenero, illustré par Andrea Antinori, directement en Italie.

En 2017, je vais avoir une grosse grosse année, donc, avec beaucoup de sorties... je ne mets pas encore les dates de sortie, ça peut encore bouger pour certains, mais j'ai mis les titres plutot dans l'ordre de sortie...

"Emile fait l'enterrement" chez gallimard, avec ronan badel...

"La cire moderne" chez casterman, avec Max de radigués. Ma première bd adulte...

-Histoires pour les jours pairs chez Hélium avec thomas Baas. Un recueil de plus de 180 histoires courtes...

"Mon fils et moi" chez gallimard giboulées... un petit livre de phrases...

"Ils ont traversé les frontières" chez gallimard giboulées. C'est un livre dans la lignée de "ils ont grandi pendant la guere, écrit à base de témoignages de gens qui ont quitté leur pays enfant.

Je ne suis pas auteur jeunesse, un récit autobiographique, où je parle de la littérature jeunesse...

"Nuage rouge", un texte écrit pour l'orchestre national victor hugo, dont la création se fera en avril, à montbéliard. Illustrations de Baron brumaire, musique de jean françois verdier.

Voilà, il y a d'autres projets en cours où je dois rester un peu évasif, mais en gros: "Momo et les nouveaux", une bd en épisodes, j'en dirais plus bientot... "Mémé", une série, pour 2018 (?), le tournage et la sortie du film d'après "le temps des Marguerite", une nouvelle, "Le pouvoir magique" publié directement en Italie... des Emile, bien sur...

Voilà,

bisous

vincent

u1_was-ist-los_srvb-272x368

 

 

 

 

 

 

 

Posté par vincentcuvellier à 12:41 - Commentaires [0] - Permalien [#]


20 novembre 2015

un texte inédit:

Mimbala

" Au début du XX° siècle, en Afrique, il y avait un homme qui avait un pouvoir. Mais il ne voulait pas dire lequel.

Dans son village, il était connu sous le nom de « l’homme qui avait un pouvoir », Mimbala, en langue Mori. Il était craint, respecté. On détournait les yeux en passant devant sa case, de peur que son pouvoir soit celui de donner la mort immédiate à celui qui regarderait sa case.

Il se levait le matin, faisait ses ablutions, et mangeait dans la gamelle du voisin. Le voisin n’osait rien lui dire, de peur que son pouvoir soit celui de faire tomber la foudre sur celui qui n’a pas voulu partager son repas.

Ensuite, Mimbala partait en direction de la foret. Alors les habitants du village se disaient : « sans doute son pouvoir est-il celui de parler avec les animaux. » En effet, Mimbala avait été vu un jour en train de chasser un moustique et de lui dire « vas t en, sale bête ! ». N’est-ce pas le signe qu’il parle avec les animaux ?

Ou bien, le bruit qui courait dans la savane, était que Mimbala avait le pouvoir d’invisibilité. Car parfois, on ne le voyait plus pendant des heures… peut-être s’était-il simplement perdu dans la foret ? Nul ne le savait.

C’était à vrai dire un véritable mystère, et plus il était épais, plus Mimbala inquiétait les habitants du village, et plus les habitants du village lui donnaient tout ce dont il avait besoin.

Un jour, les blancs envahirent le pays. Une délégation de 7 d’entre eux, entra dans le village. Leur chef, un homme vétu de blanc, longue barbe et air sévère, demanda :

-Amenez nous à l’homme le plus important du village.

Les villageois hésitèrent. Ils auraient dû appeler le chef, le vieil Imonala. Mais si le pouvoir de Mimbala était celui de faire fondre sur les récoltes des nuées de sauterelles et de criquets qui dévasteraient tout ? Alors, ils indiquèrent à la délégation de blancs, la case de Mimbala.

Ils restèrent tous dans la case une éternité. Et si le pouvoir de Mimbala était de transformer les hommes blancs en animaux ?

Mais ils ressortirent tous de la case, Mimbala en tête.

Le chef des blancs grimpa sur une caisse et déclara devant tous les habitants du village :

-Je prends possession de ce pays au nom de la France. Votre nouveau chef est Mimbala. Vous lui devez obéissance et respect. A travers lui, c’est la France qui vous parle. Je lui donne les pleins pouvoirs.

Les habitants du village reculèrent tous d’un pas. Mimbala sourit. Maintenant, tout le monde connaissait son pouvoir."

 

vc, bruxelles, novembre 2015

 

 

 

 

 

Posté par vincentcuvellier à 22:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 novembre 2015

"Ils ont grandi pendant la guerre"

product_9782070664214_244x0 (1)

 

Mon nouveau livre, "ils ont grandi pendant la guerre", chez gallimard giboulées, est un peu particulier. Déjà, c'est une commande de mon éditeur, ce que d'habitude je n'accepte jamais. Mais là, c'était exactement ce que j'avais envie de faire... à chaque livre, j'aime bien essayer une forme que je n'ai jamais essayé, ça me permet de me renouveller, de progresser en écriture pure... et puis aussi, ce livre m'a rappelé mes débuts, entre 92 et 96, où j'étais pigiste à la locale du dauphiné libéré et où je faisais plein de portraits de gens... parce que c'est un livre de portraits, ce livre n'est ni un roman ni un album ni un documentaire... c'est, allez, un docu fction...

j'ai passé l'année dernière à aller voir des gens, agés d'entre 75 et 90 ans, qui n'ont qu'un point commun, celui d'avoir été enfant pendant la guerre 39-45... 

pour le choix des gens dont j'ai recueilli le témoignage, je me suis laissé porter par le hasard et l'envie... pas de célèbrités, mais mon voisin du dessous, la grand mère d'une ex, une dame pendant une dédicace, ou un vieux musicien que j'avais envie de connaitre... 

j'ai choisi comme parti pris d'être très concret dans mes questions: comment était votre chambre, vous aviez quoi comme jouet, quand avez vous vu un soldat allemand pour la première fois, etc... j'ai fait ça pour ne pas partir dans des grandes phrases bateaux et soi disants engagées, et pour que les gamins d'aujourd'hui sentent vraiment la réalité des gamins d'hier... 

c'était super surprenant, j'ai recueilli des témoignages d'anecdotes, qu'on ne peut pas inventer dans une fiction, et pour cause...

Après, à l'écriture, j'ai tenté de faire simple, parfois de me mettre en scène, parfois de me mettre en retrait, le but étant de restituer la parole de mes témoins de la façon la plus fidèle possible. 

Odile gandon est l'auteur des notes historiques, baron brumaire a illustré chaque chapitre, diane costa de beauregard l'a édité, colline faure poirée l'a publié et signé la préface et christophe hermellin a assuré le graphisme.

Voilà, j'espère que ça vous plaira, le livre sort cette semaine, illustré par Baron Brumaire, moi ça m'a tellement plu que j'ai proposé un second volume à mon éditeu "ils ont traversé les frontières", sur des enfants qui ont quitté leur pays... 

