Vincent Cuvellier, et tout le baratin

01 avril 2015

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j'aime pas les clowns

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Et voilà! demain sort mon nouveau livre, "j'aime pas les clowns" chez gallimard giboulées, illustré par rémi courgeon. ... l'histoire rapide: une grand mère et son petit fils vont au cirque... ça leur dit moyen, sauf que la grand mère lui raconte une autre histoire de cirque qui lui est arrivée quand elle était petite, pendant la guerre...

ok, j'ai déjà entendu: pfff, encore la guerre, il en a pas marre, cuvellier, de faire que des bouquins sur la guerre? déjà, j'en fait pas plein, j'en ai fait 5, sur presque 60 livres, ça va, le ratio est très honnête... et puis, c'est bien, je trouve de creuser un peu son sujet, des fois, de pas juste se contenter d'un truc pensé vite... bref, si j'écris là dessus, c'est parce que j'essaie de répondre à une question que je me pose depuis des années... comment on va parler de la seconde guerre mondiale, au moment où les témoins directs disparaissent?

en fait, "j'aime pas les clowns", c'est le 3° et dernier volet d'une trilogie...

le premier de cette série se passait au milieu du conflit, en france:  "l'histoire de clara" racontait l''histoire d'une petite juive sauvée par 10 personnes qui ne se connaissaient pas, qui formaient une espèce de chaine...

"je suis un papillon", le deuxième, se situait au milieu des années 30 en allemagne... un papillon raconte ce qu'il voit, une fête, et l'arrivée au milieu de cette fête, de SA allemands...

Et le troisième, donc, "j'aime pas les clowns" boucle la boucle: on est en allemagne en 46, 47, par là, une période dont on parle peu, mais passionnante, celle du retour des millions de personnes déplacées, le plus grand déplacement de population de tous les temps... dans le cas de mon récit, c'est le retour des soldats allemands dans berlin dévasté, en ruine... avec en écho, les villes bombardées, et le début de la reconstruction... pour info, j'ai grandi à brest, mon père a habité la première tour d'après guerre, ça me parle, cette période...

et puis, je trouvais important de parler aussi de ce que les gens de cette époque et de ce pays ont pu vivre, notament les enfants... en vrai, j'ai toujours été  bluffé par la façon dont les allemands avaient réussi à assumer leur passé, et assumer leur responsabilité, ce qui est loin d'être le cas de tous les pays qui ont fait des horreurs.. mais là, sans doute que l'horreur était telle...

bon, attention, hein, comme dans tous mes livres, ce n'est pas un livre cafard, ni un livre que sur la guerre... c'est avant tout, une histoire, celle d'une grand mère et de son petit fils, avec des sourires et une ambiance... tous ces livres, je n'ai pas voulu faire des livres sur le thème de la seconde guerre mondiale... je les ai écrit, bon ok, parce que cette période m'intéresse et que j'ai envie d'en parler aux momes... mais je les écris aussi, parce pour chacun d'entre eux, je me suis amusé à trouver un truc narratif (10 personnages parlent d'un personnage, un papillon raconte, passage d'une époque à une autre)

voilà, après ces trois livres, promis j'arrête de parler de la guerre.

Au fait, mon prochain livre qui sortira à la rentrée ça sera 12 portraits de gens qui me racontent la guerre quand ils étaient petits... ce sera un documentaire...

bisous

vincent

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24 février 2015

j'irais pas en amérique

un petit texte inédit, à lire comme du claudel, en ne respirant que quand il y a un point...

J'aurais bien aimé aller en Amérique, en paquebot, être entassé à 1000 entre la chaudière et les cales, sentir les embruns et la pauvreté, entendre les 100 langues des migrants, voir la petite en chapeau cloche, bousculer le grand paysan italien, jouer avec l'irlandais, rouquin comme pas deux, genre qui tue les souris au lance pierre, quand c'est pas des rats, et quand le lance pierre, c'est pas un canif, un canif pointu, qu'a déjà tué des gens, des irlandais, ou encore mieux des anglais, et même que c'est pour ça que le petit irlandais a du grimper, en dernière minute, dans ce paquebot de malheur...

J'aurais bien aimé aller en Amérique, regarder l'horizon et hurler comme un fou quand apparaît la fumée, la fumée des autres bateaux, et continuer à fixer l'horizon, pour voir la statue, la statue de la liberté, avec cette petite fille en chapeau cloche, à coté de moi, qui saute à cloche pied, en chantant une chanson de son pays, pendant que son papa, un vieil italien borné lui hurle de ne pas tomber, de ne pas tomber dans l'eau, avant d'arriver en Amérique, ce serait trop bête...

J'aurais bien aimé aller en Amérique, mais pas maintenant, il y a 100 ans, sentir les odeurs des pays chauds, et aller dans un pays froid, froid rempli de policiers, aimables comme pas deux, à deux doigts de te faire remonter dans ce paquebot, si jamais t'aurais des poux, comme ce petit irlandais blagueur, que j'ai perdu de vue, à peine descendu du paquebot, alors que j'ai suivi sa boule de cheveux rouges dans une foule de boules de cheveux rouges...

J'aurais bien aimé aller en Amérique, me faire tamponner un papier gris, baisser les yeux juste avant, et juste après sourire de joie, mais pas trop fort, à cause de la grosse dame du bas, à qui on est en train d'expliquer qu'elle doit se faire piquer, le bras, si elle veut entrer, et regarder la porte au fond, qui va s'ouvrir sur un ciel tellement bleu qu'on est tous à le regarder bien en face, avant de s'enfoncer et de se dissoudre dans la grande ville et dans le grand pays, l'un ici, l'autre là...

J'aurais bien aimé aller en Amérique mais j'irais pas, parce que les petites filles en chapeau cloche n'en portent plus et tombent dans l'eau, de haut, en bas.

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27 janvier 2015

"Normal, normal 2015"

J'aime bien souhaiter mes voeux à la fin du mois de janvier... bon, ce mois de janvier est spécial, mais après tout, tout le temps est tout le temps spécial. On vit des évènements politiques, historiques, comme si on en avait perdu l'habitude... ceux ci sont compliqués, mais ont au moins l'avantage de clarifier les lignes, de se situer, de se poser aussi des questions qu'on n'a pas voulu se poser avant, en faisant l'autruche, qui entre parenthèse ne fait jamais l'autruche, elle.

Je vous souhaite à tous une bonne année, et pour l'occasion, et comme chaque année, voici un petit texte inédit. Il s'appelle "normal, normal", à priori il n'est pas destiné à la publication (je l'avais proposé à "autrement" avant que ça ne ferme, tu vois le genre), mais pourquoi pas un jour. C'est un texte autobiographique.

Bien entendu, ce texte n'est pas à usage commercial, merci de ne pas le reproduirre sous aucune forme que ce soit et bisous.

 

Normal, normal…

 

 

 

Je suis un enfant normal qui vit dans un pays normal. Le matin, je me lève dans un lit, normal, je prend un petit déjeuner normal et me brosse les dents, normal. Je fais un bisou à mes parents normaux, je me dispute un peu avec ma sœur, normal. Ensuite, je vais en face de chez moi, où il y a l’école. Normale, l’école. Mon maître est comment dire, normal, très très normal. Il porte un pantalon et un pull. Il n’a pas beaucoup de cheveux, mais un peu quand même. Le matin, je m’ennuie, l’après-midi je m’embête, et le reste du temps, je baille. Dans la cour, je cours.

*

Je ne sais pas ce qui s’est passé, pourquoi tout est comme ça, pourquoi tout est devenu normal. C’était pas comme ça, avant. Je me souviens, j’étais petit, mais je me souviens quand même. Tout était grand, tout était un peu dingo, tout était, comment dire, pas normal. Mes parents, tiens, par exemple, mes parents. Mon père était immense et avait une voix d’ogre. Un ogre gentil mais un ogre tout de même. Il avait la même barbe que les pirates dans les livres de pirates, me prenait sur ses genoux et me faisait voler jusqu’au ciel. Jamais il ne m’a laissé tomber. Jamais. C’était une montagne. Une montagne rigolote qui bougeait de partout. Une montagne au gros ventre.

Et ma mère. Complètement cinglée!un genre de fée… toujours à courir, à rire, à voler, même. Oui, elle volait ma mère. Après un bus, un train, après tout ce qui allait plus vite qu’elle. Elle sentait bon, ma mère. Elle sent toujours bon, mais pas pareil. Là c’était bon de chocolat, de miel et de fleurs, un peu tout à la fois. Elle sentait la brioche aussi fort que mon père sentait la chaussette.

