Vincent Cuvellier, et tout le baratin

29 août 2016

Petit résumé de mes trucs à sortir :

Mon année 2016 a été super calme au niveau des nouveautés... bon, en gros, j'ai bien travaillé sur des gros projets et ils vont tous sortir début 2017 où là par contre, ça va être du lourd... j'ai essayé de faire des projets très diférents, d'aller voir dans des directions où je n'avais pas encore été... j'ai écrit beaucoup de nouvelles, genre où je commence à me détendre, et je commence aussi à publeir directement à l'étranger, sans forcément passer par la france... je vais donc publier des nouvelles, un essai autobiographique, une bd tous public, un gros recueil, un livre de témoignages, un livret musical, et plein d'autres choses... j'en parlerai au fur et à mesure des sorties... et en 2017, je fêterais mes 30 ans de publication (j'ai commencé jeune, hein...)

Septembre 2016:

"Emile fait l'aventure" chez gallimard, avec ronan badel

"Le jour de ma mort" dans la revue Pandora, (casterman) avec René Follet. C'est une nouvelle que j'ai écrite pour le dessinateur rené follet...

"Zauberkrafte" dans le recueil de nouvelles "was ist los vor meiner tur?", éditions jacoby et stuart, illustré par aljosha blau. C'est une nouvelle qui sortira directement en allemagne.

Octobre:

"La zuppa del Orco" aux éditions biancoenero, illustré par Andrea Antinori, directement en Italie.

En 2017, je vais avoir une grosse grosse année, donc, avec beaucoup de sorties... je ne mets pas encore les dates de sortie, ça peut encore bouger pour certains, mais j'ai mis les titres plutot dans l'ordre de sortie...

"Emile fait l'enterrement" chez gallimard, avec ronan badel...

"La cire moderne" chez casterman, avec Max de radigués. Ma première bd adulte...

-Histoires pour les jours pairs chez Hélium avec thomas Baas. Un recueil de plus de 180 histoires courtes...

"Mon fils et moi" chez gallimard giboulées... un petit livre de phrases...

"Ils ont traversé les frontières" chez gallimard giboulées. C'est un livre dans la lignée de "ils ont grandi pendant la guere, écrit à base de témoignages de gens qui ont quitté leur pays enfant.

Je ne suis pas auteur jeunesse, un récit autobiographique, où je parle de la littérature jeunesse...

"Nuage rouge", un texte écrit pour l'orchestre national victor hugo, dont la création se fera en avril, à montbéliard. Illustrations de Baron brumaire, musique de jean françois verdier.

Voilà, il y a d'autres projets en cours où je dois rester un peu évasif, mais en gros: "Momo et les nouveaux", une bd en épisodes, j'en dirais plus bientot... "Mémé", une série, pour 2018 (?), le tournage et la sortie du film d'après "le temps des Marguerite", une nouvelle, "Le pouvoir magique" publié directement en Italie... des Emile, bien sur...

Voilà,

bisous

vincent

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20 novembre 2015

un texte inédit:

Mimbala

" Au début du XX° siècle, en Afrique, il y avait un homme qui avait un pouvoir. Mais il ne voulait pas dire lequel.

Dans son village, il était connu sous le nom de « l’homme qui avait un pouvoir », Mimbala, en langue Mori. Il était craint, respecté. On détournait les yeux en passant devant sa case, de peur que son pouvoir soit celui de donner la mort immédiate à celui qui regarderait sa case.

Il se levait le matin, faisait ses ablutions, et mangeait dans la gamelle du voisin. Le voisin n’osait rien lui dire, de peur que son pouvoir soit celui de faire tomber la foudre sur celui qui n’a pas voulu partager son repas.

Ensuite, Mimbala partait en direction de la foret. Alors les habitants du village se disaient : « sans doute son pouvoir est-il celui de parler avec les animaux. » En effet, Mimbala avait été vu un jour en train de chasser un moustique et de lui dire « vas t en, sale bête ! ». N’est-ce pas le signe qu’il parle avec les animaux ?

Ou bien, le bruit qui courait dans la savane, était que Mimbala avait le pouvoir d’invisibilité. Car parfois, on ne le voyait plus pendant des heures… peut-être s’était-il simplement perdu dans la foret ? Nul ne le savait.

C’était à vrai dire un véritable mystère, et plus il était épais, plus Mimbala inquiétait les habitants du village, et plus les habitants du village lui donnaient tout ce dont il avait besoin.

Un jour, les blancs envahirent le pays. Une délégation de 7 d’entre eux, entra dans le village. Leur chef, un homme vétu de blanc, longue barbe et air sévère, demanda :

-Amenez nous à l’homme le plus important du village.

Les villageois hésitèrent. Ils auraient dû appeler le chef, le vieil Imonala. Mais si le pouvoir de Mimbala était celui de faire fondre sur les récoltes des nuées de sauterelles et de criquets qui dévasteraient tout ? Alors, ils indiquèrent à la délégation de blancs, la case de Mimbala.

Ils restèrent tous dans la case une éternité. Et si le pouvoir de Mimbala était de transformer les hommes blancs en animaux ?

Mais ils ressortirent tous de la case, Mimbala en tête.

Le chef des blancs grimpa sur une caisse et déclara devant tous les habitants du village :

-Je prends possession de ce pays au nom de la France. Votre nouveau chef est Mimbala. Vous lui devez obéissance et respect. A travers lui, c’est la France qui vous parle. Je lui donne les pleins pouvoirs.

Les habitants du village reculèrent tous d’un pas. Mimbala sourit. Maintenant, tout le monde connaissait son pouvoir."

 

vc, bruxelles, novembre 2015

 

 

 

 

 

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08 novembre 2015

"Ils ont grandi pendant la guerre"

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Mon nouveau livre, "ils ont grandi pendant la guerre", chez gallimard giboulées, est un peu particulier. Déjà, c'est une commande de mon éditeur, ce que d'habitude je n'accepte jamais. Mais là, c'était exactement ce que j'avais envie de faire... à chaque livre, j'aime bien essayer une forme que je n'ai jamais essayé, ça me permet de me renouveller, de progresser en écriture pure... et puis aussi, ce livre m'a rappelé mes débuts, entre 92 et 96, où j'étais pigiste à la locale du dauphiné libéré et où je faisais plein de portraits de gens... parce que c'est un livre de portraits, ce livre n'est ni un roman ni un album ni un documentaire... c'est, allez, un docu fction...

j'ai passé l'année dernière à aller voir des gens, agés d'entre 75 et 90 ans, qui n'ont qu'un point commun, celui d'avoir été enfant pendant la guerre 39-45... 

pour le choix des gens dont j'ai recueilli le témoignage, je me suis laissé porter par le hasard et l'envie... pas de célèbrités, mais mon voisin du dessous, la grand mère d'une ex, une dame pendant une dédicace, ou un vieux musicien que j'avais envie de connaitre... 

j'ai choisi comme parti pris d'être très concret dans mes questions: comment était votre chambre, vous aviez quoi comme jouet, quand avez vous vu un soldat allemand pour la première fois, etc... j'ai fait ça pour ne pas partir dans des grandes phrases bateaux et soi disants engagées, et pour que les gamins d'aujourd'hui sentent vraiment la réalité des gamins d'hier... 

c'était super surprenant, j'ai recueilli des témoignages d'anecdotes, qu'on ne peut pas inventer dans une fiction, et pour cause...

Après, à l'écriture, j'ai tenté de faire simple, parfois de me mettre en scène, parfois de me mettre en retrait, le but étant de restituer la parole de mes témoins de la façon la plus fidèle possible. 

Odile gandon est l'auteur des notes historiques, baron brumaire a illustré chaque chapitre, diane costa de beauregard l'a édité, colline faure poirée l'a publié et signé la préface et christophe hermellin a assuré le graphisme.

Voilà, j'espère que ça vous plaira, le livre sort cette semaine, illustré par Baron Brumaire, moi ça m'a tellement plu que j'ai proposé un second volume à mon éditeu "ils ont traversé les frontières", sur des enfants qui ont quitté leur pays... 

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24 octobre 2015

L'heure perdue

Un texte inédit qui fera partie d'un recueil d'histoires à paraitre dans une petite année chez hélium illustrées par thomas baas "histoires pour les jours pairs."

 

L'heure perdue.

 

Chaque année, c'est la même chose :

Mon père se tient accroupi au pied de mon lit.

-Joseph, c'est l'heure.

J'ouvre les yeux.