3 yvan coul300 24bit pluscalques 80% copie

 

 

 

 

 

 

Posté par vincentcuvellier à 17:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

24 octobre 2015

L'heure perdue

Un texte inédit qui fera partie d'un recueil d'histoires à paraitre dans une petite année chez hélium illustrées par thomas baas "histoires pour les jours pairs."

 

L'heure perdue.

 

Chaque année, c'est la même chose :

Mon père se tient accroupi au pied de mon lit.

-Joseph, c'est l'heure.

J'ouvre les yeux.

-Mmmm... mais quoi, papa ?

-C'est maintenant, ça va commencer.

-Ah oui, c'est vrai.

Je me redresse, je mets bien mes oreillers.

-T'as tout pris ?je demande.

-Ouais, chocolat, jus de pomme, coca, chips, du raisin, des chamallows, et j'ai mis le disque que t'aimes bien.

-Cool... ça commence quand ?

-Dans 5 minutes, dit mon père, il est presque minuit.

On attend tous les deux, on regarde l'horloge, à la lueur des bougies, qui fait tic tac, tic tac...

A minuit pile, mon père décroche la pendule et bloque les aiguilles...

-C'est parti.

D'abord, je me fais une tartine de nutella, parce que j'aime bien le nutella. Mon père mange un bout de fromage qui pique, et boit un grand verre de vin.

-Oh punaise, il est bon, il dit... tu veux du coca ?

-Ouais, plein !

Ca pique. C'est bon quand ça pique.

On écoute les chansons qui passent. Y en a une, je l'écoutais tout le temps quand j'étais petit...

-Moi aussi, dit papa.

-Toi aussi, quoi ? Je demande.

-Moi aussi, je l'écoutais tout le temps quand j'étais petit.

Je tends le bras et attrape un livre sous le matelas :

-Tu le lis ?

-Si tu veux...

Après la tartine, après la chanson, après l'histoire, il y a encore une tartine, une chanson, une histoire, et la main de mon père dans mes cheveux.

On reste une heure, comme ça, à faire que rien faire...

Au bout d'une heure, d'une heure pile, mon père se lève et débloque les aiguilles de la pendule du salon.

-Ca y est, on est à l'heure d'hiver... il est encore minuit. Bonne nuit, mon lapin.

-Bonne nuit, papa.

C'est comme ça tous les ans. C'est l'heure d'hiver. C'est l'heure perdue.

 

 

Posté par vincentcuvellier à 21:53 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

07 octobre 2015

Le passage à l'âge adulte de la littérature jeunesse.

je résume:

christophe honoré, écrivain, président du cplj, cinéaste, prix du meilleur album à montreuil,  démolit deux fois de suite des livres pour enfants dans le journal "le monde"

http://www.lemonde.fr/livres/article/2015/10/01/jeunesse-oblige-menu-enfant_4779324_3260.html

 

alice brière haquet lui répond:

http://le-wonderblog.blogspot.fr/2015/10/petite-reponse-au-grand-monde.html

levée de boucliers, de nombreux blogs soutiennent alice brière haquet... dont une réponse chantée de clémentine beauvais, glissant une accusation de sexisme au passage...

sur facebook aussi, le consensus est plutot général contre christophe honoré... je tente un peu isolé de faire entendre ma petite voix discordante, rejoint pas sophie vanderlinden, par exemple...

et je lis aujourd'hui l'avis , qui va dans mon sens, de cécile boulaire.

http://magasindesenfants.hypotheses.org/5051/comment-page-1#comment-58520

Alors, pour être clair, et résumer ce que je pense de tout ça, voici ma contribution au débat:

 

 

 

On ne peut pas à la fois demander une égalité de traitement avec les autres disciplines artistiques "adultes" et se plaindre quand on y est soumis. D'accord, cette critique est méchante, d'accord, elle s'en prend injustement à quelqu'un, mettons que c'est tombé sur la mauvaise personne, mais voilà, la critique est libre.

Non, on ne va pas se passer de donner son avis sous prétexte que dora c'est pire... et dora, au moins, c'est clair, ce n'est pas masqué. Il y a plein de livres (je ne parle absolument pas de ceux critiqués par c honoré que je n'ai pas lus), qui peuvent être décortiqués critiqués, éreintés, et cela est bien légitime.

D'autre part, beaucoup demandent des critiques positives, de découverte, (généralement, dans ce cas là, on emploie le mot "pépite"),  et s'appuient sur le fait qu'il y a tellement peu de critiques en littérature jeunesse, que si en plus elles sont mauvaises... Et ça confirme le fait qu'en littérature jeunesse, on est encore un peu dans le monde des bisounours. Oui, c'est dur, oui, ça fait mal, mais c'est le jeu: le livre est un objet qu'on lance au public, il est logique que de temps en temps, il nous revienne à travers la gueule!

le prétexte qu'on a du mal à en vivre, et qu'on ne doit donc pas être attaqué, n'est à mes yeux pas recevable non plus... on est tout de même dans une économie, on est tout de même plusieurs dizaines à réussir tant bien que mal à en faire notre métier, quand c'était quasiment impossible il y a 30 ans... et puis, si il fallait regarder la fiche d'imposition avant de critiquer un livre, on ne s'en sortirait pas...

de plus, ch honoré pointe un fait double: la surproduction et la commande d'éditeurs... par contre, il oublie un peu que notre économie est bancale et que nombre d'entre nous sont obligés de produire plus qu'ils ne devraient. Ce n'est pas seulement l'éditeur qui est responsable de la qualité de nos livres, comme je le lisais dans une réponse à ch honoré dans "la vie", mais bien évidemment en premier lieu l'auteur du dit livre... à nous de produire moins et mieux. mais pour ça, deux conditions: que l'écrivain ne publie pas tout à tout prix. Que l'éditeur paie mieux les textes qu'il accepte.

Dans sa réponse (que j'ai trouvé très bien), alice brière haquet avoue, pas très à l'aise, qu'amoureuse de la littérature, elle a un peu du mal à se considérer comme écrivain, qu'elle se définit plus souvent comme auteur, ou auteur jeunesse. (elle n'est pas la seule, c'est ce qui revient très souvent des discussions que j'ai avec mes collègues). C'est exactement ce qu'a pointé, méchamment je vous l'accorde, christophe honoré. Il reproche justement à de nombreuses personnes qui écrivent pour la jeunesse d'avoir renoncé à être écrivain, et d'être tombé trop facilement dans des "trucs" d'auteurs, d'auteur jeunesse, même...

Enfin, des accusations de sexisme ont tout de suite été portées à l'encontre de ch honoré, et elles me semblent être un procès d'intention.

Bien sur, si j'avais du éreinter un livre, je n'aurais pas choisi ceux d'Alice Brière haquet, mais j'aurais eu l'embarras du choix...

je dirais en conclusion que si la littérature jeunesse veut rentrer dans l'âge adulte, comme le milieu le réclame souvent, il faut qu'elle obtienne ses avantages (meilleur à valoir, non infantilisation de la part  des éditeurs, meilleure visibilité dans la presse), mais aussi qu'elle accepte ses dégâts collatéraux: une vraie critique de son actualité et de ses parutions.

vincent cuvellier

Posté par vincentcuvellier à 15:07 - Commentaires [3] - Permalien [#]

03 août 2015

mes trucs à venir...