Et ma sœur. Une magicienne. Un coup, elle existait pas, un coup elle existe. Et petite! toute petite. Tellement petite qu’on ne la voyait pas. On l’entendait par contre, elle hurlait plus fort que les ogres, les loups et les sirènes de pompiers. Et elle faisait pipi des litres de pipi et caca des tonnes de caca. Il fallait dix ans pour changer sa couche. Dix ans…

Et moi… et moi… mon école était à l’autre bout du monde et le maître un vieux sorcier chauve… il n’avait jamais changé de pull ni de pantalon de sa vie. Jamais. D’ailleurs, il y avait encore dessus des taches d’enfants qui n’avaient pas été assez sage. Dans la cour de récré, c’était pire. La guerre. La vraie guerre. Des cris partout, des pleurs, des hurlements de petites filles, des petits garçons fous furieux qui couraient après les filles qui hurlaient, justement… du sang, des pansements et même des fois du rouge pour soigner… c’était horrible, l’école… horrible…

Y avait même un vieux monsieur rouge et blanc qui nous amenait des trottinettes tous les ans, qui volait dans le ciel et passait par la cheminée même quand on en avait pas… et la petite souris! Parfaitement, y avait une petite souris, je sais pas comment elle savait, mais à chaque fois que je perdais une dent, elle venait la nuit, toujours la nuit, et sans me réveiller enlevait la dent, et posait une pièce, d’or, sous mon oreiller… c’était bizarre, mais tout était bizarre, rien n’était normal.

*

Et puis un jour, je ne sais pas ce qui s’est passé. Papa s’est rasé la barbe et maman a changé de parfum. Ma sœur avait tellement changé qu’il ne fallait plus la changer. L’école avait déménagé de l’autre côté de ma rue et le maître avait lavé ses pulls et ses pantalons. Le monsieur rouge ne passait plus par la cheminée, de toute façon, on avait des radiateurs. Et la petite souris avait sûrement été mangée par un chat. De toute façon, j’avais toutes mes dents, maintenant.

Tout était devenu normal. Terriblement normal. Et plus les choses devenaient normal, plus je devenais triste. Le jus d’orange avait un goût de jus de poireaux.

 

*

Ça s'est passé à l'école. Oui, à l'école où d'habitude il ne se passait jamais rien. Quel âge j'avais? Le même âge que vous. Le maître a dit qu'on allait faire une rédaction. On savait pas ce que c'était alors il a dit: «je vous donne un sujet et vous écrivez ce que vous voulez». Comme on savait pas comment faire, il a dit «vous écrivez des mots, les mots ça fait une phrase, et voilà.» Comme ça, ça avait l'air facile. Il a écrit au tableau:

«Imaginez si vous aviez un pouvoir magique.»

La classe entière a sursauté, une petite fille s'est même mise à pleurer. Moi j'ai mis mon stylo dans ma bouche, et après dans mon nez, et après dans mon oreille, et à la fin je l'ai posé sur ma feuille. Je me souviens qu'au moment où j'allais commencer à écrire, j'ai fermé les yeux.

«Imaginez si vous aviez un pouvoir magique.»

J'ai souri, et mon sourire est monté dans ma tête. Quand j'ai rouvert les yeux, il y avait un gros chien rouge devant moi. Un chow-chow. Il m'a dit «Benjamin, j'ai un cadeau pour toi.»

« Oh merci, c'est quoi ? » j'ai répondu.

« Une gomme ! »

« mais j'en ai déjà une ! »

«-Oui mais la mienne, c'est une gomme magique. C'est une gomme qui efface les fautes d'orthographe ! »

Il m'a tendu la petite gomme blanche avec ses grosses pattes rouges. Toute seule, la petite gomme blanche a glissé sur ma feuille et a effacé une faute. J'avais mis deux M au lieu d'un.

Elle a tourné encore un peu et en a trouvé une autre, un accent à l'envers, et encore une autre, un e en trop.

J'ai regardé le chien en rigolant. Le chien a rigolé aussi, et franchement, un chien qui rigole, j'ai trouvé ça normal.

Quand le maître a dit «c'est bon, vous avez fini?», le chien avait disparu, et la gomme aussi. Mais sur ma feuille, il y avait des mots, et les mots bout à bout ça faisait des phrases.

A la récré, tout le monde a raconté que son pouvoir magique c'était voler, ou disparaître, ou être très fort, ou être une fée, ou être un dragon, ou passer à travers les murs, mais personne vraiment personne n'a raconté qu'un chien rouge lui avait donné une gomme à effacer les fautes d'orthographe. Quand on est retourné dans la classe, le maître nous a dit que c'était bien, qu'on avait beaucoup d'imagination et qu'il allait lire sa préférée.

Aux premiers mots, je suis devenu rouge des pieds, et c'est monté jusqu'à ma tête. C'était plus un sourire, c'était un soleil de sourire! Et à la fin de mon histoire, tout le monde a applaudi.

Je l'avais trouvé mon pouvoir magique. Je raconterai des histoires. A partir de ce jour là, plus rien ne serait normal.

 

vincent cuvellier

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06 janvier 2015

De 2014 à 2015: Bilan et perspective.

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Après un début de décennie en demi teinte, 2014 a vu chez Vincent Cuvellier un début de reprise. 2015 sera t elle l'année d'une croissance à deux chiffres ou sera t elle marquée par une nouvelle récession?

L'analyse de notre expert, Vincent Cuvellier.

Vincent Cuvellier: Comment analysez vous l'année 2014, à l'aune des chiffres donnés par l'INHESVC (l'institut national des hautes études sur Vincent Cuvellier)

Vincent Cuvellier: je crois que les chiffres sont bons. Nous ne sommes plus en tout cas dans la crise du début des années 2010 où on avait vu un net recul de l'action Vincent Cuvellier, marqué par de multiples difficultés personnelles. Son exil en Belgique semble avoir porté ses fruits. Il faut dire qu'il a bénéficié d'une recrue de choix en la personne de Joseph Cuvellier, qui maitrisant l'écriture depuis peu, lui a apporté une plus value d'imagination et de légéreté.

Vincent Cuvellier: Quels ont été les faits marquants de cette année 2014?

Vincent Cuvellier: Tout d'abord, en janvier, la représentation de "l'histoire de clara" au théatre du chatelet, adapté par marc olivier dupin et interprété par donatienne michel dansac, a permis de continuer la holding sur la musique classique, et gagnant des parts de marché non négligeables. (sur un taux à 3'5%, rappelons le!) Sur le front de la décentralisation, Vincent Cuvellier est allé partout, dans la première moitié de 2014: Tours, Paris, Les coevrons (lieu de sa première succursale en 2001), Cholet; Grenoble, Larmor-Baden, Angers, Le loroux bottereaux, St Malo, Nice... Le second semestre a vu Vincent Cuvellier se recentrer su son coeur de métier: l'écriture. Peu donc, de succursales ouvertes, mais quelques visites officielles à Creil, à Bordeaux, quelques conférences à l'IUFM, et quelques lectures publiques.

 

Vincent Cuvellier: Votre coeur de métier, dites vous?

Vincent Cuvellier: Oui, car il m'a semblé important, en cette période de "tout communication" de revenir aux fondamentaux, et de consacrer l'essentiel de mon temps et de mon énergie à mon métier, ceci afin d'épuiser la concurrence. Nous avons notemment, après une étude de faisabilité poussée, décidé d'abandonner notre projet de revue sur les cultures de l'enfance, après des discussions avortées avec plusieurs éditeurs. Ceci n'a pas été perçu comme un échec, mais au contraire ce retrait a permis de reconcentrer nos forces dans la mise au point de plusieurs projets-force. Nous avons également retiré nos billes de la série "Biscotto", victime de la crise, et mis en sommeil une de nos société, la "t'étais qui, toi", qui a souffert d'un brouillage de notoriété.

2014 a effectivement vu la montée en puissance de "Emile" (copyright), avec pas moins de 4 titres, des businnes price, ainsi qu'une percée à l'international.

Mais 2014, c'est aussi "ma tronche en slip" qui, fortement clivant, a permis à la marque "Vincent Cuvellier" de gagner en fidélisation de clientèle ce que "Emile" gagnait en parts de marché.

On peut parler aussi de signaux envoyés avec "l'homme qui vivait comme un ours" que certains commentateurs éclairés n'ont pas manqué de juger "à forte dose autobiographique", ceci expliquant celà, et inversement.

Du côté du secteur "recherche et innovation", il faut noter le recrutement de Suzanne Arhex, sur le projet "la guerre des bisous". Il faut également noter le rapprochement avec "michel lagarde incorporated" pour un projet innovant, l'adaptation littéraire d'un livre germano-batave.

Vincent Cuvellier: On peut donc dire que 2014 fut une année globalement positive? Et que nous indiquent les principaux signaux économiques, mais aussi géo stratégiques, pour 2015?

Vincent Cuvellier: Tout d'abord, le chomage aura quasiment disparu. Associé à une hausse du pouvoir d'achat, mais également à une hausse des charges, 2015 devrait voir la consolidation des projets amorcés en 2014: à commencer par l'adaptation musicale d'"Emile".

Du côté des opérations prestige, on pourra noter la représentation de "la première fois que je suis née" à la toute nouvelle philarmonie de Paris. Des tractations sont également en cours pour "Emile" (copyright) et "le temps des Marguerite" pour le cinéma et le dessin animé...