-Mmmm... mais quoi, papa ?

-C'est maintenant, ça va commencer.

-Ah oui, c'est vrai.

Je me redresse, je mets bien mes oreillers.

-T'as tout pris ?je demande.

-Ouais, chocolat, jus de pomme, coca, chips, du raisin, des chamallows, et j'ai mis le disque que t'aimes bien.

-Cool... ça commence quand ?

-Dans 5 minutes, dit mon père, il est presque minuit.

On attend tous les deux, on regarde l'horloge, à la lueur des bougies, qui fait tic tac, tic tac...

A minuit pile, mon père décroche la pendule et bloque les aiguilles...

-C'est parti.

D'abord, je me fais une tartine de nutella, parce que j'aime bien le nutella. Mon père mange un bout de fromage qui pique, et boit un grand verre de vin.

-Oh punaise, il est bon, il dit... tu veux du coca ?

-Ouais, plein !

Ca pique. C'est bon quand ça pique.

On écoute les chansons qui passent. Y en a une, je l'écoutais tout le temps quand j'étais petit...

-Moi aussi, dit papa.

-Toi aussi, quoi ? Je demande.

-Moi aussi, je l'écoutais tout le temps quand j'étais petit.

Je tends le bras et attrape un livre sous le matelas :

-Tu le lis ?

-Si tu veux...

Après la tartine, après la chanson, après l'histoire, il y a encore une tartine, une chanson, une histoire, et la main de mon père dans mes cheveux.

On reste une heure, comme ça, à faire que rien faire...

Au bout d'une heure, d'une heure pile, mon père se lève et débloque les aiguilles de la pendule du salon.

-Ca y est, on est à l'heure d'hiver... il est encore minuit. Bonne nuit, mon lapin.

-Bonne nuit, papa.

C'est comme ça tous les ans. C'est l'heure d'hiver. C'est l'heure perdue.

 

 

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07 octobre 2015

Le passage à l'âge adulte de la littérature jeunesse.

je résume:

christophe honoré, écrivain, président du cplj, cinéaste, prix du meilleur album à montreuil,  démolit deux fois de suite des livres pour enfants dans le journal "le monde"

http://www.lemonde.fr/livres/article/2015/10/01/jeunesse-oblige-menu-enfant_4779324_3260.html

 

alice brière haquet lui répond:

http://le-wonderblog.blogspot.fr/2015/10/petite-reponse-au-grand-monde.html

levée de boucliers, de nombreux blogs soutiennent alice brière haquet... dont une réponse chantée de clémentine beauvais, glissant une accusation de sexisme au passage...

sur facebook aussi, le consensus est plutot général contre christophe honoré... je tente un peu isolé de faire entendre ma petite voix discordante, rejoint pas sophie vanderlinden, par exemple...

et je lis aujourd'hui l'avis , qui va dans mon sens, de cécile boulaire.

http://magasindesenfants.hypotheses.org/5051/comment-page-1#comment-58520

Alors, pour être clair, et résumer ce que je pense de tout ça, voici ma contribution au débat:

 

 

 

On ne peut pas à la fois demander une égalité de traitement avec les autres disciplines artistiques "adultes" et se plaindre quand on y est soumis. D'accord, cette critique est méchante, d'accord, elle s'en prend injustement à quelqu'un, mettons que c'est tombé sur la mauvaise personne, mais voilà, la critique est libre.

Non, on ne va pas se passer de donner son avis sous prétexte que dora c'est pire... et dora, au moins, c'est clair, ce n'est pas masqué. Il y a plein de livres (je ne parle absolument pas de ceux critiqués par c honoré que je n'ai pas lus), qui peuvent être décortiqués critiqués, éreintés, et cela est bien légitime.

D'autre part, beaucoup demandent des critiques positives, de découverte, (généralement, dans ce cas là, on emploie le mot "pépite"),  et s'appuient sur le fait qu'il y a tellement peu de critiques en littérature jeunesse, que si en plus elles sont mauvaises... Et ça confirme le fait qu'en littérature jeunesse, on est encore un peu dans le monde des bisounours. Oui, c'est dur, oui, ça fait mal, mais c'est le jeu: le livre est un objet qu'on lance au public, il est logique que de temps en temps, il nous revienne à travers la gueule!

le prétexte qu'on a du mal à en vivre, et qu'on ne doit donc pas être attaqué, n'est à mes yeux pas recevable non plus... on est tout de même dans une économie, on est tout de même plusieurs dizaines à réussir tant bien que mal à en faire notre métier, quand c'était quasiment impossible il y a 30 ans... et puis, si il fallait regarder la fiche d'imposition avant de critiquer un livre, on ne s'en sortirait pas...

de plus, ch honoré pointe un fait double: la surproduction et la commande d'éditeurs... par contre, il oublie un peu que notre économie est bancale et que nombre d'entre nous sont obligés de produire plus qu'ils ne devraient. Ce n'est pas seulement l'éditeur qui est responsable de la qualité de nos livres, comme je le lisais dans une réponse à ch honoré dans "la vie", mais bien évidemment en premier lieu l'auteur du dit livre... à nous de produire moins et mieux. mais pour ça, deux conditions: que l'écrivain ne publie pas tout à tout prix. Que l'éditeur paie mieux les textes qu'il accepte.

Dans sa réponse (que j'ai trouvé très bien), alice brière haquet avoue, pas très à l'aise, qu'amoureuse de la littérature, elle a un peu du mal à se considérer comme écrivain, qu'elle se définit plus souvent comme auteur, ou auteur jeunesse. (elle n'est pas la seule, c'est ce qui revient très souvent des discussions que j'ai avec mes collègues). C'est exactement ce qu'a pointé, méchamment je vous l'accorde, christophe honoré. Il reproche justement à de nombreuses personnes qui écrivent pour la jeunesse d'avoir renoncé à être écrivain, et d'être tombé trop facilement dans des "trucs" d'auteurs, d'auteur jeunesse, même...

Enfin, des accusations de sexisme ont tout de suite été portées à l'encontre de ch honoré, et elles me semblent être un procès d'intention.

Bien sur, si j'avais du éreinter un livre, je n'aurais pas choisi ceux d'Alice Brière haquet, mais j'aurais eu l'embarras du choix...

je dirais en conclusion que si la littérature jeunesse veut rentrer dans l'âge adulte, comme le milieu le réclame souvent, il faut qu'elle obtienne ses avantages (meilleur à valoir, non infantilisation de la part  des éditeurs, meilleure visibilité dans la presse), mais aussi qu'elle accepte ses dégâts collatéraux: une vraie critique de son actualité et de ses parutions.

vincent cuvellier

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03 août 2015

mes trucs à venir...

Bon, je fais un petit point, histoire que ceux que ça intéresse sachent l’avancée de mon travail :

 

-Le prochain Emile sort à la rentrée (Gallimard giboulées, Ronan Badel), il s’ appelle « Emile sort les poubelles ». L’histoire, c’est Emile, et il sort les poubelles. Le livre le plus palpitant depuis « Guerre et paix ». Il y aura un autre Emile au printemps. Il s’appellera « Emile fait l’activité. »

-« Emile fait tagada tsoin tsoin. » Titre provisoire. Mais peut être qu’avec l’été et le fait que la France entière est en vacances, il sera peut être validé. En gros, c’est l’adaptation musicale d’Emile. Y a les 10 textes d’Emile déjà sortis, dits par Guillaume Marquet, le comédien, et mis en musique par marc olivier Dupin, qui dirige également l’orchestre National Ile de France. Ca sort à l’automne aussi, pile poil pour la représentation du dit spectacle à la Philharmonie de Paris, fin novembre. A noter aussi, une compil des 10 premiers Emile, qui sortira au printemps.

-Au salon de Montreuil, y aura une ou deux petites surprises, je mettrais plus d’infos dès que je mettrais plus d’infos.