Bon, je fais un petit point, histoire que ceux que ça intéresse sachent l’avancée de mon travail :

 

-Le prochain Emile sort à la rentrée (Gallimard giboulées, Ronan Badel), il s’ appelle « Emile sort les poubelles ». L’histoire, c’est Emile, et il sort les poubelles. Le livre le plus palpitant depuis « Guerre et paix ». Il y aura un autre Emile au printemps. Il s’appellera « Emile fait l’activité. »

-« Emile fait tagada tsoin tsoin. » Titre provisoire. Mais peut être qu’avec l’été et le fait que la France entière est en vacances, il sera peut être validé. En gros, c’est l’adaptation musicale d’Emile. Y a les 10 textes d’Emile déjà sortis, dits par Guillaume Marquet, le comédien, et mis en musique par marc olivier Dupin, qui dirige également l’orchestre National Ile de France. Ca sort à l’automne aussi, pile poil pour la représentation du dit spectacle à la Philharmonie de Paris, fin novembre. A noter aussi, une compil des 10 premiers Emile, qui sortira au printemps.

-Au salon de Montreuil, y aura une ou deux petites surprises, je mettrais plus d’infos dès que je mettrais plus d’infos.

-Novembre itou : « Ils ont grandi pendant la guerre » chez Gallimard giboulées, illustré par Baron Brumaire. C’est un livre issu de rencontres que j’ai faites avec des gens qui ont vécu la seconde guerre mondiale quand ils étaient petits… je ne vous cache pas que c’était vraiment cool à faire… ça ressemble à un docu fiction, c’est pour les gamins, qu’ils entendent parler d’autres anciens gamins… c’était mon gros travail de l’année passée…

-«Les enfants du voyage » titre éminemment provisoire aussi… c’est un livre sur le même principe que « ils ont grandi pendant la guerre », mais ce coup-ci, avec tes témoignages d’adultes qui ont quitté leur pays quand ils étaient petits et qui racontent comment… vous l’aurez compris, on va parler de l’immigration, mais vu par des yeux d’enfants, du côté assez matériel : comment ils sont partis, ce qu’il y avait dans leur valise, etc… parce qu’en parlant des choses concrètes, on arrive à approcher des choses intimes… chez giboulées, sortie 2016, sans doute à l’automne…

-« Histoires pour les jours pairs » chez Hélium.Un peu un projet de dingo, mais ces temps-ci, c’est exactement le genre de choses que j’ai envie de faire : un recueil de dizaines d’histoires courtes, pour raconter à son môme le soir… ça a l’air de rien, mais c’est un espace de liberté immense pour moi et pour l’illustrateur… (Je dirais bientôt qui c’est)

« La cire moderne ». Ma première BD (adulte) sortira en 2016 sans doute, dessinée par Max de Radigués. En gros, c’est 3 jeunes un peu à la cool qui héritent d’un stock de cierges… ce sera chez Casterman.

« Nuage rouge ». Encore un projet à part, comme tous ceux que je fais ces temps-ci… en fait, je refuse quasiment tous les salons et rencontres scolaires qu’on me propose depuis un an ou deux, et du coup, j’ai le temps et surtout l’énergie (celle pompée d’habitude par les déplacements incessants) pour écrire des projets particuliers… là, c’est un texte écrit pour l’Orchestre National Victor Hugo, qui sera créé en juin 2016 à Besançon, sur une musique de Jean François Verdier… ça se passe à l’époque des constructeurs de gratte-ciel, aux usa, et ça tourne autour des indiens et de la fin de leur monde…

Sinon, à la rentrée, sortira un article écrit pour la revue « hors cadre(s) » sur l’adaptation des livres, et une interview dans le numéro spécial « auteurs » de la revue du livre pour enfants…

Voilà, il y a aussi des projets d’adaptation de mes livres au cinéma, en dessin animé et au théâtre. On verra.

Et aussi, juste pour vous donner les titres en pâture, je termine un scénario pour la bd, ou peut-être pour le théâtre, appelée « l’appart »… c’est du fantastique cool…

 J’ai aussi quelques projets d’albums dans les tuyaux, mais c’est pas encore signé… parmi ceux-ci, un truc assez proche dans l’esprit de « la première fois que je suis née »… je vous dirais plus quand j’aurais plus avancé…

Je travaille également depuis un long moment sur un texte un peu dur à faire « je ne suis pas un auteur jeunesse » titre provisoire, où je parle de la littérature jeunesse, ou du moins comment je la vois… j’y arriverais…

Et aussi un projet de bande dessinée, un peu long à mettre en place, « les nouveaux », mais c’est pareil, on y arrivera bien !

Et puis d’autres trucs qui viennent au fur et à mesure, certains qui ont se faire en 5 minutes, d’autres qui vont patiner des années, certains qui vont aboutir, d’autres non, certains dont je vais être fier, d’autres moins, certains qui vont rester dans mon ordi parce que bon, on va pas non plus publier tout ce qu’on écrit, sinon, on s’en sort plus… le but n’étant pas d’inonder le marché, ni d’être riche, mais simplement de vivre de mon métier. Ah, et oui, je suis aussi en train de monter une bibliothèque dans l’école de mon fils… mais ça, je vous en reparlerais…

Voilà, du coup, avec tout ça, je pars pas en vacances, parce que je suis bien chez moi…

Bonnes vacances,

Bisous,

vincent

 

 

Posté par vincentcuvellier à 08:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]

01 avril 2015

2015_04_01_1330_TELERAMA

Posté par vincentcuvellier à 15:57 - Commentaires [1] - Permalien [#]

j'aime pas les clowns

Electre_978-2-07-065897-8_9782070658978

96200334_m

102168480_m

Et voilà! demain sort mon nouveau livre, "j'aime pas les clowns" chez gallimard giboulées, illustré par rémi courgeon. ... l'histoire rapide: une grand mère et son petit fils vont au cirque... ça leur dit moyen, sauf que la grand mère lui raconte une autre histoire de cirque qui lui est arrivée quand elle était petite, pendant la guerre...

ok, j'ai déjà entendu: pfff, encore la guerre, il en a pas marre, cuvellier, de faire que des bouquins sur la guerre? déjà, j'en fait pas plein, j'en ai fait 5, sur presque 60 livres, ça va, le ratio est très honnête... et puis, c'est bien, je trouve de creuser un peu son sujet, des fois, de pas juste se contenter d'un truc pensé vite... bref, si j'écris là dessus, c'est parce que j'essaie de répondre à une question que je me pose depuis des années... comment on va parler de la seconde guerre mondiale, au moment où les témoins directs disparaissent?

en fait, "j'aime pas les clowns", c'est le 3° et dernier volet d'une trilogie...

le premier de cette série se passait au milieu du conflit, en france:  "l'histoire de clara" racontait l''histoire d'une petite juive sauvée par 10 personnes qui ne se connaissaient pas, qui formaient une espèce de chaine...

"je suis un papillon", le deuxième, se situait au milieu des années 30 en allemagne... un papillon raconte ce qu'il voit, une fête, et l'arrivée au milieu de cette fête, de SA allemands...