Ensuite, 2015, c'est aussi la fin de la trilogie "seconde guerre mondiale" entamée en 2008 avec "l'histoire de clara". Il s'agit de "j'aime pas les clowns", qui voit la concrétisation de la fusion Courgeon-Cuvellier, en discussion depuis quelques années.

Mais 2015 verra aussi la montée en puissance de "Emile" (copyright) avec la sortie de deux nouveaux épisodes et d'un livre de jeux, élaborés avec nos meilleurs spécialistes. La marque Cuvellier/badel est désormais cotée en bourse, avec un démarrage encore dans toutes mémoires, où l'indice Nikkei a explosé. 

Vincent cuvellier: on me dit que vous avez bénéficié sur ce projet d'un apport de compétence inattendu.

Vincent cuvellier: En effet, joseph cuvellier, 7 ans, a contribué largement à éloborer certains jeux, et à constitué un panel-force, grâce à son avis éclairé et rémunéré à hauteur de 8 kilos/bonbons/ an. ce qui nous fait un coefficient non négligeale, reconnaissez le.

Vincent cuvellier: je le reconnais volontiers. Un conseil pour les futurs investisseurs?

Vincent cuvellier: le marasme n'est pas une fatalité. J'en veux pour preuve l'implantation d'une bande dessinée en Belgique (fabriquée entièrement de manière artisanale, avec un des meilleurs artisan sur le marché), ainsi qu'un projet industriel à base d'Hélium, que je ne peux dévoiler plus.

Et je me lance également dans le docu fiction avec un projet pour gallimard-giboulées, où sans dévoiler plus, je peux déjà dire que des personnes d'expérience dans le domaine de la guerre sont mises à contribution.

Vincent Cuvellier: Vincent Cuvellier, je vous remercie, et vous souhaite une belle année économique, et géo stratégique, bien sur!

Vincent cuvellier: bien sur, ma réussite économique est un modèle d'entreprenariat, mais je suis avant tout un artiste.

Vincent Cuvellier: Bien sur, bien sur.

Vincent Cuvellier pour "L'enjeu", le magazine de l'enjeu.

 

 

 

 

 

 

 

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03 septembre 2014

Emile qui vivait comme un ours.

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La vie étant ce qu'elle est et les écrivains étant des gens comme les autres, chaque livre raconte un truc de nous même, qu'on le veuille ou non. Alors, quand j'écris un bouquin qui s'appelle "l'homme qui vivait comme un ours", bien sur, je parle de moiu. Mais quand je l'écris, je ne le sais pas , c'est tout.

Et quand j'invente un personnage comme Emile, forcément, il y a un peu de moi, un peu de mon fils, un peu de ce que j'aime chez les gamins...

"L'homme qui vivait comme un ours" est un livre dans la lignée de "tony tiny boy" pouyr ceux qui connaissent, sorti l'an passé chez hélium avec dorothée de monfreid. C'est son dessin, narratif, simple, clair comme de l'eau de roche, qui me permet, en influençant mon style, d'écrire court, simple et direct. Tout ce que j'aime déjà de toutes façons, mais j'avais tendance, comme tous les écrivains, à faire des phrases. Notez, je suis payé pour ça, mais bon. Là, avec ces livres, j'essaie d'écrire différemment. de toutes façonsk, dans chacun de mes livres, j'essaie un truc différent. J'aime bien raconter ces histoires, en apparence très simples, mais finalement assez complexes. Et puis dans ce livre, pas d'enfant. Un homme, un ours, et c'est tout. Une ambiance de fin du monde. Une chanson. Bon, allez, je peux vous le dire, comment j'ai eu l'idée de ce livre: un soir , quand il avait 3 ou 4 ans, mon fils m'avait demandé ce que c'était, un copain. Je m'étais rappelé de l'étymologie, qu'un copain, c'est qualqu'un avec qui on partage son pain. Alors, comme je chantonne tous les soirs un truc à mon fils, je lui ai dit: "un copain, c'est quelqu'un avec qui on chante la même chanson. " vous saurez pourquoi en lisant le livre, dont j'ai écrit la musique! oui, j'ai écrit la musique d'un livre... c'est n'importe quoi, des fois.

quant au nouvel émile, c'est toujours la même chose. Quand j'étais petit, je faisais le tour des vieux de mon immeuble ou du quartier de mes grands parents, et j'allais leur chanter une chanson, en échange de bonbons... et depuis, j'aime bien les vieux. Emile aussi, apparemment...

voilà, ce sont mes deux premiers livres de l'année, il y en aura encore un peu... en attendant, gros bisous...

vincent

 

"l'homme qui vivait comme un ours" avec dorothée de monfreid, hélium.

Emile invite une copine. 9. Avec ronan badel, gallimard giboulées.

 

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28 mai 2014

J'ai décidé de...

depuis quelques jours, un dessinateur et un scénariste, expliquent pourquoi ils ont décidé d'arrêter ce métier. Du coup, j'ai envie d'expliquer pourquoi je le continue.

 

 

"J'ai décidé de continuer à pratiquer ce métier... malgré presque 3 ans de doute et de tentation d'arrêter, je me dis que non, je continue jusqu'à ce que mort s'ensuive... parce que c'est le métier que je voulais faire quand j'étais petit et que je le fais. Et rien que ça, déjà, ça me parait abolir tous les sacrifices du monde...

Il y a encore 15 jours, je disais à une copine que j'allais peut être arréter d'écrire, que j'étais découragé, que ça servait à quoi tout ça, et pui...s, le lendemain matin, j'ai reçu un mot de quelqu'un que je ne connais pas, mais qui elle connait mes livres... le mot finissait comme ça:
"Merci beaucoup, j'espère que lors de vos moments de doute, vous pensez à tous ces enfants, ados, adultes qui attendent vos histoires ... et qui lisent, relisent, rerelisent vos livres."

j'avais oublié que des gens me lisaient.

et puis vu que tout le monde veut arréter depuis deux jours, il faut bien qu'il y en ait deux ou trois qui continuent!

et puis, je me suis rappelé aussi que je n'avais ni patron ni horaires, que je me promenais quand les autres étaient au bureau, que je pouvais travailler en révassant, en marchant ou en travaillant (des fois quand même), que je pouvais aussi travailler avec des copains ou des gens que j'admirais, que je faisais rire les gosses, des fois, et pas toujours à,mes dépens, et que pour draguer les filles, c'est aussi bien d'écrire des livres que de couper du kebab...

alors oui, j'ai les boules quand la comptable me dit que je dois attendre un mois avant de toucher mes 2000 balles parce que tout le monde est en vacances, oui j'ai les boules quand un éditeur veut publier ma bd et puis finalement non un an plus tard, oui j'ai les boules quand un libraire me dit que mes bouquins sont dans la réserve et qu'elle les sort si on les lui demande, bien sur que ça fout les glandes... mais bon, j'ai bossé à l'usine, en magasin, dans un journal, sur des chantiers et j'avais aussi les boules, sauf qu'il me manquait l'essentiel pour supporter ces boules: la liberté, putain! j'ai vu mon père trimer à l'usine, se vouter au fil des ans... alors moi, j'aurais pas le bol du siècle de faire ça comme boulot? putain, je rendrais ma place pour rien au monde!

Alors tant pis pour les galères, je continue d'écrire des livres!"

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27 mai 2014

Bon, un des problèmes, quand même, avec le succés du front national aux européennes, c'est que un grand nombre de députés français au parlement européen sont contre l'Europe... ça veut dire quoi? que beaucoup de députés sont dans un lieu qu'ils veulent voir disparaitre, voire contribuer à détruire... et malgré toutes les critiques faites aux députés européens des autres partis, ceux ci avaient vocation de faire avancer l'europe...

qu'on soit bien d'accord, c'est bien sur (ou plutot contre) l'europe que le fn a gagné... sans doute pour d'autres raisons pour bcp d'électeurs, mais c'est tout de même sur l'Europe...

Vous vous rappelez, il y a 20 ans l'europe? on était tous pour, à l'époque, et les voix divergentes ne voulaient pas la détruire, ils voulaient la réformer, qu'elle soit plus sociale, plus juste... tu parles, on a eu l'inverse... comme si l'europe n'était plus la solution, mais le problème... et tout ce qu'elle a apporté de bien, personne ne le voit plus... trop abstrait, trop loin... l'élargissement a été mal vécu par beaucoup, comme le référendum d'il y a quelques années qui a laissé des traces... (j'avais voté oui, je suis super pro européen, moi...)

Même un type comme emmanuel todd pense qu'il faudrait faire une petite pause dans la mise en commun des prérogatives et opérer un petit repli national, une dizaine d'années...