-Novembre itou : « Ils ont grandi pendant la guerre » chez Gallimard giboulées, illustré par Baron Brumaire. C’est un livre issu de rencontres que j’ai faites avec des gens qui ont vécu la seconde guerre mondiale quand ils étaient petits… je ne vous cache pas que c’était vraiment cool à faire… ça ressemble à un docu fiction, c’est pour les gamins, qu’ils entendent parler d’autres anciens gamins… c’était mon gros travail de l’année passée…

-«Les enfants du voyage » titre éminemment provisoire aussi… c’est un livre sur le même principe que « ils ont grandi pendant la guerre », mais ce coup-ci, avec tes témoignages d’adultes qui ont quitté leur pays quand ils étaient petits et qui racontent comment… vous l’aurez compris, on va parler de l’immigration, mais vu par des yeux d’enfants, du côté assez matériel : comment ils sont partis, ce qu’il y avait dans leur valise, etc… parce qu’en parlant des choses concrètes, on arrive à approcher des choses intimes… chez giboulées, sortie 2016, sans doute à l’automne…

-« Histoires pour les jours pairs » chez Hélium.Un peu un projet de dingo, mais ces temps-ci, c’est exactement le genre de choses que j’ai envie de faire : un recueil de dizaines d’histoires courtes, pour raconter à son môme le soir… ça a l’air de rien, mais c’est un espace de liberté immense pour moi et pour l’illustrateur… (Je dirais bientôt qui c’est)

« La cire moderne ». Ma première BD (adulte) sortira en 2016 sans doute, dessinée par Max de Radigués. En gros, c’est 3 jeunes un peu à la cool qui héritent d’un stock de cierges… ce sera chez Casterman.

« Nuage rouge ». Encore un projet à part, comme tous ceux que je fais ces temps-ci… en fait, je refuse quasiment tous les salons et rencontres scolaires qu’on me propose depuis un an ou deux, et du coup, j’ai le temps et surtout l’énergie (celle pompée d’habitude par les déplacements incessants) pour écrire des projets particuliers… là, c’est un texte écrit pour l’Orchestre National Victor Hugo, qui sera créé en juin 2016 à Besançon, sur une musique de Jean François Verdier… ça se passe à l’époque des constructeurs de gratte-ciel, aux usa, et ça tourne autour des indiens et de la fin de leur monde…

Sinon, à la rentrée, sortira un article écrit pour la revue « hors cadre(s) » sur l’adaptation des livres, et une interview dans le numéro spécial « auteurs » de la revue du livre pour enfants…

Voilà, il y a aussi des projets d’adaptation de mes livres au cinéma, en dessin animé et au théâtre. On verra.

Et aussi, juste pour vous donner les titres en pâture, je termine un scénario pour la bd, ou peut-être pour le théâtre, appelée « l’appart »… c’est du fantastique cool…

 J’ai aussi quelques projets d’albums dans les tuyaux, mais c’est pas encore signé… parmi ceux-ci, un truc assez proche dans l’esprit de « la première fois que je suis née »… je vous dirais plus quand j’aurais plus avancé…

Je travaille également depuis un long moment sur un texte un peu dur à faire « je ne suis pas un auteur jeunesse » titre provisoire, où je parle de la littérature jeunesse, ou du moins comment je la vois… j’y arriverais…

Et aussi un projet de bande dessinée, un peu long à mettre en place, « les nouveaux », mais c’est pareil, on y arrivera bien !

Et puis d’autres trucs qui viennent au fur et à mesure, certains qui ont se faire en 5 minutes, d’autres qui vont patiner des années, certains qui vont aboutir, d’autres non, certains dont je vais être fier, d’autres moins, certains qui vont rester dans mon ordi parce que bon, on va pas non plus publier tout ce qu’on écrit, sinon, on s’en sort plus… le but n’étant pas d’inonder le marché, ni d’être riche, mais simplement de vivre de mon métier. Ah, et oui, je suis aussi en train de monter une bibliothèque dans l’école de mon fils… mais ça, je vous en reparlerais…

Voilà, du coup, avec tout ça, je pars pas en vacances, parce que je suis bien chez moi…

Bonnes vacances,

Bisous,

vincent

 

 

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01 avril 2015

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j'aime pas les clowns

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Et voilà! demain sort mon nouveau livre, "j'aime pas les clowns" chez gallimard giboulées, illustré par rémi courgeon. ... l'histoire rapide: une grand mère et son petit fils vont au cirque... ça leur dit moyen, sauf que la grand mère lui raconte une autre histoire de cirque qui lui est arrivée quand elle était petite, pendant la guerre...

ok, j'ai déjà entendu: pfff, encore la guerre, il en a pas marre, cuvellier, de faire que des bouquins sur la guerre? déjà, j'en fait pas plein, j'en ai fait 5, sur presque 60 livres, ça va, le ratio est très honnête... et puis, c'est bien, je trouve de creuser un peu son sujet, des fois, de pas juste se contenter d'un truc pensé vite... bref, si j'écris là dessus, c'est parce que j'essaie de répondre à une question que je me pose depuis des années... comment on va parler de la seconde guerre mondiale, au moment où les témoins directs disparaissent?

en fait, "j'aime pas les clowns", c'est le 3° et dernier volet d'une trilogie...

le premier de cette série se passait au milieu du conflit, en france:  "l'histoire de clara" racontait l''histoire d'une petite juive sauvée par 10 personnes qui ne se connaissaient pas, qui formaient une espèce de chaine...

"je suis un papillon", le deuxième, se situait au milieu des années 30 en allemagne... un papillon raconte ce qu'il voit, une fête, et l'arrivée au milieu de cette fête, de SA allemands...

Et le troisième, donc, "j'aime pas les clowns" boucle la boucle: on est en allemagne en 46, 47, par là, une période dont on parle peu, mais passionnante, celle du retour des millions de personnes déplacées, le plus grand déplacement de population de tous les temps... dans le cas de mon récit, c'est le retour des soldats allemands dans berlin dévasté, en ruine... avec en écho, les villes bombardées, et le début de la reconstruction... pour info, j'ai grandi à brest, mon père a habité la première tour d'après guerre, ça me parle, cette période...

et puis, je trouvais important de parler aussi de ce que les gens de cette époque et de ce pays ont pu vivre, notament les enfants... en vrai, j'ai toujours été  bluffé par la façon dont les allemands avaient réussi à assumer leur passé, et assumer leur responsabilité, ce qui est loin d'être le cas de tous les pays qui ont fait des horreurs.. mais là, sans doute que l'horreur était telle...

bon, attention, hein, comme dans tous mes livres, ce n'est pas un livre cafard, ni un livre que sur la guerre... c'est avant tout, une histoire, celle d'une grand mère et de son petit fils, avec des sourires et une ambiance... tous ces livres, je n'ai pas voulu faire des livres sur le thème de la seconde guerre mondiale... je les ai écrit, bon ok, parce que cette période m'intéresse et que j'ai envie d'en parler aux momes... mais je les écris aussi, parce pour chacun d'entre eux, je me suis amusé à trouver un truc narratif (10 personnages parlent d'un personnage, un papillon raconte, passage d'une époque à une autre)

voilà, après ces trois livres, promis j'arrête de parler de la guerre.

Au fait, mon prochain livre qui sortira à la rentrée ça sera 12 portraits de gens qui me racontent la guerre quand ils étaient petits... ce sera un documentaire...

bisous

vincent

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24 février 2015

j'irais pas en amérique

un petit texte inédit, à lire comme du claudel, en ne respirant que quand il y a un point...

J'aurais bien aimé aller en Amérique, en paquebot, être entassé à 1000 entre la chaudière et les cales, sentir les embruns et la pauvreté, entendre les 100 langues des migrants, voir la petite en chapeau cloche, bousculer le grand paysan italien, jouer avec l'irlandais, rouquin comme pas deux, genre qui tue les souris au lance pierre, quand c'est pas des rats, et quand le lance pierre, c'est pas un canif, un canif pointu, qu'a déjà tué des gens, des irlandais, ou encore mieux des anglais, et même que c'est pour ça que le petit irlandais a du grimper, en dernière minute, dans ce paquebot de malheur...

J'aurais bien aimé aller en Amérique, regarder l'horizon et hurler comme un fou quand apparaît la fumée, la fumée des autres bateaux, et continuer à fixer l'horizon, pour voir la statue, la statue de la liberté, avec cette petite fille en chapeau cloche, à coté de moi, qui saute à cloche pied, en chantant une chanson de son pays, pendant que son papa, un vieil italien borné lui hurle de ne pas tomber, de ne pas tomber dans l'eau, avant d'arriver en Amérique, ce serait trop bête...

J'aurais bien aimé aller en Amérique, mais pas maintenant, il y a 100 ans, sentir les odeurs des pays chauds, et aller dans un pays froid, froid rempli de policiers, aimables comme pas deux, à deux doigts de te faire remonter dans ce paquebot, si jamais t'aurais des poux, comme ce petit irlandais blagueur, que j'ai perdu de vue, à peine descendu du paquebot, alors que j'ai suivi sa boule de cheveux rouges dans une foule de boules de cheveux rouges...