Et le troisième, donc, "j'aime pas les clowns" boucle la boucle: on est en allemagne en 46, 47, par là, une période dont on parle peu, mais passionnante, celle du retour des millions de personnes déplacées, le plus grand déplacement de population de tous les temps... dans le cas de mon récit, c'est le retour des soldats allemands dans berlin dévasté, en ruine... avec en écho, les villes bombardées, et le début de la reconstruction... pour info, j'ai grandi à brest, mon père a habité la première tour d'après guerre, ça me parle, cette période...

et puis, je trouvais important de parler aussi de ce que les gens de cette époque et de ce pays ont pu vivre, notament les enfants... en vrai, j'ai toujours été  bluffé par la façon dont les allemands avaient réussi à assumer leur passé, et assumer leur responsabilité, ce qui est loin d'être le cas de tous les pays qui ont fait des horreurs.. mais là, sans doute que l'horreur était telle...

bon, attention, hein, comme dans tous mes livres, ce n'est pas un livre cafard, ni un livre que sur la guerre... c'est avant tout, une histoire, celle d'une grand mère et de son petit fils, avec des sourires et une ambiance... tous ces livres, je n'ai pas voulu faire des livres sur le thème de la seconde guerre mondiale... je les ai écrit, bon ok, parce que cette période m'intéresse et que j'ai envie d'en parler aux momes... mais je les écris aussi, parce pour chacun d'entre eux, je me suis amusé à trouver un truc narratif (10 personnages parlent d'un personnage, un papillon raconte, passage d'une époque à une autre)

voilà, après ces trois livres, promis j'arrête de parler de la guerre.

Au fait, mon prochain livre qui sortira à la rentrée ça sera 12 portraits de gens qui me racontent la guerre quand ils étaient petits... ce sera un documentaire...

bisous

vincent

Posté par vincentcuvellier à 10:32 - Commentaires [1] - Permalien [#]

24 février 2015

j'irais pas en amérique

un petit texte inédit, à lire comme du claudel, en ne respirant que quand il y a un point...

J'aurais bien aimé aller en Amérique, en paquebot, être entassé à 1000 entre la chaudière et les cales, sentir les embruns et la pauvreté, entendre les 100 langues des migrants, voir la petite en chapeau cloche, bousculer le grand paysan italien, jouer avec l'irlandais, rouquin comme pas deux, genre qui tue les souris au lance pierre, quand c'est pas des rats, et quand le lance pierre, c'est pas un canif, un canif pointu, qu'a déjà tué des gens, des irlandais, ou encore mieux des anglais, et même que c'est pour ça que le petit irlandais a du grimper, en dernière minute, dans ce paquebot de malheur...

J'aurais bien aimé aller en Amérique, regarder l'horizon et hurler comme un fou quand apparaît la fumée, la fumée des autres bateaux, et continuer à fixer l'horizon, pour voir la statue, la statue de la liberté, avec cette petite fille en chapeau cloche, à coté de moi, qui saute à cloche pied, en chantant une chanson de son pays, pendant que son papa, un vieil italien borné lui hurle de ne pas tomber, de ne pas tomber dans l'eau, avant d'arriver en Amérique, ce serait trop bête...

J'aurais bien aimé aller en Amérique, mais pas maintenant, il y a 100 ans, sentir les odeurs des pays chauds, et aller dans un pays froid, froid rempli de policiers, aimables comme pas deux, à deux doigts de te faire remonter dans ce paquebot, si jamais t'aurais des poux, comme ce petit irlandais blagueur, que j'ai perdu de vue, à peine descendu du paquebot, alors que j'ai suivi sa boule de cheveux rouges dans une foule de boules de cheveux rouges...

J'aurais bien aimé aller en Amérique, me faire tamponner un papier gris, baisser les yeux juste avant, et juste après sourire de joie, mais pas trop fort, à cause de la grosse dame du bas, à qui on est en train d'expliquer qu'elle doit se faire piquer, le bras, si elle veut entrer, et regarder la porte au fond, qui va s'ouvrir sur un ciel tellement bleu qu'on est tous à le regarder bien en face, avant de s'enfoncer et de se dissoudre dans la grande ville et dans le grand pays, l'un ici, l'autre là...

J'aurais bien aimé aller en Amérique mais j'irais pas, parce que les petites filles en chapeau cloche n'en portent plus et tombent dans l'eau, de haut, en bas.

Posté par vincentcuvellier à 17:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]

27 janvier 2015

"Normal, normal 2015"

J'aime bien souhaiter mes voeux à la fin du mois de janvier... bon, ce mois de janvier est spécial, mais après tout, tout le temps est tout le temps spécial. On vit des évènements politiques, historiques, comme si on en avait perdu l'habitude... ceux ci sont compliqués, mais ont au moins l'avantage de clarifier les lignes, de se situer, de se poser aussi des questions qu'on n'a pas voulu se poser avant, en faisant l'autruche, qui entre parenthèse ne fait jamais l'autruche, elle.

Je vous souhaite à tous une bonne année, et pour l'occasion, et comme chaque année, voici un petit texte inédit. Il s'appelle "normal, normal", à priori il n'est pas destiné à la publication (je l'avais proposé à "autrement" avant que ça ne ferme, tu vois le genre), mais pourquoi pas un jour. C'est un texte autobiographique.

Bien entendu, ce texte n'est pas à usage commercial, merci de ne pas le reproduirre sous aucune forme que ce soit et bisous.

 

Normal, normal…

 

 

 

Je suis un enfant normal qui vit dans un pays normal. Le matin, je me lève dans un lit, normal, je prend un petit déjeuner normal et me brosse les dents, normal. Je fais un bisou à mes parents normaux, je me dispute un peu avec ma sœur, normal. Ensuite, je vais en face de chez moi, où il y a l’école. Normale, l’école. Mon maître est comment dire, normal, très très normal. Il porte un pantalon et un pull. Il n’a pas beaucoup de cheveux, mais un peu quand même. Le matin, je m’ennuie, l’après-midi je m’embête, et le reste du temps, je baille. Dans la cour, je cours.

*

Je ne sais pas ce qui s’est passé, pourquoi tout est comme ça, pourquoi tout est devenu normal. C’était pas comme ça, avant. Je me souviens, j’étais petit, mais je me souviens quand même. Tout était grand, tout était un peu dingo, tout était, comment dire, pas normal. Mes parents, tiens, par exemple, mes parents. Mon père était immense et avait une voix d’ogre. Un ogre gentil mais un ogre tout de même. Il avait la même barbe que les pirates dans les livres de pirates, me prenait sur ses genoux et me faisait voler jusqu’au ciel. Jamais il ne m’a laissé tomber. Jamais. C’était une montagne. Une montagne rigolote qui bougeait de partout. Une montagne au gros ventre.

Et ma mère. Complètement cinglée!un genre de fée… toujours à courir, à rire, à voler, même. Oui, elle volait ma mère. Après un bus, un train, après tout ce qui allait plus vite qu’elle. Elle sentait bon, ma mère. Elle sent toujours bon, mais pas pareil. Là c’était bon de chocolat, de miel et de fleurs, un peu tout à la fois. Elle sentait la brioche aussi fort que mon père sentait la chaussette.