Manque de bol, c'est marine le pen aujourd'hui qui incarne ce repli national... ça aurait pu être chevénement ou séguin, non c'est le pen fille... parce qu'elle dit exactement ce que les gens ont envie d'entendre: un discours ouvriériste et anti capitaliste, plus le rejet des étrangers... elle parle comme des communistes qui rajouteraient "et les bougnoules dehors..."

je lisais hier un écrivain jeunesse très militant, très ancré à gauche, qui se plaignait "alors malgré tous nos livres, ça n'a servi à rien..." j'avais envie de rigoler... quoi? il croit donc que nos livres sont importants au point de changer ou de façonner les mentalités? bien sur que non, il y a même parfois, un coté contre productif aux livres pour enfants militants...

Manque de bol, après des décennies où le discours de gauche était dominant, on assiste à une droitisation très forte des discours. Et l'élection de Marine le pen ou sa participation à un gouvernement, deviennent une option, et plus un fantasme... comme elle dit toujours, le plafond de verre a sauté. La social démocratie, à la Hollande, aurait du être un aboutissement, c'est devenu matière à rejet pour plein de gens... la social démocratie, c'est pour quand tout va bien, pas quand une société est en crise. Un parti d'extrème droite, ça oui, c'est pour une société en crise...

Je reviens à l'europe... est ce que les dirigeants vont comprendre, maintenant qu'ils vont être menacés de l'intérieur, de la nécessité de réformer vite les institutions européennes? punaise, c'est quand même pas compliqué: un peu de sexy, un poil de démagogie, pas beaucoup, juste ce qu'il faut: désigner une grande personnalité présidente de l'europe, pour que l'europe s'incarne, une diplomatie beaucoup plus forte, une armée commune... et pas seulement une armada de fonctionnaires qui ont trouvé un terrain de jeu à leur mesure...

Moi, je reste européen, ça c'est sur, je déteste ces slogans "oui la france non à bruxelles"... et puis, l'europe, pour moi, c'est du concret: j'habite à 500 m du parlement ou de la commission... j'aime bien m'y balader, entre les tours, les boulevards et les pelouses du parc du cinquantenaire...  le soir, l'été, les fonctionnaires ou les lobbystes viennent y boire un verre de vin blanc, la cravate dans la poche et le badge électronique pendouillant sur le costard déboutonné...

je crois qu'en fait, quand on est bruxellois, on est naturellement européen...

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15 mai 2014

"Ma tronche en slip"

9782812606694_1_75Bien sur, quand j'écris un livre, il y a l'histoire, mais plus important que l'histoire, il y a la manière dont je la raconte. Je me suis rendu compte qu'à chaque nouveau livre, je cherche à avancer dans mon style.  A répondre à une question purement technique, ou professionnelle que je me pose. Et bien plus que le fond, je cherche la forme. Une fois trouvée la forme, le fond viendra. Je caricature, mais l'essentiel est là.

Par exemple, ça faisait des années que je voulais écrire un livre sur fond de seconde guerre mondiale. Mais si je n'avais pas eu cette idée de raconter "l'histoire de clara" avec 10 points de vue différents, je ne l'aurais pas écrit. C'est le style qui a amené le livre, et porté le thème, pas l'inverse.

Cette question, c'est la même depuis plus de 28 ans que je publie: comment rendre l'écriture vivante

A chaque livre, donc, je cherche à creuser mon style, à aller plus loin dans ma recherche que le livre précédent. Oui, je sais, c'est sérieux ce que je raconte, mais rassurez vous, le livre ne l'est pas. Ceux qui suivent mes livres le savent, un de mes dadas, c'est d'écrire le plus librement possible, avec le ton le plus naturel possible, que l'écriture se voit le moins possible, qu'à la fin du livre le gamin qui a lu n'a pas eu l'impression de lire un livre mais de parler avec un copain... alors, j'ai encore un peu plus libéré mon écriture, et essayé encore un peu plus de faire en sorte que le style devienne invisible. bien sur, c'est un combat perdu d'avance, un livre sera toujours un livre et ne fera que singer le langage parlé: mais bon, j'essaie au moins de m'en approcher le plus possible, d'essayer d'être dans la tête d'un ado de 15 ans et demis...

Dans "ma tronche en slip", on retrouve Benjamin, le gamin de plusieurs livres au rouergue , qui a grandi. Il a 15 ans, et il a une furieuse envie de baiser... il a du bol, il est pas trop moche, pas trop bête, c'est dans ses cordes. Il va recevoir un sacré coup de pouce. Une nana va le répèrer dans la rue pour qu'il pose pour une série de photos de pub, pour une marque de slip...

En l'écrivant, je me suis rappelé d'un bouqin de jacques lanzmann, "le tétard" où le personnage de 13 ans , juif caché pendant la guerre, avait l'obsession de faire l'amour avant de mourir. Mon personnage a cette obssesion là, mais sans le danger de la guerre: il ne pense qu'à ça: tirer son coup. Et en attendant , il se la touche, et pas qu'un peu.

Et franchement, que celui qui me critique d'écrire ça se souvienne de ses 15 ans...

C'est un bouquin sans aucune morale: benjamin veut gagner de l'argent facilement, se touche toute la journée, lance du "je suis pas un pd" toute la journée... C'est juste un bouquin qui parle d'un ado normal, ni plus obsédé ni plus branleur ni plus égoïste que la moyenne... normal... comme nous on était, quoi...

c'est marrant, je risque d'avoir les mêmes soucis que j'ai quand je truffe mes lvres de gros mots... alors que dans tous les autres médias, il n'y a aucune retenue (cinoche, bd, mangas, télé, jeux vidéos...), on demande aux romanciers de faire attention quand ils écrivent pour les ados... ce que j'essaie d'expliquer, c'est que les quelques scènes un peu marrantes, genre branlette ou vannages épicés, risquent de choquer, alors que dans un film ou une bd, on y aurait même pas fait gaffe...

En tout cas, moi je suis content, déjà et d'une parce que c'était très cool à écrire, et parce que j'ai pu avancer un peu dans ma fameuse recherche que j'expliquais au débat: écrire sans en avoir l'air...

Voilà, j'espère juste que les ados vont bien se marrer, ce qui n'est déjà pas si mal...

 

 

 

 

 

 

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17 août 2013

la planète des moches

suite de la série de l'été sur mes textes avortés, pas aboutés, ou simplement mis de côté. aujourd'hui, "la planète des moches". j'aime bien l'idée, je reprendrais peut être un jour. Bien entendu, je préviens amicalement que si quelqu'un prend une idée d'un de ces textes mis en ligne pour en faire un bouquin, je le déchire. Et pas que le livre.

 

 

La planète des moches.

 

Dans mon pays, c'est bien simple, tout le monde est moche. Même le moins moche des moches est très moche. Quant au plus moche des moches, je vous raconte pas.

Au pays des moches, les oiseaux sont moches, les fleurs sont moches, les petits lapins roses sont moches. Les biches sont moches, les princesses sont moches, tout, je vous dis, tout!

Les gens eux même sont parfois surpris d'être aussi moches. Qaund ils croisent un plus laid qu'eux, un plus maigre, une plus grosse, un plus gros pif, des yeux qui louchent plus, ils ne peuvent s'empêcher de rigoler.

-Ah ah, tu es vraiment très très très moche, toi!

-Dis donc, tu t'es pas regardé, toi?

Pour les mariages, c'est facile. Le marié choisit la plus laide, la mariée choisit la plus laide, ils se marient, on crie, "mon Dieu, qu'elle est vilaine!" et ils font des enfants affreux comme tout.

Mais au pays des moches, comme nulle part ailleurs, la horriblofection n'existe pas. Il faut bien que parfois, il y ait un truc qui cloche.

Il faut bien que parfois, il y ait un beau qui naisse. Ou une belle.

On sait qu’ils existent, on en croise parfois, mais on n’en fait pas cas.

Blattre est de ceux-là. Belle, mais belle ! Tellement belle que ses mochetés de parents lui ont donné un prénom tout vilain pour compenser.

La première fois que je l’ai vue, j’ai fait comme tout le monde : j’ai froncé les sourcils et j’ai soufflé :

-Punaise, qu’est-ce qu’elle est… Qu’est-ce qu’elle est… belle.

Et j’ai regardé ailleurs. Au hasard, mes pieds. Mes moches pieds.  

La maitresse l’a regardé de long en large et lui a dit de s’asseoir là où il y avait de la place. De la place, il y en avait à côté de moi.

Elle m’a regardé, a souri et s’est assise.

J’ai plongé la tête dans mon cahier.

A la récré, elle était toute seule. Les autres la regardaient méchamment, ou pire, ne la regardaient pas du tout.

Elle a encore regardé où il y avait de la place, et une fois de plus, de la place, il y en avait à côté de moi. Elle m’a demandé si elle pouvait s’asseoir. J’ai dit non, ça voulait dire oui. J’ai tourné la tête, mais quand j’ai vu ses yeux, ça a fait mal aux miens.

-T’es nouvelle ? j’ai demandé.

-Oui, l’an dernier, j’étais à Mistouchette.