J'aurais bien aimé aller en Amérique, me faire tamponner un papier gris, baisser les yeux juste avant, et juste après sourire de joie, mais pas trop fort, à cause de la grosse dame du bas, à qui on est en train d'expliquer qu'elle doit se faire piquer, le bras, si elle veut entrer, et regarder la porte au fond, qui va s'ouvrir sur un ciel tellement bleu qu'on est tous à le regarder bien en face, avant de s'enfoncer et de se dissoudre dans la grande ville et dans le grand pays, l'un ici, l'autre là...

J'aurais bien aimé aller en Amérique mais j'irais pas, parce que les petites filles en chapeau cloche n'en portent plus et tombent dans l'eau, de haut, en bas.

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27 janvier 2015

"Normal, normal 2015"

J'aime bien souhaiter mes voeux à la fin du mois de janvier... bon, ce mois de janvier est spécial, mais après tout, tout le temps est tout le temps spécial. On vit des évènements politiques, historiques, comme si on en avait perdu l'habitude... ceux ci sont compliqués, mais ont au moins l'avantage de clarifier les lignes, de se situer, de se poser aussi des questions qu'on n'a pas voulu se poser avant, en faisant l'autruche, qui entre parenthèse ne fait jamais l'autruche, elle.

Je vous souhaite à tous une bonne année, et pour l'occasion, et comme chaque année, voici un petit texte inédit. Il s'appelle "normal, normal", à priori il n'est pas destiné à la publication (je l'avais proposé à "autrement" avant que ça ne ferme, tu vois le genre), mais pourquoi pas un jour. C'est un texte autobiographique.

Bien entendu, ce texte n'est pas à usage commercial, merci de ne pas le reproduirre sous aucune forme que ce soit et bisous.

 

Normal, normal…

 

 

 

Je suis un enfant normal qui vit dans un pays normal. Le matin, je me lève dans un lit, normal, je prend un petit déjeuner normal et me brosse les dents, normal. Je fais un bisou à mes parents normaux, je me dispute un peu avec ma sœur, normal. Ensuite, je vais en face de chez moi, où il y a l’école. Normale, l’école. Mon maître est comment dire, normal, très très normal. Il porte un pantalon et un pull. Il n’a pas beaucoup de cheveux, mais un peu quand même. Le matin, je m’ennuie, l’après-midi je m’embête, et le reste du temps, je baille. Dans la cour, je cours.

*

Je ne sais pas ce qui s’est passé, pourquoi tout est comme ça, pourquoi tout est devenu normal. C’était pas comme ça, avant. Je me souviens, j’étais petit, mais je me souviens quand même. Tout était grand, tout était un peu dingo, tout était, comment dire, pas normal. Mes parents, tiens, par exemple, mes parents. Mon père était immense et avait une voix d’ogre. Un ogre gentil mais un ogre tout de même. Il avait la même barbe que les pirates dans les livres de pirates, me prenait sur ses genoux et me faisait voler jusqu’au ciel. Jamais il ne m’a laissé tomber. Jamais. C’était une montagne. Une montagne rigolote qui bougeait de partout. Une montagne au gros ventre.

Et ma mère. Complètement cinglée!un genre de fée… toujours à courir, à rire, à voler, même. Oui, elle volait ma mère. Après un bus, un train, après tout ce qui allait plus vite qu’elle. Elle sentait bon, ma mère. Elle sent toujours bon, mais pas pareil. Là c’était bon de chocolat, de miel et de fleurs, un peu tout à la fois. Elle sentait la brioche aussi fort que mon père sentait la chaussette.

Et ma sœur. Une magicienne. Un coup, elle existait pas, un coup elle existe. Et petite! toute petite. Tellement petite qu’on ne la voyait pas. On l’entendait par contre, elle hurlait plus fort que les ogres, les loups et les sirènes de pompiers. Et elle faisait pipi des litres de pipi et caca des tonnes de caca. Il fallait dix ans pour changer sa couche. Dix ans…

Et moi… et moi… mon école était à l’autre bout du monde et le maître un vieux sorcier chauve… il n’avait jamais changé de pull ni de pantalon de sa vie. Jamais. D’ailleurs, il y avait encore dessus des taches d’enfants qui n’avaient pas été assez sage. Dans la cour de récré, c’était pire. La guerre. La vraie guerre. Des cris partout, des pleurs, des hurlements de petites filles, des petits garçons fous furieux qui couraient après les filles qui hurlaient, justement… du sang, des pansements et même des fois du rouge pour soigner… c’était horrible, l’école… horrible…

Y avait même un vieux monsieur rouge et blanc qui nous amenait des trottinettes tous les ans, qui volait dans le ciel et passait par la cheminée même quand on en avait pas… et la petite souris! Parfaitement, y avait une petite souris, je sais pas comment elle savait, mais à chaque fois que je perdais une dent, elle venait la nuit, toujours la nuit, et sans me réveiller enlevait la dent, et posait une pièce, d’or, sous mon oreiller… c’était bizarre, mais tout était bizarre, rien n’était normal.

*

Et puis un jour, je ne sais pas ce qui s’est passé. Papa s’est rasé la barbe et maman a changé de parfum. Ma sœur avait tellement changé qu’il ne fallait plus la changer. L’école avait déménagé de l’autre côté de ma rue et le maître avait lavé ses pulls et ses pantalons. Le monsieur rouge ne passait plus par la cheminée, de toute façon, on avait des radiateurs. Et la petite souris avait sûrement été mangée par un chat. De toute façon, j’avais toutes mes dents, maintenant.

Tout était devenu normal. Terriblement normal. Et plus les choses devenaient normal, plus je devenais triste. Le jus d’orange avait un goût de jus de poireaux.

 

*

Ça s'est passé à l'école. Oui, à l'école où d'habitude il ne se passait jamais rien. Quel âge j'avais? Le même âge que vous. Le maître a dit qu'on allait faire une rédaction. On savait pas ce que c'était alors il a dit: «je vous donne un sujet et vous écrivez ce que vous voulez». Comme on savait pas comment faire, il a dit «vous écrivez des mots, les mots ça fait une phrase, et voilà.» Comme ça, ça avait l'air facile. Il a écrit au tableau:

«Imaginez si vous aviez un pouvoir magique.»

La classe entière a sursauté, une petite fille s'est même mise à pleurer. Moi j'ai mis mon stylo dans ma bouche, et après dans mon nez, et après dans mon oreille, et à la fin je l'ai posé sur ma feuille. Je me souviens qu'au moment où j'allais commencer à écrire, j'ai fermé les yeux.

«Imaginez si vous aviez un pouvoir magique.»

J'ai souri, et mon sourire est monté dans ma tête. Quand j'ai rouvert les yeux, il y avait un gros chien rouge devant moi. Un chow-chow. Il m'a dit «Benjamin, j'ai un cadeau pour toi.»

« Oh merci, c'est quoi ? » j'ai répondu.

« Une gomme ! »

« mais j'en ai déjà une ! »

«-Oui mais la mienne, c'est une gomme magique. C'est une gomme qui efface les fautes d'orthographe ! »

Il m'a tendu la petite gomme blanche avec ses grosses pattes rouges. Toute seule, la petite gomme blanche a glissé sur ma feuille et a effacé une faute. J'avais mis deux M au lieu d'un.

Elle a tourné encore un peu et en a trouvé une autre, un accent à l'envers, et encore une autre, un e en trop.

J'ai regardé le chien en rigolant. Le chien a rigolé aussi, et franchement, un chien qui rigole, j'ai trouvé ça normal.

Quand le maître a dit «c'est bon, vous avez fini?», le chien avait disparu, et la gomme aussi. Mais sur ma feuille, il y avait des mots, et les mots bout à bout ça faisait des phrases.

A la récré, tout le monde a raconté que son pouvoir magique c'était voler, ou disparaître, ou être très fort, ou être une fée, ou être un dragon, ou passer à travers les murs, mais personne vraiment personne n'a raconté qu'un chien rouge lui avait donné une gomme à effacer les fautes d'orthographe. Quand on est retourné dans la classe, le maître nous a dit que c'était bien, qu'on avait beaucoup d'imagination et qu'il allait lire sa préférée.

Aux premiers mots, je suis devenu rouge des pieds, et c'est monté jusqu'à ma tête. C'était plus un sourire, c'était un soleil de sourire! Et à la fin de mon histoire, tout le monde a applaudi.