Et ma sœur. Une magicienne. Un coup, elle existait pas, un coup elle existe. Et petite! toute petite. Tellement petite qu’on ne la voyait pas. On l’entendait par contre, elle hurlait plus fort que les ogres, les loups et les sirènes de pompiers. Et elle faisait pipi des litres de pipi et caca des tonnes de caca. Il fallait dix ans pour changer sa couche. Dix ans…

Et moi… et moi… mon école était à l’autre bout du monde et le maître un vieux sorcier chauve… il n’avait jamais changé de pull ni de pantalon de sa vie. Jamais. D’ailleurs, il y avait encore dessus des taches d’enfants qui n’avaient pas été assez sage. Dans la cour de récré, c’était pire. La guerre. La vraie guerre. Des cris partout, des pleurs, des hurlements de petites filles, des petits garçons fous furieux qui couraient après les filles qui hurlaient, justement… du sang, des pansements et même des fois du rouge pour soigner… c’était horrible, l’école… horrible…

Y avait même un vieux monsieur rouge et blanc qui nous amenait des trottinettes tous les ans, qui volait dans le ciel et passait par la cheminée même quand on en avait pas… et la petite souris! Parfaitement, y avait une petite souris, je sais pas comment elle savait, mais à chaque fois que je perdais une dent, elle venait la nuit, toujours la nuit, et sans me réveiller enlevait la dent, et posait une pièce, d’or, sous mon oreiller… c’était bizarre, mais tout était bizarre, rien n’était normal.

*

Et puis un jour, je ne sais pas ce qui s’est passé. Papa s’est rasé la barbe et maman a changé de parfum. Ma sœur avait tellement changé qu’il ne fallait plus la changer. L’école avait déménagé de l’autre côté de ma rue et le maître avait lavé ses pulls et ses pantalons. Le monsieur rouge ne passait plus par la cheminée, de toute façon, on avait des radiateurs. Et la petite souris avait sûrement été mangée par un chat. De toute façon, j’avais toutes mes dents, maintenant.

Tout était devenu normal. Terriblement normal. Et plus les choses devenaient normal, plus je devenais triste. Le jus d’orange avait un goût de jus de poireaux.

 

*

Ça s'est passé à l'école. Oui, à l'école où d'habitude il ne se passait jamais rien. Quel âge j'avais? Le même âge que vous. Le maître a dit qu'on allait faire une rédaction. On savait pas ce que c'était alors il a dit: «je vous donne un sujet et vous écrivez ce que vous voulez». Comme on savait pas comment faire, il a dit «vous écrivez des mots, les mots ça fait une phrase, et voilà.» Comme ça, ça avait l'air facile. Il a écrit au tableau:

«Imaginez si vous aviez un pouvoir magique.»

La classe entière a sursauté, une petite fille s'est même mise à pleurer. Moi j'ai mis mon stylo dans ma bouche, et après dans mon nez, et après dans mon oreille, et à la fin je l'ai posé sur ma feuille. Je me souviens qu'au moment où j'allais commencer à écrire, j'ai fermé les yeux.

«Imaginez si vous aviez un pouvoir magique.»

J'ai souri, et mon sourire est monté dans ma tête. Quand j'ai rouvert les yeux, il y avait un gros chien rouge devant moi. Un chow-chow. Il m'a dit «Benjamin, j'ai un cadeau pour toi.»

« Oh merci, c'est quoi ? » j'ai répondu.

« Une gomme ! »

« mais j'en ai déjà une ! »

«-Oui mais la mienne, c'est une gomme magique. C'est une gomme qui efface les fautes d'orthographe ! »

Il m'a tendu la petite gomme blanche avec ses grosses pattes rouges. Toute seule, la petite gomme blanche a glissé sur ma feuille et a effacé une faute. J'avais mis deux M au lieu d'un.

Elle a tourné encore un peu et en a trouvé une autre, un accent à l'envers, et encore une autre, un e en trop.

J'ai regardé le chien en rigolant. Le chien a rigolé aussi, et franchement, un chien qui rigole, j'ai trouvé ça normal.

Quand le maître a dit «c'est bon, vous avez fini?», le chien avait disparu, et la gomme aussi. Mais sur ma feuille, il y avait des mots, et les mots bout à bout ça faisait des phrases.

A la récré, tout le monde a raconté que son pouvoir magique c'était voler, ou disparaître, ou être très fort, ou être une fée, ou être un dragon, ou passer à travers les murs, mais personne vraiment personne n'a raconté qu'un chien rouge lui avait donné une gomme à effacer les fautes d'orthographe. Quand on est retourné dans la classe, le maître nous a dit que c'était bien, qu'on avait beaucoup d'imagination et qu'il allait lire sa préférée.

Aux premiers mots, je suis devenu rouge des pieds, et c'est monté jusqu'à ma tête. C'était plus un sourire, c'était un soleil de sourire! Et à la fin de mon histoire, tout le monde a applaudi.

Je l'avais trouvé mon pouvoir magique. Je raconterai des histoires. A partir de ce jour là, plus rien ne serait normal.

 

vincent cuvellier

Posté par vincentcuvellier à 19:13 - Commentaires [2] - Permalien [#]

06 janvier 2015

De 2014 à 2015: Bilan et perspective.

1009881_10201961113851774_1711778428_n

Après un début de décennie en demi teinte, 2014 a vu chez Vincent Cuvellier un début de reprise. 2015 sera t elle l'année d'une croissance à deux chiffres ou sera t elle marquée par une nouvelle récession?

L'analyse de notre expert, Vincent Cuvellier.

Vincent Cuvellier: Comment analysez vous l'année 2014, à l'aune des chiffres donnés par l'INHESVC (l'institut national des hautes études sur Vincent Cuvellier)

Vincent Cuvellier: je crois que les chiffres sont bons. Nous ne sommes plus en tout cas dans la crise du début des années 2010 où on avait vu un net recul de l'action Vincent Cuvellier, marqué par de multiples difficultés personnelles. Son exil en Belgique semble avoir porté ses fruits. Il faut dire qu'il a bénéficié d'une recrue de choix en la personne de Joseph Cuvellier, qui maitrisant l'écriture depuis peu, lui a apporté une plus value d'imagination et de légéreté.

Vincent Cuvellier: Quels ont été les faits marquants de cette année 2014?

Vincent Cuvellier: Tout d'abord, en janvier, la représentation de "l'histoire de clara" au théatre du chatelet, adapté par marc olivier dupin et interprété par donatienne michel dansac, a permis de continuer la holding sur la musique classique, et gagnant des parts de marché non négligeables. (sur un taux à 3'5%, rappelons le!) Sur le front de la décentralisation, Vincent Cuvellier est allé partout, dans la première moitié de 2014: Tours, Paris, Les coevrons (lieu de sa première succursale en 2001), Cholet; Grenoble, Larmor-Baden, Angers, Le loroux bottereaux, St Malo, Nice... Le second semestre a vu Vincent Cuvellier se recentrer su son coeur de métier: l'écriture. Peu donc, de succursales ouvertes, mais quelques visites officielles à Creil, à Bordeaux, quelques conférences à l'IUFM, et quelques lectures publiques.