Mistouchette, c’est loin d’ici. C’est un pays où on va jamais. Il parait que là bas, tout le monde est beau. Mais vraiment beau. Les rats sont beaux, les crapauds, les ronces, les orties, tout est beau. Et les petites filles aussi.

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14 août 2013

Bill et Lawrence.

Un autre début. "Bill et Lawrence". Incapable de savoir pourquoi j'ai écrit ça, ce que j'avais derrière la tête. J'imagine que j'avais l'idée de faire un monde de guerre civile, où les adultes avaient décidé d'éliminer les enfants... en tout cas, voilà un court début, juste 20 lignes d'un texte jamais poursuivi.

"Bill et Lawrence."

Les enfants s'étaient dispersés au premier coup de feu. Lawrence, le garçon, et Bill, la fille, avaient trouvé refuge derrière un gros tonneau vide, collés l'un à l'autre, ainsi qu'ils l'étaient depuis leur naissance.

-Chut, ils approchent, dit Bill, la fille.

-Chut, répondit Lawrence, le garçon. Ils approchent.

Les policiers-voleurs approchaient en silence. Leur oreille était fine: ils savaient reconnaitre un battement de coeur de chien d'un battement de coeur de chat. Mais Lawrence et Bill n'étaient ni chien ni chat, et s'étaient entrainé dans la baignoire du 87, Elephant street, à bloquer leur respiration aussi longtemps que nécessaire.

Les policiers-voleurs passèrent leur chemin. Leur chef rangea dans son pantalon sa "clé à tuer les enfants", et tous ses hommes firent de même.

-C'est dommage, tout de même, soupira "l'un d'entre eux".

-Je sais, répondit le chef. Tu n'as qu'à utiliser ton arme sur cette vieille femme...

-Celle qui boit dans la rue?

-Celle qui boit dans la rue, c'est interdit. Comme ça, on ne sera pas venus pour rien.

"L'un d'entre eux" s'approcha de le vieille. Il brandit sa clé et la colla fermement contre le vieux dos de la vieille dame. Elle n'eut qu'un petit cri de surprise, celui qu'on fait parfois quand un petit oiseau vous fait une petite crotte sur le nez, et s'écroula net. Morte de surprise.

-Voilà, on n’est pas venus pour rien, dit-il.

Son chef sourit légèrement. Il faudrait changer le nom de cette nouvelle arme, songea t-il… il faudrait l’appeler « la clé à tuer les enfants ET les vieilles. » Décidément, il se trouvait drôle. Très drôle.

 

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13 août 2013

Bardabru.

Bonjour, tout le mois d'aout, je vais mettre en ligne des textes sans suite... des débuts, quoi... je commence souvent des histoires, et je ne les finis pas toutes... pour plein de raisons... parce que l'histoire ne m'intéresse pas trop, parce que je sens que ça n'intéresse pas trop les gens, parce que je préfère faire autre chose, ou parce que c'est pas bon. souvent un livre avorté m'emmène vers un autre livre, lui, abouti...

ça, c'était "bardabru". J'avais dans l'idée de ne faire un livre avec uniquement les naissances de membres d'une même famille, sur 1 000 ans... typiquement le genre de truc où on a l'impression d'être un génie quand on a l'idée et un âne bâté quand on l'écrit... voilà!

Bardabru

1013. Une ville.

Une toute petite ville, presqu'un village, mais bon, des remparts, c'est donc une ville. Des ruelles qui tordent, les toits qui penchent, des chiens qui mordent. Au milieu, coincée entre deux maisons coincées, une église. En terre battue, battue par les vents mauvais, elle semble vouloir s'écrouler, mais non, sans doute la foi, elle tient.

Deux marches, une porte. Et au pied des marches, un panier en osier. Qu'est ce qu'il peut bien y avoir là dedans? des pommes, des poires, du miel et du vin? Un chien affamé, presqu'un loup, veut lui aussi savoir ce qu'il y a là dedans... il tourne autour un moment, approche, recule, approche à nouveau, renifle, và pour mordre un bon coup là dedans! ouiiiiin! la panier hurle! le chien décampe! un bébé! c'est un bébé!

Trois personnes l'entendent. D'abord, le vieux prêtre, occupé à se réveiller depuis ce matin... Dieu qu'il est fatigué, Dieu qu'il aimerait se coucher, et ce, depuis qu'il est levé... ensuite, une noble dame, qui tente d'oublier qu'elle n'a pas d'enfants et qu'elle en aimerait tant. Enfin, un vieil ivrogne boiteux qui survit en attrapant les rats et en les vendant sur les bords de la rivière.

Le vieux prêtre se dit "tiens, un bébé qui pleure... il faudrait que j'aille voir... j'irais tout à l'heure, quand je serais mieux réveillé..."

La noble dame songe: "tiens, on dirait les pleurs d'un bébé... la douleur m'égare, ce doit être l'un ou l'autre chien errant... je deviens folle..."

L'ivrogne, lui, ne dit rien, se dirige vers le panier, le prend dans ses bras, et rigole:

"Nom de dieu de nom de dieu, un ptit chiard!"

Et il l'emmena aussitôt chez lui, si on peut appeler chez lui la vieille barque où il vivait été comme hiver.

Il lui fit un petit coin sur sa propre paillasse (à défaut d'être une paillasse propre), but un coup de bière épaisse comme une tranche de pain, et fit gouter à son protégé un vieux reste de bouillon de chou.

Pendant que le bébé mangeait son premier repas d'homme, l'ivrogne accrochait ses gaspards, les rats, quoi, à crochet, et le crochet sur un fil à linge.

-Tiens je vais t'appeler Gaspard! tu pourras m'aider à chasser les rats quand tu seras grand. Je t'apprendrais, tu verras, c'est chouette!

Et il ajouta:

-Et c'est bon.

Gaspard grandit, et il faut croire que le rat c'est nourissant, puisqu'il devint un beau jeune homme, grand et fort.

Tout le monde était mort. Le prêtre mort de fatigue, la noble dame morte de chagrin et l'ivrogne mort de soif.

Gaspard avait un prénom, il s'était choisi un nom: Bardabru.

Pourquoi Bardabru? pourquoi pas?

Gaspard Bardabru! Ce nom devint célèbre dans tout le comté. Dresseur de rat. Les femmes en était folle, surtout les laitières... allez savoir pourquoi...

Gaspard dressait ses tréteaux sur les places des villages, sur les foires et marchés, jusqu'aux portes des églises. Après avoir élaboré un parcours de planches, roues et autres systèmes, Il sortait de son sac, des petites cages dans lesquelles étaient enfermés ses rats. A l'aide de sa flûte, il donnait à ses animaux des ordres en mi, en fa, et les animaux s'éxécutaient...

En 1029, devant les portes de la ville de Blois, alors qu’il présentait son numéro, une toute jeune femme, non pas laitière mais lingère, tomba dans les pommes, à la vue de tous ces rats.

Gaspard la releva, lui donna deux ou trois petites gifles, et quand elle rouvrit les yeux, la jeune lingère crut voir un ange du ciel.

Neuf mois plus tard, naquit un bébé mâle. On l’appela Gilles. Pourquoi Gilles ? Pourquoi pas ?

 

                                                                                              *

1029.

Gilles Bardabru cria trois fois. Une fois pour dire qu’il était vivant. Une fois pour dire qu’il avait faim. Et une fois pour le plaisir de crier. Sa maman se boucha les oreilles, mais ça ne suffit pas.

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02 mai 2013

les socquettes blanches...

 

Voilà mon nouveau livre, qui sort ces jours, "les socquettes blanches". C'est illustré par alexandra pichard, et ça sort chez gallimard-giboulées. C'est une histoire toute simple, d'un côté, une bande de filles, les socquettes blanches, qui ont un petit cabanon dans le jardin du présbytère, de l'autre, la bande desz chats crevés, sur le terrain vague d'à côté. Un jour, on leur annonce qu'on va construire un immeuble confort sur leur terrain. C'est la bagarre contre les grands. Sauf qu'ils se font aider par deux grands, un grand tonton et un grand frère, et un super grand, un président au grand nez.

Quand j'étais petit, mon père ne me lisait pas de livres,le soir, mais de temps en temps, rarement, quand ma mère n'était pas là, il s'asseyait à coté de moi et me racontait des histoires de quand il était petit. Et quand il était petit, c'était la guerre, et l'après guerre. A Brest, en plus, au milieu des gravats, des bombes désamorcées et des premières tours... j'avais envie de mettre ça dans un bouquin. Rajoutez de "la guerre des boutons", du "petit nicolas", du "totoche", et on a les "chats crevés". Pour les filles, j'ai adoré écrire ça, j'aime bien imiter des styles littéraires, là j'ai essayé de parler comme dans les années 50, caricaturées.  parce qu'il y a double narration, du coup, un coup thèrése, un coup, tatave... j'ai réussi à mettre dans ce texte des trucs autour desquels je tourne depuis longtemps: la résistance, des gamins libres, un poil de nostalgie, et ce moment particulier, l'après guerre, où la france cherche ce qu'elle va devenir... bien sur, ça idéalise un peu une période, pas grave, c'est comme une capsule, un truc réinventé, ce n'est pas un reportage, juste une fiction... et j'ai même réussi pour la troisième fois à fourguer de gaulle dans un livre...

voilà, bisous, j'espère que ça vous plaira...