Je l'avais trouvé mon pouvoir magique. Je raconterai des histoires. A partir de ce jour là, plus rien ne serait normal.

 

vincent cuvellier

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06 janvier 2015

De 2014 à 2015: Bilan et perspective.

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Après un début de décennie en demi teinte, 2014 a vu chez Vincent Cuvellier un début de reprise. 2015 sera t elle l'année d'une croissance à deux chiffres ou sera t elle marquée par une nouvelle récession?

L'analyse de notre expert, Vincent Cuvellier.

Vincent Cuvellier: Comment analysez vous l'année 2014, à l'aune des chiffres donnés par l'INHESVC (l'institut national des hautes études sur Vincent Cuvellier)

Vincent Cuvellier: je crois que les chiffres sont bons. Nous ne sommes plus en tout cas dans la crise du début des années 2010 où on avait vu un net recul de l'action Vincent Cuvellier, marqué par de multiples difficultés personnelles. Son exil en Belgique semble avoir porté ses fruits. Il faut dire qu'il a bénéficié d'une recrue de choix en la personne de Joseph Cuvellier, qui maitrisant l'écriture depuis peu, lui a apporté une plus value d'imagination et de légéreté.

Vincent Cuvellier: Quels ont été les faits marquants de cette année 2014?

Vincent Cuvellier: Tout d'abord, en janvier, la représentation de "l'histoire de clara" au théatre du chatelet, adapté par marc olivier dupin et interprété par donatienne michel dansac, a permis de continuer la holding sur la musique classique, et gagnant des parts de marché non négligeables. (sur un taux à 3'5%, rappelons le!) Sur le front de la décentralisation, Vincent Cuvellier est allé partout, dans la première moitié de 2014: Tours, Paris, Les coevrons (lieu de sa première succursale en 2001), Cholet; Grenoble, Larmor-Baden, Angers, Le loroux bottereaux, St Malo, Nice... Le second semestre a vu Vincent Cuvellier se recentrer su son coeur de métier: l'écriture. Peu donc, de succursales ouvertes, mais quelques visites officielles à Creil, à Bordeaux, quelques conférences à l'IUFM, et quelques lectures publiques.

 

Vincent Cuvellier: Votre coeur de métier, dites vous?

Vincent Cuvellier: Oui, car il m'a semblé important, en cette période de "tout communication" de revenir aux fondamentaux, et de consacrer l'essentiel de mon temps et de mon énergie à mon métier, ceci afin d'épuiser la concurrence. Nous avons notemment, après une étude de faisabilité poussée, décidé d'abandonner notre projet de revue sur les cultures de l'enfance, après des discussions avortées avec plusieurs éditeurs. Ceci n'a pas été perçu comme un échec, mais au contraire ce retrait a permis de reconcentrer nos forces dans la mise au point de plusieurs projets-force. Nous avons également retiré nos billes de la série "Biscotto", victime de la crise, et mis en sommeil une de nos société, la "t'étais qui, toi", qui a souffert d'un brouillage de notoriété.

2014 a effectivement vu la montée en puissance de "Emile" (copyright), avec pas moins de 4 titres, des businnes price, ainsi qu'une percée à l'international.

Mais 2014, c'est aussi "ma tronche en slip" qui, fortement clivant, a permis à la marque "Vincent Cuvellier" de gagner en fidélisation de clientèle ce que "Emile" gagnait en parts de marché.

On peut parler aussi de signaux envoyés avec "l'homme qui vivait comme un ours" que certains commentateurs éclairés n'ont pas manqué de juger "à forte dose autobiographique", ceci expliquant celà, et inversement.

Du côté du secteur "recherche et innovation", il faut noter le recrutement de Suzanne Arhex, sur le projet "la guerre des bisous". Il faut également noter le rapprochement avec "michel lagarde incorporated" pour un projet innovant, l'adaptation littéraire d'un livre germano-batave.

Vincent Cuvellier: On peut donc dire que 2014 fut une année globalement positive? Et que nous indiquent les principaux signaux économiques, mais aussi géo stratégiques, pour 2015?

Vincent Cuvellier: Tout d'abord, le chomage aura quasiment disparu. Associé à une hausse du pouvoir d'achat, mais également à une hausse des charges, 2015 devrait voir la consolidation des projets amorcés en 2014: à commencer par l'adaptation musicale d'"Emile".

Du côté des opérations prestige, on pourra noter la représentation de "la première fois que je suis née" à la toute nouvelle philarmonie de Paris. Des tractations sont également en cours pour "Emile" (copyright) et "le temps des Marguerite" pour le cinéma et le dessin animé...

Ensuite, 2015, c'est aussi la fin de la trilogie "seconde guerre mondiale" entamée en 2008 avec "l'histoire de clara". Il s'agit de "j'aime pas les clowns", qui voit la concrétisation de la fusion Courgeon-Cuvellier, en discussion depuis quelques années.

Mais 2015 verra aussi la montée en puissance de "Emile" (copyright) avec la sortie de deux nouveaux épisodes et d'un livre de jeux, élaborés avec nos meilleurs spécialistes. La marque Cuvellier/badel est désormais cotée en bourse, avec un démarrage encore dans toutes mémoires, où l'indice Nikkei a explosé. 

Vincent cuvellier: on me dit que vous avez bénéficié sur ce projet d'un apport de compétence inattendu.

Vincent cuvellier: En effet, joseph cuvellier, 7 ans, a contribué largement à éloborer certains jeux, et à constitué un panel-force, grâce à son avis éclairé et rémunéré à hauteur de 8 kilos/bonbons/ an. ce qui nous fait un coefficient non négligeale, reconnaissez le.

Vincent cuvellier: je le reconnais volontiers. Un conseil pour les futurs investisseurs?

Vincent cuvellier: le marasme n'est pas une fatalité. J'en veux pour preuve l'implantation d'une bande dessinée en Belgique (fabriquée entièrement de manière artisanale, avec un des meilleurs artisan sur le marché), ainsi qu'un projet industriel à base d'Hélium, que je ne peux dévoiler plus.

Et je me lance également dans le docu fiction avec un projet pour gallimard-giboulées, où sans dévoiler plus, je peux déjà dire que des personnes d'expérience dans le domaine de la guerre sont mises à contribution.

Vincent Cuvellier: Vincent Cuvellier, je vous remercie, et vous souhaite une belle année économique, et géo stratégique, bien sur!

Vincent cuvellier: bien sur, ma réussite économique est un modèle d'entreprenariat, mais je suis avant tout un artiste.

Vincent Cuvellier: Bien sur, bien sur.

Vincent Cuvellier pour "L'enjeu", le magazine de l'enjeu.

 

 

 

 

 

 

 

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03 septembre 2014

Emile qui vivait comme un ours.

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La vie étant ce qu'elle est et les écrivains étant des gens comme les autres, chaque livre raconte un truc de nous même, qu'on le veuille ou non. Alors, quand j'écris un bouquin qui s'appelle "l'homme qui vivait comme un ours", bien sur, je parle de moiu. Mais quand je l'écris, je ne le sais pas , c'est tout.

Et quand j'invente un personnage comme Emile, forcément, il y a un peu de moi, un peu de mon fils, un peu de ce que j'aime chez les gamins...

"L'homme qui vivait comme un ours" est un livre dans la lignée de "tony tiny boy" pouyr ceux qui connaissent, sorti l'an passé chez hélium avec dorothée de monfreid. C'est son dessin, narratif, simple, clair comme de l'eau de roche, qui me permet, en influençant mon style, d'écrire court, simple et direct. Tout ce que j'aime déjà de toutes façons, mais j'avais tendance, comme tous les écrivains, à faire des phrases. Notez, je suis payé pour ça, mais bon. Là, avec ces livres, j'essaie d'écrire différemment. de toutes façonsk, dans chacun de mes livres, j'essaie un truc différent. J'aime bien raconter ces histoires, en apparence très simples, mais finalement assez complexes. Et puis dans ce livre, pas d'enfant. Un homme, un ours, et c'est tout. Une ambiance de fin du monde. Une chanson. Bon, allez, je peux vous le dire, comment j'ai eu l'idée de ce livre: un soir , quand il avait 3 ou 4 ans, mon fils m'avait demandé ce que c'était, un copain. Je m'étais rappelé de l'étymologie, qu'un copain, c'est qualqu'un avec qui on partage son pain. Alors, comme je chantonne tous les soirs un truc à mon fils, je lui ai dit: "un copain, c'est quelqu'un avec qui on chante la même chanson. " vous saurez pourquoi en lisant le livre, dont j'ai écrit la musique! oui, j'ai écrit la musique d'un livre... c'est n'importe quoi, des fois.

quant au nouvel émile, c'est toujours la même chose. Quand j'étais petit, je faisais le tour des vieux de mon immeuble ou du quartier de mes grands parents, et j'allais leur chanter une chanson, en échange de bonbons... et depuis, j'aime bien les vieux. Emile aussi, apparemment...

voilà, ce sont mes deux premiers livres de l'année, il y en aura encore un peu... en attendant, gros bisous...

vincent

 

"l'homme qui vivait comme un ours" avec dorothée de monfreid, hélium.