 

Vincent Cuvellier: Votre coeur de métier, dites vous?

Vincent Cuvellier: Oui, car il m'a semblé important, en cette période de "tout communication" de revenir aux fondamentaux, et de consacrer l'essentiel de mon temps et de mon énergie à mon métier, ceci afin d'épuiser la concurrence. Nous avons notemment, après une étude de faisabilité poussée, décidé d'abandonner notre projet de revue sur les cultures de l'enfance, après des discussions avortées avec plusieurs éditeurs. Ceci n'a pas été perçu comme un échec, mais au contraire ce retrait a permis de reconcentrer nos forces dans la mise au point de plusieurs projets-force. Nous avons également retiré nos billes de la série "Biscotto", victime de la crise, et mis en sommeil une de nos société, la "t'étais qui, toi", qui a souffert d'un brouillage de notoriété.

2014 a effectivement vu la montée en puissance de "Emile" (copyright), avec pas moins de 4 titres, des businnes price, ainsi qu'une percée à l'international.

Mais 2014, c'est aussi "ma tronche en slip" qui, fortement clivant, a permis à la marque "Vincent Cuvellier" de gagner en fidélisation de clientèle ce que "Emile" gagnait en parts de marché.

On peut parler aussi de signaux envoyés avec "l'homme qui vivait comme un ours" que certains commentateurs éclairés n'ont pas manqué de juger "à forte dose autobiographique", ceci expliquant celà, et inversement.

Du côté du secteur "recherche et innovation", il faut noter le recrutement de Suzanne Arhex, sur le projet "la guerre des bisous". Il faut également noter le rapprochement avec "michel lagarde incorporated" pour un projet innovant, l'adaptation littéraire d'un livre germano-batave.

Vincent Cuvellier: On peut donc dire que 2014 fut une année globalement positive? Et que nous indiquent les principaux signaux économiques, mais aussi géo stratégiques, pour 2015?

Vincent Cuvellier: Tout d'abord, le chomage aura quasiment disparu. Associé à une hausse du pouvoir d'achat, mais également à une hausse des charges, 2015 devrait voir la consolidation des projets amorcés en 2014: à commencer par l'adaptation musicale d'"Emile".

Du côté des opérations prestige, on pourra noter la représentation de "la première fois que je suis née" à la toute nouvelle philarmonie de Paris. Des tractations sont également en cours pour "Emile" (copyright) et "le temps des Marguerite" pour le cinéma et le dessin animé...

Ensuite, 2015, c'est aussi la fin de la trilogie "seconde guerre mondiale" entamée en 2008 avec "l'histoire de clara". Il s'agit de "j'aime pas les clowns", qui voit la concrétisation de la fusion Courgeon-Cuvellier, en discussion depuis quelques années.

Mais 2015 verra aussi la montée en puissance de "Emile" (copyright) avec la sortie de deux nouveaux épisodes et d'un livre de jeux, élaborés avec nos meilleurs spécialistes. La marque Cuvellier/badel est désormais cotée en bourse, avec un démarrage encore dans toutes mémoires, où l'indice Nikkei a explosé. 

Vincent cuvellier: on me dit que vous avez bénéficié sur ce projet d'un apport de compétence inattendu.

Vincent cuvellier: En effet, joseph cuvellier, 7 ans, a contribué largement à éloborer certains jeux, et à constitué un panel-force, grâce à son avis éclairé et rémunéré à hauteur de 8 kilos/bonbons/ an. ce qui nous fait un coefficient non négligeale, reconnaissez le.

Vincent cuvellier: je le reconnais volontiers. Un conseil pour les futurs investisseurs?

Vincent cuvellier: le marasme n'est pas une fatalité. J'en veux pour preuve l'implantation d'une bande dessinée en Belgique (fabriquée entièrement de manière artisanale, avec un des meilleurs artisan sur le marché), ainsi qu'un projet industriel à base d'Hélium, que je ne peux dévoiler plus.

Et je me lance également dans le docu fiction avec un projet pour gallimard-giboulées, où sans dévoiler plus, je peux déjà dire que des personnes d'expérience dans le domaine de la guerre sont mises à contribution.

Vincent Cuvellier: Vincent Cuvellier, je vous remercie, et vous souhaite une belle année économique, et géo stratégique, bien sur!

Vincent cuvellier: bien sur, ma réussite économique est un modèle d'entreprenariat, mais je suis avant tout un artiste.

Vincent Cuvellier: Bien sur, bien sur.

Vincent Cuvellier pour "L'enjeu", le magazine de l'enjeu.

 

 

 

 

 

 

 

Posté par vincentcuvellier à 12:22 - Commentaires [1] - Permalien [#]

03 septembre 2014

Emile qui vivait comme un ours.

1540-1

product_9782070658848_244x0

La vie étant ce qu'elle est et les écrivains étant des gens comme les autres, chaque livre raconte un truc de nous même, qu'on le veuille ou non. Alors, quand j'écris un bouquin qui s'appelle "l'homme qui vivait comme un ours", bien sur, je parle de moiu. Mais quand je l'écris, je ne le sais pas , c'est tout.

Et quand j'invente un personnage comme Emile, forcément, il y a un peu de moi, un peu de mon fils, un peu de ce que j'aime chez les gamins...

"L'homme qui vivait comme un ours" est un livre dans la lignée de "tony tiny boy" pouyr ceux qui connaissent, sorti l'an passé chez hélium avec dorothée de monfreid. C'est son dessin, narratif, simple, clair comme de l'eau de roche, qui me permet, en influençant mon style, d'écrire court, simple et direct. Tout ce que j'aime déjà de toutes façons, mais j'avais tendance, comme tous les écrivains, à faire des phrases. Notez, je suis payé pour ça, mais bon. Là, avec ces livres, j'essaie d'écrire différemment. de toutes façonsk, dans chacun de mes livres, j'essaie un truc différent. J'aime bien raconter ces histoires, en apparence très simples, mais finalement assez complexes. Et puis dans ce livre, pas d'enfant. Un homme, un ours, et c'est tout. Une ambiance de fin du monde. Une chanson. Bon, allez, je peux vous le dire, comment j'ai eu l'idée de ce livre: un soir , quand il avait 3 ou 4 ans, mon fils m'avait demandé ce que c'était, un copain. Je m'étais rappelé de l'étymologie, qu'un copain, c'est qualqu'un avec qui on partage son pain. Alors, comme je chantonne tous les soirs un truc à mon fils, je lui ai dit: "un copain, c'est quelqu'un avec qui on chante la même chanson. " vous saurez pourquoi en lisant le livre, dont j'ai écrit la musique! oui, j'ai écrit la musique d'un livre... c'est n'importe quoi, des fois.

quant au nouvel émile, c'est toujours la même chose. Quand j'étais petit, je faisais le tour des vieux de mon immeuble ou du quartier de mes grands parents, et j'allais leur chanter une chanson, en échange de bonbons... et depuis, j'aime bien les vieux. Emile aussi, apparemment...

voilà, ce sont mes deux premiers livres de l'année, il y en aura encore un peu... en attendant, gros bisous...

vincent

 

"l'homme qui vivait comme un ours" avec dorothée de monfreid, hélium.