 

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20 mars 2013

Tony Tiny Boy...

Parmi mes projets, "Tony Tiny Boy", un livre qui paraitra chez Hélium à la rentrée. C'est un texte très court, que j'ai écrit en pensant aux dessins de Dorothée de Monfreid... depuis quelques temps, pour renouveler mon inspiration, je fais comme ça: je pense à un illustrateur, que je connais ou pas, ce n'est pas la question, et j'écris un texte en pensant à lui ou elle... un peu du sur mesure... (en évitant bien sur de leur écrire des trucs qui ressemblent trop à ce qu'ils ont déjà fait)

Là, cette histoire , un peu suspendue, je l'ai voulue douce, calme, sans fioritures... je me rends compte que j'aime bien aller sur cette piste là, le petit petit, ne pas en dire trop, comme dans les "Emile" où on a choisi volontairement de faire sobre et simple, presque austère... du coup, au salon du livre de bruxelles, j'ai eu droit à des réflexions de parents qui conseillaient à leurs momes d'acheter plutot le livre du monsieur d'à coté, bien coloré, bien vif... (ses livres, pas le monsieur) tant pis, moi, j'aime bien quand on en fait pas des caisses dans les livres pour enfants, j'aime pas la redondance ou la surchage pondérale d'expressivité, de couleurs ou de mots... je trouve ça beaucoup plus fort... et la tendance qui cartonnait il y a 5 ou 6 ans,des illustrations surchargées, à grands renforts de princesses ou de fées auxquelles il ne manquait pas un seul cheveu, mais qui avaient des expressions d'huitre dans les yeux, ben moi, ça me fatigue.

alors ce tony tiny boy, qui est le récit d'une métamorphose, sera tout simple et tout doux!

et voici une image simple et douce de Dorothée de Monfreid...

"Tiny Tony Boy était rentré de la guerre contre les indiens. Et les indiens avaient gagné."

TonyTinyBoy1bis_scanCoul

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19 mars 2013

Bon, je vais faire un petit point de mes sorties à venir et projets en cours, d'ac?

Alors, voilà, on démarre par "Les socquettes blanches" chez gallimard giboulées, illustré par Alexandra Pichard. L'histoire de deux bandes rivales, les socquettes blanches, menées par Thérèse, et celle des "chats crevés" dont le chef est tatave... Ca se passe dans les années 50, au milieu d'un terrain vague et des bulldozers...

Après, c'est le retour d'Emile, dans 'Emile se déguise", toujours chez gallimard et illustré par ronan badel. les deux livres sortent bientot...

Autre série, mais chez Nathan, "Biscotto", paraitra en juin... il est question de spectacle de fin d'année et de gros petit poucet...

On laisse passer l'été, on se repose, on dort, on bronze, on flirte, et paf, fin aout, sort "la tête en vacances", mon premier album chez actes sud junior. Il sera illustré par Anne laval, et ça parle de gens qui ont pas envie du tout de rentrer de vacances...

Chez actes sud toujours, dans la collection que j'ai monté, "t'étais qui, toi?", la biographie de Louis XIV, illustré par marion puech... sacré personnage, sacré boulot, j'en ai bavé des ronds de chapeaux...

Dans la foulée, un petit poche chez thierry magnier (mon premier livre chez eux) qui s'appellera "Le roi des mouettes", une sombre histoire d'animaux qui tiennent conseil pour décider du sort des hommes...

Pour ceux qui connaissaient mes romans au rouergue, l'éditeur va ressortir sous forme de compil, trois des textes qui mettent en scène Benjamin. Ce livre va regrouper "la chauffeuse de bus", 'tu parles, charles!" et "jean débile monchon et moi". L'illustratrice unique de ce recueil est aurélie grand, qui avait déjà illustré "jean débile monchon". Pareil , à la rentrée...

Chez Hélium, un éditeur avec qui je suis très content de travailler pour la première fois, je publie à l'automne "Tony Tiny Boy", un album avec Dorothée de Monfreid. Vous allez voir, ça change de ce que je fais d'habitude, j'espère que ça va vous plaire. Il y a un indien dedans, un petit indien...

Retour chez gallimard giboulées, avec un texte, qui est un peu la suite de ma série de livres sur la seconde guerre mondiale, après "l'histoire de clara". Ca s'appelle "je suis un papillon", et ce sera illustré par sandrine martin...

Chez gallimard, également, mais dans un genre complètement différent, "je ne suis pas un auteur jeunesse". Pas du tout un roman, ni un album, c'est un livre à destination des adultes, un genre de livre d'humeur, sur le métier que je pratique depuis plus de dix ans maintenant... les illustrations seront de serge bloch...

Un autre projet à part, "gratte ciel" (titre o combien provisoire), est une histoire écrite pour l'orchestre national Victor Hugo (en franche comté), et qui sera mis en musique par le chef Jean François Verdier. Programmation prévue la saison prochaine.

Voilà, j'ai fait le tour, pffff, pour un fainéant, ça fait beaucoup... mais bon, j'ai eu une grosse panne pendant plusieurs mois, j'imagine que j'ai voulu rattraper le temps perdu ... et puis aussi, usé par le fait d'avoir fait trop de salons et de rencontres scolaires depuis longtemps, j'ai décidé de lever un peu le pied sur les déplacements, et de me concentrer sur ce qui est d'abord mon métier: écrire des livres pour les enfants!

Ca, ça concerne les projets signés et programmés. j'ai d'autres projets en cours, soit pas encore acceptés par un éditeur, soit je travaille dessus avec un illustrateur et on attend de le ficeler ensemble pour le présenter, soit je les laisse mariner en attendant de les reprendre... bref, je fais mon métier...

Bon, voilà, j'ai fait le tour, bisous, merci pour votre attention... et une image du prochain émile...

émile se déguise

 

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29 janvier 2013

charles cros

Quand j'étais petit, je regardais longtemps les pochettes de disques de mes parents, et de temps en temps, il y avait un autocollant genre "ce disque a reçu le grand prix de l'académie charles cros"... c'était toujours des disques de serge reggiani ou de moustaki, de marc ogeret chante aragon ou cora vaucaire... jamais claude françois qui chante "sale bonhomme" ou richard anthony "radaouronron"... bref, c'étaient des disques de qualité, à deux doigts du casse bonbons, bref de la qualité française. Moi, j'aimais bien... dans l'auberge de jeunesse de mes parents, c'étaient eux les cadors, la "bonne" chanson française... j'avais un faible pour reggiani, je comprenais pas tout, et tant mieux. Ah oui, à l'époque on n'écrvait pas encore "à partir de 10 ans" à tout bourt de champ sur les livres ou les disques.

Y a deux mois, je l'ai reçu le prix charles cros. C'est bizarre, non? je fais des livres et je reçois un prix pour un disque. Toute l'équipe de "la première fois que je suis née" l'a reçu, marc olivier dupin, compositeur,  (à gauche sur la photo) , donatienne michel dansac, soprano, charles dutertre, illustrateur, jean fraçois verdier, chef d'orchestre, colline faure poirée, éditrice, christophe hermellin, graphiste...

Avant nous, y avait julos beaucarne et sa voix fragile et naïve, arthur H, barbara carlotti, et d'autres...

et moi, pour la première fois, j'avais mis un costume. Parce que quand même, c'est pas tous les jours qu'on a le même prix que reggiani...

prix charles cros

 

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18 janvier 2013

maman lapin a 5 petits.

Au moment de rédiger mes voeux, je me suis dit cette année qu'il faudrait qu'ils reflètent un peu la haute valeur morale qui m'anime, surtout quand il s'agit d'éduquer les chères têtes blondes, (les têtes brunes moins) et que avant d'être un écrivain je suis bien entendu un éducateur chargé de transmettre mes valeurs de partage et de tolérance à ces pauvres gosses qui ne m'ont rien demandé mais après tout ils n'avaient qu'à être des adultes comme tout le monde!

Voici donc pour bien démarrer 2013 une histoire initiatique sur la transmission le sens des valeurs et tout le bazar!

bonne lecture, et surtout

BONNE ANNEE !!!!

 

Maman Lapin avait 5 petits.  

Le printemps avait été chaud. Du coup, aux premiers jours de l’hiver, maman Lapin et son mari, Jacques, Jacques Lapin, avaient du nourrir avec amour et couver avec tendresse leurs 5 petits lapins, pour que, les beaux jours revenus, ils sachent se débrouiller seuls dans la nature sauvage.