Emile invite une copine. 9. Avec ronan badel, gallimard giboulées.

 

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28 mai 2014

J'ai décidé de...

depuis quelques jours, un dessinateur et un scénariste, expliquent pourquoi ils ont décidé d'arrêter ce métier. Du coup, j'ai envie d'expliquer pourquoi je le continue.

 

 

"J'ai décidé de continuer à pratiquer ce métier... malgré presque 3 ans de doute et de tentation d'arrêter, je me dis que non, je continue jusqu'à ce que mort s'ensuive... parce que c'est le métier que je voulais faire quand j'étais petit et que je le fais. Et rien que ça, déjà, ça me parait abolir tous les sacrifices du monde...

Il y a encore 15 jours, je disais à une copine que j'allais peut être arréter d'écrire, que j'étais découragé, que ça servait à quoi tout ça, et pui...s, le lendemain matin, j'ai reçu un mot de quelqu'un que je ne connais pas, mais qui elle connait mes livres... le mot finissait comme ça:
"Merci beaucoup, j'espère que lors de vos moments de doute, vous pensez à tous ces enfants, ados, adultes qui attendent vos histoires ... et qui lisent, relisent, rerelisent vos livres."

j'avais oublié que des gens me lisaient.

et puis vu que tout le monde veut arréter depuis deux jours, il faut bien qu'il y en ait deux ou trois qui continuent!

et puis, je me suis rappelé aussi que je n'avais ni patron ni horaires, que je me promenais quand les autres étaient au bureau, que je pouvais travailler en révassant, en marchant ou en travaillant (des fois quand même), que je pouvais aussi travailler avec des copains ou des gens que j'admirais, que je faisais rire les gosses, des fois, et pas toujours à,mes dépens, et que pour draguer les filles, c'est aussi bien d'écrire des livres que de couper du kebab...

alors oui, j'ai les boules quand la comptable me dit que je dois attendre un mois avant de toucher mes 2000 balles parce que tout le monde est en vacances, oui j'ai les boules quand un éditeur veut publier ma bd et puis finalement non un an plus tard, oui j'ai les boules quand un libraire me dit que mes bouquins sont dans la réserve et qu'elle les sort si on les lui demande, bien sur que ça fout les glandes... mais bon, j'ai bossé à l'usine, en magasin, dans un journal, sur des chantiers et j'avais aussi les boules, sauf qu'il me manquait l'essentiel pour supporter ces boules: la liberté, putain! j'ai vu mon père trimer à l'usine, se vouter au fil des ans... alors moi, j'aurais pas le bol du siècle de faire ça comme boulot? putain, je rendrais ma place pour rien au monde!

Alors tant pis pour les galères, je continue d'écrire des livres!"

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27 mai 2014

Bon, un des problèmes, quand même, avec le succés du front national aux européennes, c'est que un grand nombre de députés français au parlement européen sont contre l'Europe... ça veut dire quoi? que beaucoup de députés sont dans un lieu qu'ils veulent voir disparaitre, voire contribuer à détruire... et malgré toutes les critiques faites aux députés européens des autres partis, ceux ci avaient vocation de faire avancer l'europe...

qu'on soit bien d'accord, c'est bien sur (ou plutot contre) l'europe que le fn a gagné... sans doute pour d'autres raisons pour bcp d'électeurs, mais c'est tout de même sur l'Europe...

Vous vous rappelez, il y a 20 ans l'europe? on était tous pour, à l'époque, et les voix divergentes ne voulaient pas la détruire, ils voulaient la réformer, qu'elle soit plus sociale, plus juste... tu parles, on a eu l'inverse... comme si l'europe n'était plus la solution, mais le problème... et tout ce qu'elle a apporté de bien, personne ne le voit plus... trop abstrait, trop loin... l'élargissement a été mal vécu par beaucoup, comme le référendum d'il y a quelques années qui a laissé des traces... (j'avais voté oui, je suis super pro européen, moi...)

Même un type comme emmanuel todd pense qu'il faudrait faire une petite pause dans la mise en commun des prérogatives et opérer un petit repli national, une dizaine d'années...

Manque de bol, c'est marine le pen aujourd'hui qui incarne ce repli national... ça aurait pu être chevénement ou séguin, non c'est le pen fille... parce qu'elle dit exactement ce que les gens ont envie d'entendre: un discours ouvriériste et anti capitaliste, plus le rejet des étrangers... elle parle comme des communistes qui rajouteraient "et les bougnoules dehors..."

je lisais hier un écrivain jeunesse très militant, très ancré à gauche, qui se plaignait "alors malgré tous nos livres, ça n'a servi à rien..." j'avais envie de rigoler... quoi? il croit donc que nos livres sont importants au point de changer ou de façonner les mentalités? bien sur que non, il y a même parfois, un coté contre productif aux livres pour enfants militants...

Manque de bol, après des décennies où le discours de gauche était dominant, on assiste à une droitisation très forte des discours. Et l'élection de Marine le pen ou sa participation à un gouvernement, deviennent une option, et plus un fantasme... comme elle dit toujours, le plafond de verre a sauté. La social démocratie, à la Hollande, aurait du être un aboutissement, c'est devenu matière à rejet pour plein de gens... la social démocratie, c'est pour quand tout va bien, pas quand une société est en crise. Un parti d'extrème droite, ça oui, c'est pour une société en crise...

Je reviens à l'europe... est ce que les dirigeants vont comprendre, maintenant qu'ils vont être menacés de l'intérieur, de la nécessité de réformer vite les institutions européennes? punaise, c'est quand même pas compliqué: un peu de sexy, un poil de démagogie, pas beaucoup, juste ce qu'il faut: désigner une grande personnalité présidente de l'europe, pour que l'europe s'incarne, une diplomatie beaucoup plus forte, une armée commune... et pas seulement une armada de fonctionnaires qui ont trouvé un terrain de jeu à leur mesure...

Moi, je reste européen, ça c'est sur, je déteste ces slogans "oui la france non à bruxelles"... et puis, l'europe, pour moi, c'est du concret: j'habite à 500 m du parlement ou de la commission... j'aime bien m'y balader, entre les tours, les boulevards et les pelouses du parc du cinquantenaire...  le soir, l'été, les fonctionnaires ou les lobbystes viennent y boire un verre de vin blanc, la cravate dans la poche et le badge électronique pendouillant sur le costard déboutonné...

je crois qu'en fait, quand on est bruxellois, on est naturellement européen...

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15 mai 2014

"Ma tronche en slip"

9782812606694_1_75Bien sur, quand j'écris un livre, il y a l'histoire, mais plus important que l'histoire, il y a la manière dont je la raconte. Je me suis rendu compte qu'à chaque nouveau livre, je cherche à avancer dans mon style.  A répondre à une question purement technique, ou professionnelle que je me pose. Et bien plus que le fond, je cherche la forme. Une fois trouvée la forme, le fond viendra. Je caricature, mais l'essentiel est là.

Par exemple, ça faisait des années que je voulais écrire un livre sur fond de seconde guerre mondiale. Mais si je n'avais pas eu cette idée de raconter "l'histoire de clara" avec 10 points de vue différents, je ne l'aurais pas écrit. C'est le style qui a amené le livre, et porté le thème, pas l'inverse.