Emile invite une copine. 9. Avec ronan badel, gallimard giboulées.

 

Posté par vincentcuvellier à 15:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

28 mai 2014

J'ai décidé de...

depuis quelques jours, un dessinateur et un scénariste, expliquent pourquoi ils ont décidé d'arrêter ce métier. Du coup, j'ai envie d'expliquer pourquoi je le continue.

 

 

"J'ai décidé de continuer à pratiquer ce métier... malgré presque 3 ans de doute et de tentation d'arrêter, je me dis que non, je continue jusqu'à ce que mort s'ensuive... parce que c'est le métier que je voulais faire quand j'étais petit et que je le fais. Et rien que ça, déjà, ça me parait abolir tous les sacrifices du monde...

Il y a encore 15 jours, je disais à une copine que j'allais peut être arréter d'écrire, que j'étais découragé, que ça servait à quoi tout ça, et pui...s, le lendemain matin, j'ai reçu un mot de quelqu'un que je ne connais pas, mais qui elle connait mes livres... le mot finissait comme ça:
"Merci beaucoup, j'espère que lors de vos moments de doute, vous pensez à tous ces enfants, ados, adultes qui attendent vos histoires ... et qui lisent, relisent, rerelisent vos livres."

j'avais oublié que des gens me lisaient.

et puis vu que tout le monde veut arréter depuis deux jours, il faut bien qu'il y en ait deux ou trois qui continuent!

et puis, je me suis rappelé aussi que je n'avais ni patron ni horaires, que je me promenais quand les autres étaient au bureau, que je pouvais travailler en révassant, en marchant ou en travaillant (des fois quand même), que je pouvais aussi travailler avec des copains ou des gens que j'admirais, que je faisais rire les gosses, des fois, et pas toujours à,mes dépens, et que pour draguer les filles, c'est aussi bien d'écrire des livres que de couper du kebab...

alors oui, j'ai les boules quand la comptable me dit que je dois attendre un mois avant de toucher mes 2000 balles parce que tout le monde est en vacances, oui j'ai les boules quand un éditeur veut publier ma bd et puis finalement non un an plus tard, oui j'ai les boules quand un libraire me dit que mes bouquins sont dans la réserve et qu'elle les sort si on les lui demande, bien sur que ça fout les glandes... mais bon, j'ai bossé à l'usine, en magasin, dans un journal, sur des chantiers et j'avais aussi les boules, sauf qu'il me manquait l'essentiel pour supporter ces boules: la liberté, putain! j'ai vu mon père trimer à l'usine, se vouter au fil des ans... alors moi, j'aurais pas le bol du siècle de faire ça comme boulot? putain, je rendrais ma place pour rien au monde!

Alors tant pis pour les galères, je continue d'écrire des livres!"

Posté par vincentcuvellier à 09:16 - Commentaires [3] - Permalien [#]

27 mai 2014

Bon, un des problèmes, quand même, avec le succés du front national aux européennes, c'est que un grand nombre de députés français au parlement européen sont contre l'Europe... ça veut dire quoi? que beaucoup de députés sont dans un lieu qu'ils veulent voir disparaitre, voire contribuer à détruire... et malgré toutes les critiques faites aux députés européens des autres partis, ceux ci avaient vocation de faire avancer l'europe...

qu'on soit bien d'accord, c'est bien sur (ou plutot contre) l'europe que le fn a gagné... sans doute pour d'autres raisons pour bcp d'électeurs, mais c'est tout de même sur l'Europe...

Vous vous rappelez, il y a 20 ans l'europe? on était tous pour, à l'époque, et les voix divergentes ne voulaient pas la détruire, ils voulaient la réformer, qu'elle soit plus sociale, plus juste... tu parles, on a eu l'inverse... comme si l'europe n'était plus la solution, mais le problème... et tout ce qu'elle a apporté de bien, personne ne le voit plus... trop abstrait, trop loin... l'élargissement a été mal vécu par beaucoup, comme le référendum d'il y a quelques années qui a laissé des traces... (j'avais voté oui, je suis super pro européen, moi...)

Même un type comme emmanuel todd pense qu'il faudrait faire une petite pause dans la mise en commun des prérogatives et opérer un petit repli national, une dizaine d'années...

Manque de bol, c'est marine le pen aujourd'hui qui incarne ce repli national... ça aurait pu être chevénement ou séguin, non c'est le pen fille... parce qu'elle dit exactement ce que les gens ont envie d'entendre: un discours ouvriériste et anti capitaliste, plus le rejet des étrangers... elle parle comme des communistes qui rajouteraient "et les bougnoules dehors..."

je lisais hier un écrivain jeunesse très militant, très ancré à gauche, qui se plaignait "alors malgré tous nos livres, ça n'a servi à rien..." j'avais envie de rigoler... quoi? il croit donc que nos livres sont importants au point de changer ou de façonner les mentalités? bien sur que non, il y a même parfois, un coté contre productif aux livres pour enfants militants...

Manque de bol, après des décennies où le discours de gauche était dominant, on assiste à une droitisation très forte des discours. Et l'élection de Marine le pen ou sa participation à un gouvernement, deviennent une option, et plus un fantasme... comme elle dit toujours, le plafond de verre a sauté. La social démocratie, à la Hollande, aurait du être un aboutissement, c'est devenu matière à rejet pour plein de gens... la social démocratie, c'est pour quand tout va bien, pas quand une société est en crise. Un parti d'extrème droite, ça oui, c'est pour une société en crise...

Je reviens à l'europe... est ce que les dirigeants vont comprendre, maintenant qu'ils vont être menacés de l'intérieur, de la nécessité de réformer vite les institutions européennes? punaise, c'est quand même pas compliqué: un peu de sexy, un poil de démagogie, pas beaucoup, juste ce qu'il faut: désigner une grande personnalité présidente de l'europe, pour que l'europe s'incarne, une diplomatie beaucoup plus forte, une armée commune... et pas seulement une armada de fonctionnaires qui ont trouvé un terrain de jeu à leur mesure...

Moi, je reste européen, ça c'est sur, je déteste ces slogans "oui la france non à bruxelles"... et puis, l'europe, pour moi, c'est du concret: j'habite à 500 m du parlement ou de la commission... j'aime bien m'y balader, entre les tours, les boulevards et les pelouses du parc du cinquantenaire...  le soir, l'été, les fonctionnaires ou les lobbystes viennent y boire un verre de vin blanc, la cravate dans la poche et le badge électronique pendouillant sur le costard déboutonné...

je crois qu'en fait, quand on est bruxellois, on est naturellement européen...