Maman et Jacques Lapin aimaient chacun de leurs enfants avec amour, même si chacun était différent. Claude Lapin, l’ainé, était fort et courageux. Marielle Lapin était coquette, Jean-Jacques Lapin était tout le portrait de son père, et Aboubacar Lapin était tout noir.

Bon, il y avait bien Régis Lapin, qui était un peu ... comment dire... un peu concon. Un peu gueulard. Un peu casse bonbons, quoi. Déjà, à la naissance, on entendait que lui. Toujours à crier, toujours à pleurer. En grandissant, ce fut encore pire. Jamais content, toujours un truc qui cloche...

-J’aime pas les carottes !

-Mais Régis, tous les lapins aiment les carottes, on n’a jamais vu de petit lapin qui n’aime pas les carottes, même les lapins préhistoriques mangeaient des carottes ! des carottes préhistoriques…

-Bon, d’accord, je veux bien manger ma carotte, mais alors avec beaucoup de gruyère et de crème !

Et c’était comme ça pour tout.

Bientôt les beaux jours revinrent. La neige avait fondu, les premières fleurs poussaient dans les champs. Bref, c’était le printemps. Les 5 petits lapins étaient devenus des jeunes lapins forts prêts à affronter la nature.

Le premier à vouloir sortir de son terrier et découvrir le vaste monde fut Claude Lapin. Bravement, il sortit son museau, puis ses oreilles, puis ses quatre petites pattes, et enfin sa queue en tire-bouchon. Ah suis-je bête la queue en tire-bouchon c’est pour les cochons.

Il fit plusieurs petits bonds et gravit en haut de la colline.

-Ah c’que ça fait du bien de respirer l’air pur !

Ce furent ses premières et dernières paroles. Un grand aigle qui vit ce beau petit lapin, fort et vigoureux, l’attrapa et le mangea. Miam.

Le deuxième des petits lapins à affronter le monde fut Marielle Lapin. Mon dieu qu’elle était jolie, avec ses jolies petites oreilles, ses petites pattes et son petit museau.

Elle fit trois jolis petits sauts dehors, se recoiffa, trois autres petits sauts, se recoiffa encore, à nouveau trois sauts, se remaquilla, se recoiffa, bougea joliment son petit derrière en soupirant que oh non, jamais elle n’oserait grimper en haut de la colline, qu’elle n’était même pas coiffée.

Ce furent ses dernières paroles. Un renard qui l’attendait caché dans un bosquet, lui sauta dessus, la mangea. Miam. 

Le troisième petit lapin à tenter l’aventure fut Jean-Jacques Lapin.

Je vais bien faire comme papa m’a dit, dit Jean-Jacques. Il fit trois petits sauts dans l’herbe haute, regarda bien à gauche, bien à droite, chercha partout un petit bonhomme vert, ne le trouva pas, et se fit manger par un gros animal dont je ne me rappelle jamais le nom et qui passait par là, mais si vous savez les animaux qui gueulent tout le temps, qui font houhouhou et tout le bazar !!!

Ah oui, un loup…

Monsieur et madame Lapin commençaient à se sentir mal. Déjà la mort de Claude fut un coup dur, puis celle de Marielle Lapin, si jolie, et enfin le pauvre jean jacques. Monsieur et madame lapin avaient du mal à faire le deuil… pourtant, ils les avaient vraiment super préparé pour leur grande sortie hors du terrier. Ils avaient même acheté des livres exprès, c’est dire.

Ils avaient du mal à faire le deuil.

Pour couronner le tout, il ne restait plus que le noir et le tout concon…

Aboubacar Lapin fut le quatrième lapin à tenter une sortie dans le monde.

Il fit trois petits bonds, renifla un peu autour de lui. Pris de confiance, il fit à nouveau des petits bonds et se trouva bientôt en haut de la colline.

Rien ne se passa. Ni buse, ni renard, ni corbeau ni rien du tout. Personne ne venait le manger. Aboubacar lapin se vexa :

-Alors quoi, vous ne voulez pas me manger parce que je suis différent, c’est ça ? c’est parce que je suis noir, c’est ça ? Bande de racistes !

Un aigle royal connu pour sa tolérance fondit alors sur le malheureux petit lapin, et le mangea.

-Oh mais si je suis très sensible à tout ce qui est différent, moi…

Miam miam.

Il ne restait plus que le petit lapin casse bonbons.

-Nooon, j’veux pas sortir, et pourquoi je sortirais d’ailleurs non j’en ai rien à foutre, je suis très bien dans mon terrier, moi, j’ai besoin de personne, et puis de toutes façons, j’ai pas envie de découvrir le vaste monde, c’est tous des cons, et puis…

-Et l’herbe verte, petit lapin, tu n’as pas envie de sauter dans l’herbe verte ?

-J’aime pas le vert.

-Et sentir le vent sur tes narines, les odeurs de fleurs et de miel ?

-Si tu savais comme je m’en fous…

Papa et maman lapin ne savaient plus quoi faire, plus quoi dire… quand papa lapin eut une idée :

-Et rencontrer les petites lapines, tu n’as pas envie de rencontrer des petites lapines ?

Oui. Bon. D’accord. Pourquoi pas. Ok pour les petites lapines. Régis Lapin sortit une oreille puis deux dehors. Il fit trois petits bonds. Méfiants, il regardait partout autour de lui.

-Ouais, parce que j’ai pas envie de me faire bananer, moi !

Survint un renard qui…

-Ouais, je te vois venir, toi, t’as encore un bout d’oreille de ma sœur qui sort de ta gueule, si tu crois que tu me fais peur, de toutes façons, avec ta tronche de rouquin tu vas jamais te trouver de renarde…

-Mais je…

-Oui oui, je te vois venir, tu vas me sortir la grande tirade sur la loi de la nature, que les forts mangent les faibles et tout le baratin, mais t’as de la chance que je sois qu’un petit lapin, sinon, je démonterais ta tête de renard…

-Mais, je vous jure que…

-Ah il jure, maintenant ! on aura tout vu ! un renard qui jure ! vous ètes bien tous les mêmes, hein, en fait vous valez pas mieux que les loups, hein, on dit les loups les loups, mais les renards c’est tout mafia et compagnie !

-Pffff, il me prend la tête lui, je préfère sauter un repas.

Et voilà comment notre héros Gilles Lapin fit son entrée dans le vaste monde. Son papa et sa maman étaient fiers de lui.

Bien sur ce n’était pas le plus fort, ni le plus joli, ni le plus obéissant, ni le plus différent… mais au moins, il était vivant, lui…

Petit lapin était fin prêt pour rencontrer les petites lapines.

 

 

 

Moralité : quand t‘es pas fort, pas beau, pas obéissant et un peu comme tout le monde, avoir une grande gueule, des fois, c’est bien.

 

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19 décembre 2012

c'est moi le plus triste...

La vie est bizarrement faite... sans être un intime, Mario Ramos était quelqu'un que j'aimais beaucoup, voire qui m'intimidait un peu... il faisait du bien aux gens, parce qu'il ne prenait pas de gants avec... il n'y avait pas de filtre entre son cerveau et sa bouche, et avec lui, il n'y avait plus qu'à ranger son orgueil dans sa poche... une fois fait, c'était du petit lait...

lundi, en apprenant la nouvelle de sa mort, une histoire s'est lentement déroulée dans ma tête... c'est bizarre, mais c'est comme ça...

du coup, je vous la fais lire... c'est un hommage, quoi... et comme c'est un hommage, j'écris juste au début: "pour Mario"...

 

C'est moi le plus triste...

Le loup, ce matin là, pleurait, pleurait, pleurait. Il semblait ne plus vouloir s'arréter.

-C'est moi le plus triste, dit il.

Il décida d'aller se promener dans la fôret, pour voir si il existait quelqu'un d'aussi triste que lui.

Il croisa en chemin une petite fille, tout de rouge vétue, qui plaurait elle aussi à chaudes larmes.

-Que t'arrive t-il, petite fille, tu ne vois pas que tu déranges mon chagrin?

-C'est que, monsieur le loup, la grand mère est morte ce matin, et je suis bien triste.

-C'est triste, dit le loup. Très triste, même, je connaissais bien ta grand-mère. Mais moi, je suis bien plus triste que toi. C'est moi le plus triste.

Et le loup vola le mouchoir de la petite fille qui dut sécher ses larmes dans son chaperon. Rouge, le chaperon.

Le loup reprit sa route en pleurant bruyamment. Il croisa bientot un hérisson chauve. Il avait l'air triste, mais triste!

-Pourquoi as tu l'air si triste? demanda le loup d'un air sévère.

-Oh, c'est parce que je suis très malade, répondit le hérisson. J'ai perdu toutes mes épines. Et un hérisson sans épines, ce n'est plus un hérisson.

-C'est triste, dit le loup. Mais ce n'est pas une raison! tu n'as qu'à te coller des épines de sapin sur la tête! Je suis bien plus triste que toi!