Cette question, c'est la même depuis plus de 28 ans que je publie: comment rendre l'écriture vivante

A chaque livre, donc, je cherche à creuser mon style, à aller plus loin dans ma recherche que le livre précédent. Oui, je sais, c'est sérieux ce que je raconte, mais rassurez vous, le livre ne l'est pas. Ceux qui suivent mes livres le savent, un de mes dadas, c'est d'écrire le plus librement possible, avec le ton le plus naturel possible, que l'écriture se voit le moins possible, qu'à la fin du livre le gamin qui a lu n'a pas eu l'impression de lire un livre mais de parler avec un copain... alors, j'ai encore un peu plus libéré mon écriture, et essayé encore un peu plus de faire en sorte que le style devienne invisible. bien sur, c'est un combat perdu d'avance, un livre sera toujours un livre et ne fera que singer le langage parlé: mais bon, j'essaie au moins de m'en approcher le plus possible, d'essayer d'être dans la tête d'un ado de 15 ans et demis...

Dans "ma tronche en slip", on retrouve Benjamin, le gamin de plusieurs livres au rouergue , qui a grandi. Il a 15 ans, et il a une furieuse envie de baiser... il a du bol, il est pas trop moche, pas trop bête, c'est dans ses cordes. Il va recevoir un sacré coup de pouce. Une nana va le répèrer dans la rue pour qu'il pose pour une série de photos de pub, pour une marque de slip...

En l'écrivant, je me suis rappelé d'un bouqin de jacques lanzmann, "le tétard" où le personnage de 13 ans , juif caché pendant la guerre, avait l'obsession de faire l'amour avant de mourir. Mon personnage a cette obssesion là, mais sans le danger de la guerre: il ne pense qu'à ça: tirer son coup. Et en attendant , il se la touche, et pas qu'un peu.

Et franchement, que celui qui me critique d'écrire ça se souvienne de ses 15 ans...

C'est un bouquin sans aucune morale: benjamin veut gagner de l'argent facilement, se touche toute la journée, lance du "je suis pas un pd" toute la journée... C'est juste un bouquin qui parle d'un ado normal, ni plus obsédé ni plus branleur ni plus égoïste que la moyenne... normal... comme nous on était, quoi...

c'est marrant, je risque d'avoir les mêmes soucis que j'ai quand je truffe mes lvres de gros mots... alors que dans tous les autres médias, il n'y a aucune retenue (cinoche, bd, mangas, télé, jeux vidéos...), on demande aux romanciers de faire attention quand ils écrivent pour les ados... ce que j'essaie d'expliquer, c'est que les quelques scènes un peu marrantes, genre branlette ou vannages épicés, risquent de choquer, alors que dans un film ou une bd, on y aurait même pas fait gaffe...

En tout cas, moi je suis content, déjà et d'une parce que c'était très cool à écrire, et parce que j'ai pu avancer un peu dans ma fameuse recherche que j'expliquais au débat: écrire sans en avoir l'air...

Voilà, j'espère juste que les ados vont bien se marrer, ce qui n'est déjà pas si mal...

 

 

 

 

 

 

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17 août 2013

la planète des moches

suite de la série de l'été sur mes textes avortés, pas aboutés, ou simplement mis de côté. aujourd'hui, "la planète des moches". j'aime bien l'idée, je reprendrais peut être un jour. Bien entendu, je préviens amicalement que si quelqu'un prend une idée d'un de ces textes mis en ligne pour en faire un bouquin, je le déchire. Et pas que le livre.

 

 

La planète des moches.

 

Dans mon pays, c'est bien simple, tout le monde est moche. Même le moins moche des moches est très moche. Quant au plus moche des moches, je vous raconte pas.

Au pays des moches, les oiseaux sont moches, les fleurs sont moches, les petits lapins roses sont moches. Les biches sont moches, les princesses sont moches, tout, je vous dis, tout!

Les gens eux même sont parfois surpris d'être aussi moches. Qaund ils croisent un plus laid qu'eux, un plus maigre, une plus grosse, un plus gros pif, des yeux qui louchent plus, ils ne peuvent s'empêcher de rigoler.

-Ah ah, tu es vraiment très très très moche, toi!

-Dis donc, tu t'es pas regardé, toi?

Pour les mariages, c'est facile. Le marié choisit la plus laide, la mariée choisit la plus laide, ils se marient, on crie, "mon Dieu, qu'elle est vilaine!" et ils font des enfants affreux comme tout.

Mais au pays des moches, comme nulle part ailleurs, la horriblofection n'existe pas. Il faut bien que parfois, il y ait un truc qui cloche.

Il faut bien que parfois, il y ait un beau qui naisse. Ou une belle.

On sait qu’ils existent, on en croise parfois, mais on n’en fait pas cas.

Blattre est de ceux-là. Belle, mais belle ! Tellement belle que ses mochetés de parents lui ont donné un prénom tout vilain pour compenser.

La première fois que je l’ai vue, j’ai fait comme tout le monde : j’ai froncé les sourcils et j’ai soufflé :

-Punaise, qu’est-ce qu’elle est… Qu’est-ce qu’elle est… belle.

Et j’ai regardé ailleurs. Au hasard, mes pieds. Mes moches pieds.  

La maitresse l’a regardé de long en large et lui a dit de s’asseoir là où il y avait de la place. De la place, il y en avait à côté de moi.

Elle m’a regardé, a souri et s’est assise.

J’ai plongé la tête dans mon cahier.

A la récré, elle était toute seule. Les autres la regardaient méchamment, ou pire, ne la regardaient pas du tout.

Elle a encore regardé où il y avait de la place, et une fois de plus, de la place, il y en avait à côté de moi. Elle m’a demandé si elle pouvait s’asseoir. J’ai dit non, ça voulait dire oui. J’ai tourné la tête, mais quand j’ai vu ses yeux, ça a fait mal aux miens.

-T’es nouvelle ? j’ai demandé.

-Oui, l’an dernier, j’étais à Mistouchette.

Mistouchette, c’est loin d’ici. C’est un pays où on va jamais. Il parait que là bas, tout le monde est beau. Mais vraiment beau. Les rats sont beaux, les crapauds, les ronces, les orties, tout est beau. Et les petites filles aussi.

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14 août 2013

Bill et Lawrence.

Un autre début. "Bill et Lawrence". Incapable de savoir pourquoi j'ai écrit ça, ce que j'avais derrière la tête. J'imagine que j'avais l'idée de faire un monde de guerre civile, où les adultes avaient décidé d'éliminer les enfants... en tout cas, voilà un court début, juste 20 lignes d'un texte jamais poursuivi.

"Bill et Lawrence."

Les enfants s'étaient dispersés au premier coup de feu. Lawrence, le garçon, et Bill, la fille, avaient trouvé refuge derrière un gros tonneau vide, collés l'un à l'autre, ainsi qu'ils l'étaient depuis leur naissance.

-Chut, ils approchent, dit Bill, la fille.

-Chut, répondit Lawrence, le garçon. Ils approchent.

Les policiers-voleurs approchaient en silence. Leur oreille était fine: ils savaient reconnaitre un battement de coeur de chien d'un battement de coeur de chat. Mais Lawrence et Bill n'étaient ni chien ni chat, et s'étaient entrainé dans la baignoire du 87, Elephant street, à bloquer leur respiration aussi longtemps que nécessaire.

Les policiers-voleurs passèrent leur chemin. Leur chef rangea dans son pantalon sa "clé à tuer les enfants", et tous ses hommes firent de même.

-C'est dommage, tout de même, soupira "l'un d'entre eux".

-Je sais, répondit le chef. Tu n'as qu'à utiliser ton arme sur cette vieille femme...

-Celle qui boit dans la rue?

-Celle qui boit dans la rue, c'est interdit. Comme ça, on ne sera pas venus pour rien.

"L'un d'entre eux" s'approcha de le vieille. Il brandit sa clé et la colla fermement contre le vieux dos de la vieille dame. Elle n'eut qu'un petit cri de surprise, celui qu'on fait parfois quand un petit oiseau vous fait une petite crotte sur le nez, et s'écroula net. Morte de surprise.

-Voilà, on n’est pas venus pour rien, dit-il.

Son chef sourit légèrement. Il faudrait changer le nom de cette nouvelle arme, songea t-il… il faudrait l’appeler « la clé à tuer les enfants ET les vieilles. » Décidément, il se trouvait drôle. Très drôle.

 

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13 août 2013

Bardabru.

Bonjour, tout le mois d'aout, je vais mettre en ligne des textes sans suite... des débuts, quoi... je commence souvent des histoires, et je ne les finis pas toutes... pour plein de raisons... parce que l'histoire ne m'intéresse pas trop, parce que je sens que ça n'intéresse pas trop les gens, parce que je préfère faire autre chose, ou parce que c'est pas bon. souvent un livre avorté m'emmène vers un autre livre, lui, abouti...