Posté par vincentcuvellier à 10:11 - Commentaires [2] - Permalien [#]

15 mai 2014

"Ma tronche en slip"

9782812606694_1_75Bien sur, quand j'écris un livre, il y a l'histoire, mais plus important que l'histoire, il y a la manière dont je la raconte. Je me suis rendu compte qu'à chaque nouveau livre, je cherche à avancer dans mon style.  A répondre à une question purement technique, ou professionnelle que je me pose. Et bien plus que le fond, je cherche la forme. Une fois trouvée la forme, le fond viendra. Je caricature, mais l'essentiel est là.

Par exemple, ça faisait des années que je voulais écrire un livre sur fond de seconde guerre mondiale. Mais si je n'avais pas eu cette idée de raconter "l'histoire de clara" avec 10 points de vue différents, je ne l'aurais pas écrit. C'est le style qui a amené le livre, et porté le thème, pas l'inverse.

Cette question, c'est la même depuis plus de 28 ans que je publie: comment rendre l'écriture vivante

A chaque livre, donc, je cherche à creuser mon style, à aller plus loin dans ma recherche que le livre précédent. Oui, je sais, c'est sérieux ce que je raconte, mais rassurez vous, le livre ne l'est pas. Ceux qui suivent mes livres le savent, un de mes dadas, c'est d'écrire le plus librement possible, avec le ton le plus naturel possible, que l'écriture se voit le moins possible, qu'à la fin du livre le gamin qui a lu n'a pas eu l'impression de lire un livre mais de parler avec un copain... alors, j'ai encore un peu plus libéré mon écriture, et essayé encore un peu plus de faire en sorte que le style devienne invisible. bien sur, c'est un combat perdu d'avance, un livre sera toujours un livre et ne fera que singer le langage parlé: mais bon, j'essaie au moins de m'en approcher le plus possible, d'essayer d'être dans la tête d'un ado de 15 ans et demis...

Dans "ma tronche en slip", on retrouve Benjamin, le gamin de plusieurs livres au rouergue , qui a grandi. Il a 15 ans, et il a une furieuse envie de baiser... il a du bol, il est pas trop moche, pas trop bête, c'est dans ses cordes. Il va recevoir un sacré coup de pouce. Une nana va le répèrer dans la rue pour qu'il pose pour une série de photos de pub, pour une marque de slip...

En l'écrivant, je me suis rappelé d'un bouqin de jacques lanzmann, "le tétard" où le personnage de 13 ans , juif caché pendant la guerre, avait l'obsession de faire l'amour avant de mourir. Mon personnage a cette obssesion là, mais sans le danger de la guerre: il ne pense qu'à ça: tirer son coup. Et en attendant , il se la touche, et pas qu'un peu.

Et franchement, que celui qui me critique d'écrire ça se souvienne de ses 15 ans...

C'est un bouquin sans aucune morale: benjamin veut gagner de l'argent facilement, se touche toute la journée, lance du "je suis pas un pd" toute la journée... C'est juste un bouquin qui parle d'un ado normal, ni plus obsédé ni plus branleur ni plus égoïste que la moyenne... normal... comme nous on était, quoi...

c'est marrant, je risque d'avoir les mêmes soucis que j'ai quand je truffe mes lvres de gros mots... alors que dans tous les autres médias, il n'y a aucune retenue (cinoche, bd, mangas, télé, jeux vidéos...), on demande aux romanciers de faire attention quand ils écrivent pour les ados... ce que j'essaie d'expliquer, c'est que les quelques scènes un peu marrantes, genre branlette ou vannages épicés, risquent de choquer, alors que dans un film ou une bd, on y aurait même pas fait gaffe...

En tout cas, moi je suis content, déjà et d'une parce que c'était très cool à écrire, et parce que j'ai pu avancer un peu dans ma fameuse recherche que j'expliquais au débat: écrire sans en avoir l'air...

Voilà, j'espère juste que les ados vont bien se marrer, ce qui n'est déjà pas si mal...

 

 

 

 

 

 

Posté par vincentcuvellier à 09:14 - Commentaires [1] - Permalien [#]

17 août 2013

la planète des moches

suite de la série de l'été sur mes textes avortés, pas aboutés, ou simplement mis de côté. aujourd'hui, "la planète des moches". j'aime bien l'idée, je reprendrais peut être un jour. Bien entendu, je préviens amicalement que si quelqu'un prend une idée d'un de ces textes mis en ligne pour en faire un bouquin, je le déchire. Et pas que le livre.

 

 

La planète des moches.

 

Dans mon pays, c'est bien simple, tout le monde est moche. Même le moins moche des moches est très moche. Quant au plus moche des moches, je vous raconte pas.

Au pays des moches, les oiseaux sont moches, les fleurs sont moches, les petits lapins roses sont moches. Les biches sont moches, les princesses sont moches, tout, je vous dis, tout!

Les gens eux même sont parfois surpris d'être aussi moches. Qaund ils croisent un plus laid qu'eux, un plus maigre, une plus grosse, un plus gros pif, des yeux qui louchent plus, ils ne peuvent s'empêcher de rigoler.

-Ah ah, tu es vraiment très très très moche, toi!

-Dis donc, tu t'es pas regardé, toi?

Pour les mariages, c'est facile. Le marié choisit la plus laide, la mariée choisit la plus laide, ils se marient, on crie, "mon Dieu, qu'elle est vilaine!" et ils font des enfants affreux comme tout.

Mais au pays des moches, comme nulle part ailleurs, la horriblofection n'existe pas. Il faut bien que parfois, il y ait un truc qui cloche.

Il faut bien que parfois, il y ait un beau qui naisse. Ou une belle.

On sait qu’ils existent, on en croise parfois, mais on n’en fait pas cas.

Blattre est de ceux-là. Belle, mais belle ! Tellement belle que ses mochetés de parents lui ont donné un prénom tout vilain pour compenser.

La première fois que je l’ai vue, j’ai fait comme tout le monde : j’ai froncé les sourcils et j’ai soufflé :

-Punaise, qu’est-ce qu’elle est… Qu’est-ce qu’elle est… belle.

Et j’ai regardé ailleurs. Au hasard, mes pieds. Mes moches pieds.  

La maitresse l’a regardé de long en large et lui a dit de s’asseoir là où il y avait de la place. De la place, il y en avait à côté de moi.

Elle m’a regardé, a souri et s’est assise.

J’ai plongé la tête dans mon cahier.

A la récré, elle était toute seule. Les autres la regardaient méchamment, ou pire, ne la regardaient pas du tout.

Elle a encore regardé où il y avait de la place, et une fois de plus, de la place, il y en avait à côté de moi. Elle m’a demandé si elle pouvait s’asseoir. J’ai dit non, ça voulait dire oui. J’ai tourné la tête, mais quand j’ai vu ses yeux, ça a fait mal aux miens.

-T’es nouvelle ? j’ai demandé.

-Oui, l’an dernier, j’étais à Mistouchette.

Mistouchette, c’est loin d’ici. C’est un pays où on va jamais. Il parait que là bas, tout le monde est beau. Mais vraiment beau. Les rats sont beaux, les crapauds, les ronces, les orties, tout est beau. Et les petites filles aussi.

Posté par vincentcuvellier à 18:36 - Commentaires [3] - Permalien [#]