Et le loup reprit sa route en soupirant:

-Bouhouhou! je suis le plus triste des animaux de la foret.

C'est à cet instant que surgit un superbe cerf. Il pleurait, calmement, sans bruit. Deux lourdes larmes coulaient doucement en tintant sur le sol, comme une chaude pluie d'automne.

-Et bien, cerf, pourquoi pleures tu? ce ne sont pas des manières, pour un cerf!

-Loup, je pleure parce ma biche a été tuée par un chasseur ce matin. Et mon coeur est inconsolable.

Le loup se tut.

C'était vraiment triste.

Mais il se reprit bientot:

-Cerf. C'est triste. C'est même très triste. Mais ta tristesse n'est rien comparée à la mienne.  Alors sèches tes larmes, et laisses moi passer.

Le loup était vraiment très satisfait de sa promenade. Sa tristesse était bien la plus belle tristesse de toute la foret. Il était tellement triste que ça le faisait sourire...

Mais bientot, il croisa un dragon. Un tout petit dragon de rien du tout. Il pleurait, comme pleurent les petits dragons, en faisant des étincelles.

-Et bien petit dragon, pourquoi pleures tu?

-Oh le loup! bonzour! euh, ze pleure passsque zai mes dents qui sont tombées cette nuit. Et un dragon sans dents, c'est nul.

-Ah ah, dit le loup! tu pleures comme un bébé! ce n'est rien de perdre ses dents. Regardes, moi, j'ai beaucoup plus de raisons que toi d'être triste. D'ailleurs je suis bien plus triste que toi!

A cet instant, le petit chaperon rouge, le hérisson, le cerf et le petit dragon, avaient entouré le loup, et le regardaient d'un air intrigué.

-Mais, au fait, demanda le cerf. Tu nous dit que tu es triste, bien plus triste que nous. Mais pourquoi es tu aussi triste?

Alors le loup regarda autour de lui dans la foret. Il vit tous les animaux ensemble, le cerf avec ses petits, le hérisson avec sa chérie, le dragon avec sa maman. Il sentit sa boule dans le ventre revenir, les larmes monter à nouveau, gonfler sa gorge, noyer ses yeux et déchirer son coeur.

Il commença à pleurer, pleurer, pleurer, et effectivement, tous les animaux virent que de tous les habitants de la foret, c'était bien lui le plus triste.

Le dragon lui préta un mouchoir vert.

Le loup essuya ses larmes, et dans un sanglot dit:

-C'est moi le plus triste parce que... c'est moi le plus seul...

Et il recommença à pleurer de plus belle.

Alors, le petit dragon s'approcha du loup et lui dit:

-Si tu veux, tu peux venir manger avec nous ce soir... ma maman est d'accord. Il y aura du miel et du chocolat. Et du feu dans la cheminée.

-Du miel et du chocolat?

le loup ravala ses larmes et tout penaud mais tout heureux, s'en alla chez ses nouveaux amis...

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11 décembre 2012

mise en abyme.

Pour rigoler, un copain (matthieu maudet) a lancé une idée saugrenue: qu'on s'écrive à soi même une lettre de refus d'un texte en projet.

Vincent, mon grand,

Je viens de recevoir le manuscrit de ton nouveau livre que tu viens de t'envoyer à toi même ou de m'envoyer à moi même, c'est au choix. Je l'ai lu. C'est très bon, mais ça, tu le savais déjà.

Par contre, je ne vais pas le publier, et tu le sais bien. Pourquoi me l'avoir envoyé? c'est génant. Je vais t'expliquer les raisons de mon refus. Ton texte est bien. Il est même parfait. Tu es devenu ce que tu voulais être: un habile professionnel. Un faiseur. Qui sait écrire n'importe quoi sur n'importe quoi. Un écrivain de 43 ans, en pleine possession de ses moyens. Chiant, quoi. Je vais te dire, j'ai du mal à retrouver ces tremblements qui formaient ton écriture, à la fois forte et fragile. Cette urgence. Cette tension mal maitrisée. Tu es devenu un écrivain propre. Tu vas bientot pouvoir écrire pour les adultes, si tu continues, forme de déchéance et de consécration à la fois.

Et puis, tu le dis toi même si souvent, il y a trop de livres qui sortent, alors pourquoi le tien plutot qu'un autre? ou alors, on fait un deal, on ne sort pas ce livre là, et on ne sort pas 80 % des livres qui devaient sortir cette année. Quant à toi, je publierai un de tes livres, mais pas tous. Je publierai celui que tu écriras sans penser à le publier. Tu sais, ce genre de textes que tu fais parfois, pour le simple plaisir d'écrire, sans penser à gagner ta croute ou publier avec... ces textes écrits un sourire au bord des lèvres, que tu écris en te disant "pfff, ça fait du bien..."

ok? on fait comme ça?

Et pour gagner ta croute?

Souviens toi, Vincent, quand tu, enfin, quand je, enfin, quand nous étions petits, tu avais deux rêves. Le premier était d'écrire des livres.

Et le deuxième, tu t'en souviens, Vincent?

Oui, oui, je m'en souviens, Vincent.

 

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27 septembre 2012

La fille verte.

9782070629169

 

 

 

La fille verte. Illustrations de Camilla Engmann. Gallimard-Giboulées. (graphisme de Christophe Hermellin, publié par Colline faure-poirée)

En l'an 2 000, j'avais pas un rond, je vivais dans une toute petite piaule, à Rennes, un 18 m2 au rez-de-chaussée qui donnait sur une enfilade de jardins... un petit muret, une cabane, des chats en pagaille, des fleurs, des grillages, des voisins, des voisines. Je n'étais pas encore écrivain, mais c'était pas loin. J'étais venu me refaire une santé à rennes, après une séparation... d'ailleurs, la première version du texte commençait comme ça: "Je me suis retrouvé planté dans le jardin." Faut dire que ce jardin agissait sur mon système. Je m'y sentais bien, tellement bien, que c'est là, après des années de doutes, que j'avais réussi à me remettre à écrire. D'ailleurs, la deuxième version du texte commençait par un déménagement... j'étais au RMI, et pourtant, je vivais dans un vrai petit paradis: un cocon, en fait, entouré de buissons chaleureux et couvert par une dizaine de voisins et de voisines. J'avais, sur un coup de tête salvateur, quitté la chaine de magasins qui m'embauchait et voulait me propulser à la tête d'une de ses franchises, et j'avais décidé de faire de ce petit endroit pourri et charmant la base de mon retour sur terre... j'écrivais coup sur coup plusieurs livres, "km 0", "la chauffeuse de bus" et deux ou trois petits autres trucs, et en cachette, presque en cachette, un truc bancal, intime et maladroit: "le jardin secret". Le jeune mec planté là s'était transformé en jeune ado transplantée.

Ce livre commence comme ça:  "Mon frère et moi sommes entrés dans le coffre à 5 heures du matin. La voiture était grise mais de l'intérieur ça ne se voyait pas."

C'est l'histoire d'une jeune fille de 13 ans, mais je crois aussi que c'est le livre le plus autobiographique que j'ai jamais écrit. Comme quoi, hein...

Je l'avais proposé à un éditeur quand je suis arrivé à Nantes, en 2003... Tout en sachant que le texte n'était pas tout à fait abouti... je l'ai donc mis au chaud, et ne l'ai réécrit que des années plus tard, suite à une naissance. Dés lors, l'histoire de ce livre a été compliquée, compliquée... accepté dans un premier temps par un éditeur, puis refusé, il y a gagné un nouveau titre, "la fille verte". Je me suis ensuite tourné vers Gallimard, l'éditeur avec qui j'entretiens les meilleurs rapports (avec rouergue et actes sud). C'était un nouveau livre, qui n'avait presque plus une ligne en commun avec le premier jet. Parce que je cherchais un truc compliqué: faire un livre organique: un livre où le vivant, la terre, les feuilles, l'humide, la mort, se mèleraient... je voulais qu'on sente de manière organique les transformations d'une jeune fille qui grandit. et qui change.

Restait à trouver un illustrateur. Une illustratrice. Je sais pas pourquoi, je voulais que cette histoire soit illustrée par une femme. Si en fait, je sais. Là encore, ça a été compliqué... très compliqué... ce n'est qu'au bout d'au moins deux ans de recherches qu'on a décidé de proposer cette histoire à Camilla engmann, une illustratrice suédoise, qui vit à Goteborg, et qui, justement, travaille particulièrement les matières organiques...

alors, voilà. Ce livre sort enfin, la semaine prochaine. La couverture que vous voyez ne sera pas exactement celle du vrai livre. On y verra un visage de petite fille qui apparait à travers les branches et ls feuilles.

Au fait, de quoi parle "la fille verte"?

C'est l'histoire d'une jeune fille qui se réfugie dans le jardin et prend racine. Elle y passe 4 saisons et en sort au printemps. Voilà...

j'espère que ça vous plaira...

Vincent,

 

 

 

Posté par vincentcuvellier à 16:13 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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