ça, c'était "bardabru". J'avais dans l'idée de ne faire un livre avec uniquement les naissances de membres d'une même famille, sur 1 000 ans... typiquement le genre de truc où on a l'impression d'être un génie quand on a l'idée et un âne bâté quand on l'écrit... voilà!

Bardabru

1013. Une ville.

Une toute petite ville, presqu'un village, mais bon, des remparts, c'est donc une ville. Des ruelles qui tordent, les toits qui penchent, des chiens qui mordent. Au milieu, coincée entre deux maisons coincées, une église. En terre battue, battue par les vents mauvais, elle semble vouloir s'écrouler, mais non, sans doute la foi, elle tient.

Deux marches, une porte. Et au pied des marches, un panier en osier. Qu'est ce qu'il peut bien y avoir là dedans? des pommes, des poires, du miel et du vin? Un chien affamé, presqu'un loup, veut lui aussi savoir ce qu'il y a là dedans... il tourne autour un moment, approche, recule, approche à nouveau, renifle, và pour mordre un bon coup là dedans! ouiiiiin! la panier hurle! le chien décampe! un bébé! c'est un bébé!

Trois personnes l'entendent. D'abord, le vieux prêtre, occupé à se réveiller depuis ce matin... Dieu qu'il est fatigué, Dieu qu'il aimerait se coucher, et ce, depuis qu'il est levé... ensuite, une noble dame, qui tente d'oublier qu'elle n'a pas d'enfants et qu'elle en aimerait tant. Enfin, un vieil ivrogne boiteux qui survit en attrapant les rats et en les vendant sur les bords de la rivière.

Le vieux prêtre se dit "tiens, un bébé qui pleure... il faudrait que j'aille voir... j'irais tout à l'heure, quand je serais mieux réveillé..."

La noble dame songe: "tiens, on dirait les pleurs d'un bébé... la douleur m'égare, ce doit être l'un ou l'autre chien errant... je deviens folle..."

L'ivrogne, lui, ne dit rien, se dirige vers le panier, le prend dans ses bras, et rigole:

"Nom de dieu de nom de dieu, un ptit chiard!"

Et il l'emmena aussitôt chez lui, si on peut appeler chez lui la vieille barque où il vivait été comme hiver.

Il lui fit un petit coin sur sa propre paillasse (à défaut d'être une paillasse propre), but un coup de bière épaisse comme une tranche de pain, et fit gouter à son protégé un vieux reste de bouillon de chou.

Pendant que le bébé mangeait son premier repas d'homme, l'ivrogne accrochait ses gaspards, les rats, quoi, à crochet, et le crochet sur un fil à linge.

-Tiens je vais t'appeler Gaspard! tu pourras m'aider à chasser les rats quand tu seras grand. Je t'apprendrais, tu verras, c'est chouette!

Et il ajouta:

-Et c'est bon.

Gaspard grandit, et il faut croire que le rat c'est nourissant, puisqu'il devint un beau jeune homme, grand et fort.

Tout le monde était mort. Le prêtre mort de fatigue, la noble dame morte de chagrin et l'ivrogne mort de soif.

Gaspard avait un prénom, il s'était choisi un nom: Bardabru.

Pourquoi Bardabru? pourquoi pas?

Gaspard Bardabru! Ce nom devint célèbre dans tout le comté. Dresseur de rat. Les femmes en était folle, surtout les laitières... allez savoir pourquoi...

Gaspard dressait ses tréteaux sur les places des villages, sur les foires et marchés, jusqu'aux portes des églises. Après avoir élaboré un parcours de planches, roues et autres systèmes, Il sortait de son sac, des petites cages dans lesquelles étaient enfermés ses rats. A l'aide de sa flûte, il donnait à ses animaux des ordres en mi, en fa, et les animaux s'éxécutaient...

En 1029, devant les portes de la ville de Blois, alors qu’il présentait son numéro, une toute jeune femme, non pas laitière mais lingère, tomba dans les pommes, à la vue de tous ces rats.

Gaspard la releva, lui donna deux ou trois petites gifles, et quand elle rouvrit les yeux, la jeune lingère crut voir un ange du ciel.

Neuf mois plus tard, naquit un bébé mâle. On l’appela Gilles. Pourquoi Gilles ? Pourquoi pas ?

 

                                                                                              *

1029.

Gilles Bardabru cria trois fois. Une fois pour dire qu’il était vivant. Une fois pour dire qu’il avait faim. Et une fois pour le plaisir de crier. Sa maman se boucha les oreilles, mais ça ne suffit pas.

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02 mai 2013

les socquettes blanches...

 

Voilà mon nouveau livre, qui sort ces jours, "les socquettes blanches". C'est illustré par alexandra pichard, et ça sort chez gallimard-giboulées. C'est une histoire toute simple, d'un côté, une bande de filles, les socquettes blanches, qui ont un petit cabanon dans le jardin du présbytère, de l'autre, la bande desz chats crevés, sur le terrain vague d'à côté. Un jour, on leur annonce qu'on va construire un immeuble confort sur leur terrain. C'est la bagarre contre les grands. Sauf qu'ils se font aider par deux grands, un grand tonton et un grand frère, et un super grand, un président au grand nez.

Quand j'étais petit, mon père ne me lisait pas de livres,le soir, mais de temps en temps, rarement, quand ma mère n'était pas là, il s'asseyait à coté de moi et me racontait des histoires de quand il était petit. Et quand il était petit, c'était la guerre, et l'après guerre. A Brest, en plus, au milieu des gravats, des bombes désamorcées et des premières tours... j'avais envie de mettre ça dans un bouquin. Rajoutez de "la guerre des boutons", du "petit nicolas", du "totoche", et on a les "chats crevés". Pour les filles, j'ai adoré écrire ça, j'aime bien imiter des styles littéraires, là j'ai essayé de parler comme dans les années 50, caricaturées.  parce qu'il y a double narration, du coup, un coup thèrése, un coup, tatave... j'ai réussi à mettre dans ce texte des trucs autour desquels je tourne depuis longtemps: la résistance, des gamins libres, un poil de nostalgie, et ce moment particulier, l'après guerre, où la france cherche ce qu'elle va devenir... bien sur, ça idéalise un peu une période, pas grave, c'est comme une capsule, un truc réinventé, ce n'est pas un reportage, juste une fiction... et j'ai même réussi pour la troisième fois à fourguer de gaulle dans un livre...

voilà, bisous, j'espère que ça vous plaira...

 

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20 mars 2013

Tony Tiny Boy...

Parmi mes projets, "Tony Tiny Boy", un livre qui paraitra chez Hélium à la rentrée. C'est un texte très court, que j'ai écrit en pensant aux dessins de Dorothée de Monfreid... depuis quelques temps, pour renouveler mon inspiration, je fais comme ça: je pense à un illustrateur, que je connais ou pas, ce n'est pas la question, et j'écris un texte en pensant à lui ou elle... un peu du sur mesure... (en évitant bien sur de leur écrire des trucs qui ressemblent trop à ce qu'ils ont déjà fait)

Là, cette histoire , un peu suspendue, je l'ai voulue douce, calme, sans fioritures... je me rends compte que j'aime bien aller sur cette piste là, le petit petit, ne pas en dire trop, comme dans les "Emile" où on a choisi volontairement de faire sobre et simple, presque austère... du coup, au salon du livre de bruxelles, j'ai eu droit à des réflexions de parents qui conseillaient à leurs momes d'acheter plutot le livre du monsieur d'à coté, bien coloré, bien vif... (ses livres, pas le monsieur) tant pis, moi, j'aime bien quand on en fait pas des caisses dans les livres pour enfants, j'aime pas la redondance ou la surchage pondérale d'expressivité, de couleurs ou de mots... je trouve ça beaucoup plus fort... et la tendance qui cartonnait il y a 5 ou 6 ans,des illustrations surchargées, à grands renforts de princesses ou de fées auxquelles il ne manquait pas un seul cheveu, mais qui avaient des expressions d'huitre dans les yeux, ben moi, ça me fatigue.

alors ce tony tiny boy, qui est le récit d'une métamorphose, sera tout simple et tout doux!

et voici une image simple et douce de Dorothée de Monfreid...

"Tiny Tony Boy était rentré de la guerre contre les indiens. Et les indiens avaient gagné."

TonyTinyBoy1bis_scanCoul

Posté par vincentcuvellier à 11:16 - Commentaires [1] - Permalien [#]